tamaculture

Deuil interdit, Michael Connelly

10 mars 2010

Deuil interdit Je suis tombée sur ce vieux polar (de 2006 !) qui s’est retrouvé je ne sais comment dans ma PAL (que j’essaie de faire fondre comme neige au soleil, sauf que la pauvre doit être faite de neiges éternelles…).

Bref, j’aime l’inspecteur Harry Bosch et je n’avais rien lu de Connelly depuis Echo Park, il était donc temps de faire une petite cure d’Harry (cots verts, aurais-je dis si j’avais un humour au ras des pâquerettes, ce qui n’est bien sûr pas le cas, n’est-ce pas, ha hum).

Trois ans avoir pris sa retraire, l’inspecteur Bosch réintègre les services de la police de Los Angeles, mais dans un tout autre service : il travaille désormais aux Affaires non résolues. Il s’agit, pour lui et sa coéquipière Kiz Rider, de ressortir de vieux dossiers poussiéreux des archives et d’essayer de trouver les coupables des crimes des années 70 à 90 qui avaient à l’époque échappé à la police.

Harry et Kiz vont s’occuper du meurtre d’une jeune fille de seize ans qui a eu lieu à proximité du domicile de ses parents, en 1988. La victime était métisse, et les soupçons vont s’orienter sur un crime raciste, la ville ayant connu un accroissement des violences raciales dans ces années-là. En dépit de l’ancienneté du crime, les inspecteurs partent avec un avantage : désormais, les progrès informatiques et surtout scientifiques (notamment le fichage ADN), vont les aider à exploiter de nouvelles pistes. Harry étant toujours la bête noire de certains chefs de la police, des ficelles politiques vont être tirées pour lui mettre des bâtons dans les roues…

Pour tout dire, j’ai été déçue par ce tome. Je n’ai pas d’éléments forcément objectifs pour l’expliquer. Je crois que je me suis un peu lassée du style Connelly, et même si je trouve toujours Harry Bosch intéressant, cette enquête m’a simplement parue sans originalité et j’ai eu hâte d’arriver au bout.

Ed. Points, mai 2006, 455 p.

Level 26, Anthony E. Zuiker

26 janvier 2010

Level 26 Mea culpa : j’ai cédé à la curiosité de découvrir le concept de “digital novel”, le roman digital (ou disons interactif). Le principe est simple : on lit un livre qui contient, tous les 2 ou 3 chapitres, un mot-clé. Il faut alors se connecter sur un site internet dédié au livre et entrer ce mot-clé. On visionne alors une vidéo qui prend le relais du récit, sans toutefois être indispensable à la compréhension générale.

Level 26 est un thriller dont le scénario est simplissime. D’un côté, un serial killer hors norme : surnommé Sqweegel, il tue depuis plus de vingt ans sans jamais se faire prendre. Pour lui, le FBI a créé un niveau supplémentaire dans l’échelle du crime : jusqu’alors, les meurtriers étaient classés de 1 à 25 selon leur degré de dangerosité et de folie, mais celui-ci dépasse tout ce que l’on a connu. De l’autre côté, le service des Affaires Spéciales, dotés de supers agents entraînés à affronter le pire. Tom Riggins en fait partie. et lorsque le Ministre de la Défense prend la mouche et décide qu’il est grand temps de mettre fin aux activités monstrueuses de Sqweegel, Tom fait appel à un ancien agent, Dark (pas de raillerie sur son nom, please, ça doit être son côté sombre !) dont la famille a été massacrée quelques années auparavant par ce même tueur. Et zou, c’est partie pour une chasse à l’homme sur près de 375 pages. A noter que l’homme en question s’enduit de beurre de la tête aux pieds pour pouvoir se glisser dans une combinaison intégrale en latex blanc étriquée avant de perpétrer ses crimes. Le but n’est pas, contrairement aux apparences, à ressembler à un préservatif géant, mais bel et bien à ne pas semer la moindre cellule sur les lieux de ses crimes. Trucs et astuces ! Il fallait y penser, hein !

Pour le côté écriture, je vais faire bref : c’est mauvais. J’ai eu l’impression de lire un scénario à peine amélioré. Ah, tiens, il s’agissait en effet d’une base de scénario pour une série télévisée ! Eh bien, à mon avis, cela aurait dû le rester. D’autant que si je me suis prêtée au jeu de l’internet pour les 5 ou 6 premiers mots-clés (et à la première connexion, il faut se créer un pseudo, attendre la confirmation d’inscription par email, etc.), j’ai vite trouvé la gymnastique beaucoup trop contraignante (il faut lire à côté d’un ordinateur connecté à internet, ce qui n’est pas possible pour moi dans le métro ni même dans ma chambre, les endroits où je lis le plus !). Je me suis donc rapidement passée de ces interludes qui se répétaient trop souvent (toutes les 20 pages, ça va vite, vu la pauvreté du style de l’auteur).

Les vidéos, en revanche, sont très bien faites (NB : Anthony E. Zuiker est l’auteur des Experts, série policière qui connaît un succès incontestable aux US comme en France. Bon, je n’ai jamais regardé mais il paraît que c’est bien) . D’une durée variant de 2 à 4 minutes (pour celles que j’ai vues !), elles sont d’un réalisme saisissant, qui m’effraie bien plus que ce que peut produire mon imagination conciliante avec moi-même et qui me permet de lire des horreurs juste avant de dormir. Là, Sqweegel a marqué ma rétine et mon cerveau a eu du mal à l’oublier lorsque la nuit fut venue.

J’en reviens donc à mon constat : cette histoire aurait fait une bonne série, dans le genre de Dexter ou 24H (d’ailleurs, un des acteurs de 24H joue dans les mini-vidéos, lesquelles ont sans doute nécessité un certain budget, pour ne pas dire un budget certain pour un livre !), mais dans le registre bouquin, on peut passer allègrement son chemin (et comme ce n’est que le premier d’une trilogie (my God !), vous économiserez ainsi près de 60 € que dans ma grande bonté, je vous autorise à dépenser dans la librairie de votre choix !).

Ed. Michel Lafon (que je remercie pour m’avoir permis cette expérience littéraire à titre gracieux, mais dont l’accroche publicitaire pour Level 26, à savoir, “une trilogie qui promet de détrôner Millénium”, me fait doucement rigoler dans ma barbe !), janvier 2010, 374 p.

La Pierre de Lune, Wilkie Collins

23 janvier 2010

Pierre de Lune Cela faisait longtemps que je me promettais de lire ce livre qui est considéré comme le premier roman policier anglais (il fut publié en 1868), même si à l’époque, on appelait ce genre “roman à sensation”.

Ce n’est pas tant l’intrigue qui est intéressante que la manière dont le récit est mené. Il s’agit d’une sorte de roman épistolaire à plusieurs voix : différents personnages prenant part aux événements vont raconter, chacun dans une longue lettre, le déroulement des scènes qu’ils ont vécues. Le premier à prendre longuement la plume est Betteredge, le vieux serviteur de la famille Verinder, qui possède un domaine dans la campagne anglaise. On apprend ainsi comment un oncle de la famille, qui, lors d’un assaut militaire dans une petite ville des Indes (alors colonies britanniques), déroba dans un musée diamant jaune extraordinaire par sa taille et par les pouvoirs divins que lui conféraient les brahmanes (indiens appartenant à une caste supérieure qui interprétaient les pensées des dieux). A la mort de ce parent, c’est l’unique jeune fille de la maisonnée, Rachel, qui doit en hériter à l’occasion de son anniversaire. Evidemment, la Pierre de Lune, comme est surnommé le diamant, disparaît dans des circonstances inexplicables, et le Sergent Cuff, éminence grise de Scotland Yard, vient mener l’enquête au milieu de la famille et des serviteurs, bousculant ainsi toute la maisonnée.

Les personnages sortent de l’ordinaire : le vieux Betteredge est pris d’une fièvre policière et seconde hardiment le sergent Cuff. Il ne se sépare jamais de sa vieille édition de Robinson Crusoë, véritable bible qui répond à ses interrogations en toutes circonstances. Le sergent souffre d’une passion pour les roses qui l’amène à des discussions animées avec le jardinier. Miss Clarck, vague nièce de Milady, est une vieille fille dévote qui ne désespère jamais de convertir son prochain… On y découvre également un médecin ayant recourt à l’opium : les effets secondaires de cette drogue sont d’autant mieux décrit que l’auteur souffrait lui–même de cette addiction.

Tout cela est assez jubilatoire pour le lecteur, d’autant que l’écriture victorienne de ce roman, riche et surannée, est un délice pour l’esprit. Wilkie Collins était d’ailleurs un contemporain et ami de Charles Dickens avec lequel il collaborait, notamment pour la publication de feuilletons à suspense dans des magazines.

C’est par conséquent avec conviction et enthousiasme que je recommande la lecture de La Pierre de Lune à tout amateur de roman policier mais aussi de littérature victorienne : c’est un récit qui prend le temps de camper les personnages et les petits événements de la vie quotidienne avec un humour typiquement british !

PS : petit grognement : mon exemplaire acheté chez Gibert m’a réservé une mauvaise surprise : à trois reprises, une page avait été arrachée du livre et j’ai donc peut-être manqué des indices capitaux ! Sans blague, c’est hyper désagréable d’être ainsi privée d’une partie (même minime) d’un livre ! Voilà un risque inhérent aux occasions…

Ed. du Masque, 2003, 570 p.

Ecorces de sang, Tana French

15 janvier 2010

Ecorces de sang Parce que j’avais aimé Comme deux gouttes d’eau, j’ai décidé de lire le premier thriller de Tana French, auteure irlandaise – comme son nom ne l’indique pas.

Le prologue nous envoie dans les années 70, dans un lotissement à quelques kilomètres de Dublin, où trois enfants d’une dizaine d’années profitent d’un été radieux en jouant dans les bois jouxtant les habitations. Un drame inexplicable se produit, et un seul enfant survit.

Nous revoilà dans le présent. Rob Ryan est flic, du genre plutôt torturé… On le serait à moins : c’est lui, le survivant. Lorsque le cadavre d’une petite fille est retrouvé sur un chantier d’archéologie, à quelques pas des bois où il jouait enfant, les fantômes du passé ressurgissent et Ryan va s’acharner à trouver la vérité, quel qu’en soit le prix. Il est aidé en cela par une nouvelle arrivée dans le service, l’inspectrice Cassie Maddox, jeune femme efficace et intelligente, au caractère bien trempé. Ils forment un duo de choc qui petit à petit, va se fissurer au fur et à mesure que l’inspecteur Ryan s’impliquera personnellement dans le cas qui les occupe, au risque de briser le secret de sa véritable identité, qu’il a toujours cachée depuis qu’il est entré dans la police…

Des ingrédients plutôt classiques pour un polar : des personnages sympathiques sans être exceptionnels, des fausses pistes suffisamment nombreuses pour tenir le lecteur en haleine,  l’impression de vivre en plein cœur de l’enquête, quelques mesures de passion bien dosées auxquelles s’ajoute une part importante d’analyse psychologique font d’Ecorces de sang un roman policier fort divertissant, qu’on ne lâche pas avant la fin, à l’écriture agréable, qui plus est. J’ai toutefois préféré le quasi- huis clos de son second roman cité en introduction, peut-être parce que le personnage de Cassie, plus charismatique que celui de Rob Ryan, a le premier rôle et qu’un aspect non élucidé dans celui-ci m’a laissée sur ma faim.

Les avis de : Cathulu, Cuné, Kathel, Lily, Fashion, Caro[line] et tant d’autres !

Ed. Points, juin 2009, 565 p.

Seul le silence, R.J. Ellory

26 novembre 2009

Seul le silence Avant d’entamer ce livre, je pensais qu’il s’agissait d’un thriller. Et bien en fait, pas vraiment ! On a bien une série de meurtres mais ceux-ci s’étalent sur plusieurs décennies que l’on suit à travers le parcours d’un jeune garçon, Joseph Vaughan, lequel habite avec sa mère dans une petite ville de Géorgie.

Et c’est la vie de Joseph que raconte ce roman. Une vie dure puisqu’il perd son père très jeune, avant que des meurtres atroces de petites filles, la plupart qu’il connaissait, ne viennent semer la terreur et la colère des habitants d’Augusta Falls. Avec quelques copains, ils fondent un club de surveillance, “Les Anges gardiens”,  afin d’essayer d’attraper le tueur. Bien entendu, ils échouent dans la mission qu’ils se sont fixés. Joseph est très choqué par l’incendie qui ravage la maison de ses voisins allemands et qui fait un mort : la petite fille qu’il s’était juré de protégé.

Très tourmenté par tout cela et par l’état de santé de sa mère qui se dégrade rapidement, Joseph, ayant atteint sa majorité, part pour New-York avec l’objectif de devenir écrivain. Il y parviendra, mais à quel prix…

Il n’y a pas véritablement d’enquête suivie sur tous les meurtres, puisqu’ils ont lieu dans des comtés différents et à plusieurs années d’intervalle. Et si l’on finit pas savoir qui est coupable de ces crimes, dans les toutes dernières pages du roman, on ne sait rien du mobile et ce manque de détails m’a laissée un peu sur ma faim.

Le style de R.J. Ellory est précis, imagé et intelligent. J’ai relevé quelques passages qui m’ont plu :

Extrait p. 60 : L’institutrice de Joseph lui parle de l’écriture : “Tu peux considérer qu’écrire des choses les rend éternelles. Comme ce livre que je t’ai donné à Noël dernier… qui a été écrit et est toujours là. Il y a des milliers d’exemplaires de ce livre à travers le pays, à travers le monde. En ce moment, il y a peut-être une personne en Angleterre, une autre à Paris, en France, encore une autre à Chicago, qui lisent ce même livre, et ce qu’elles lisent et pensent sera très différent de ce que tu as ressenti quand tu l’as lu. Une histoire est comme un message avec un sens différent pour chaque personne qui le reçoit.”

Extrait p. 165 : Joseph fait une comparaison entre une œuvre de fiction et une œuvre autobiographique : “Ce ne fut que plus tard que je compris que les deux étaient liées : l’expérience, façonnée par l’imagination, devenait de la fiction, et la vie, vue à travers le prisme de l’imagination, devenait une chose que l’on pouvait mieux tolérer et comprendre”.

Extrait p. 318 : Joseph arrive à Broadway et se souvient de sa petite ville natale : “et encore du monde, plus de monde sur un seul trottoir qu’il n’en passait à Augusta Falls en trois saisons”.

Extrait p. 372 : un beau passage sur l’Amour : “L’amour, concluais-je par la suite, était la seule chose qui comptait. L’amour était ce qui brisait et guérissait les cœurs. L’amour était mal compris, l’amour était la foi, l’amour était la promesse de l’instant présent qui devenait l’espoir pour l’avenir. L’amour était un rythme, une résonance, une réverbération. L’amour était maladroit et idiot, il était agressif et simple et possédait tant de qualités indéfinissables qu’il ne pouvait jamais être exprimé par des mots. L’amour était vivre.“

Malgré quelques longueurs, le roman est assez prenant puisque le suspense dure jusqu’au bout, mais l’univers décrit est d’une noirceur persistante dont on ne se débarrasse jamais véritablement. L’aspect psychologique n’est jamais délaissé et permet de s’imaginer ce qu’endure le narrateur (et l’on ne peut que se féliciter d’avoir une vie bien différente de la sienne !) et on le voit naturellement évoluer au fur et à mesure que son âge avance et que les épreuves qu’il traverse l’abîment. La mentalité américaine de l’époque transparaît très bien au cours du roman ainsi que divers faits historiques qui sont relatés ou évoqués à travers l’histoire de Joseph. Un roman noir marquant à ne pas lire en cas de coup de blues !

Special thanks : à ml pour le prêt !

Ed. Sonatine, août 2008, 498 p. (sorti en poche en 2009)

 

Loverboy, Gabriel Trujillo Munoz

10 novembre 2009

Loverboy J’avais lu il y a quelques mois le tome 3 de ces petits polars mexicains très concentrés (83 p. pour celui-ci) et il m’avait plu. Grâce à l’opération Masse critique, j’ai reçu le tome 2, intitulé Loverboy. Titre qui me paraissait léger et intrigant.

Pour l’intrigue, je n’ai pas été déçue, mais alors pour le côté léger, il faudra repasser… On retrouve le détective privé mexicain Morgado qui commence par décliner la mission qu’on veut lui confier : retrouver l’assassin du directeur de la Commission du Droit de l’Enfant. Et puis une grande blonde s’en mêle et le voilà sur l’enquête, qui tourne autour d’un sordide trafic d’organes d’enfants.

Ca va très vite, forcément, mais tous les éléments s’enchaînent parfaitement, et on a le temps de s’horrifier devant les activités des trafiquants (ils sont vraiment effrayants).

Et puis on trouve au détour d’une page un concept fort sympathique : le cafébrairie. Un café-librairie où le privé séducteur emmène ses conquêtes féminines prendre un petit-déjeuner… Pas mal, non ?

Encore une fois, GTM (l’auteur !) a su m’impressionner avec cette nouvelle policière percutante, plutôt noire et qui révèle les sujets tabous d’une société mexicaine en plein mal-être.

babelioNB : les trois tomes sont des enquêtes totalement indépendantes.

Special thanks : à Babelio et aux éditions Les Allusifs pour m’avoir offert ce livre (dont j’adore la couverture sanglante en relief et le marque-page assorti !).

Ed. Les Allusifs, mai 2009, 83 p.

L’étoile du diable, Jo Nesbo

7 novembre 2009

Etoile du diable Je n’ai pas résisté bien longtemps à me plonger dans un nouveau polar de Jo Nesbo (même si je devrais les “économiser” vu que l’auteur n’est pas encore aussi prolifique qu’Agatha Christie le fut en son temps…).

Dans cet épisode (qui se classe en 5ème position dans la série, que je suis hélas un peu dans le désordre), l’inspecteur Harry Hole est au plus bas. Il est déprimé et boit comme un trou (et comme il est alcoolique, imaginons plutôt un tunnel). Ses supérieurs hiérarchiques ont décidé de le virer, il ne lui reste que quelques jours à faire au sein de la police norvégienne. (et c’est là un grand malheur car j’aime énormément Harry, qui est un personnage bourré… de défauts mais néanmoins extrêmement touchant et attachant… attouchant, même ! Mais ne vendons pas la peau de l’ours norvégien, c’est un coriace).

C’est l’été, la canicule s’abat sur Oslo (pensez donc, le thermomètre dépasse les 25 ° C !). La ville est donc plutôt dans un état de torpeur, jusqu’au jour où l’on retrouve le cadavre d’une jeune femme avec sous sa paupière, un diamant rouge en forme d’étoile. Quelques jours plus tard, une autre femme est assassinée et on retrouve sur elle un second diamant étoilé. Les effectifs estivaux étant réduits, Harry Hole est malgré tout mis sur l’enquête et doit collaborer avec un autre inspecteur, Tom Waaler, qu’il soupçonne d’être corrompu et l’organisateur d’un trafic d’armes dans le pays…

J’ai tout bonnement adoré ce polar qui intègre des ingrédients nécessaires (tueur en série, indices mystérieux à décoder, pistes bien brouillées, suspense et course contre la montre insérant une certaine tension dans le récit…) et des cerises dans le gâteau (des personnages secondaires touchants comme la technicienne Beate et le chauffeur de taxi, des détails sur la vie privée d’Harry et les aléas de sa vie amoureuse, et les affres d’un héros alcoolique et la tentation de rejoindre le côté obscur). Et par dessus le marché, on apprend des choses passionnantes comme la différence entre un sociopathe et un psychopathe (la rencontre avec l’un comme l’autre étant peu recommandée) et ce qu’est le postillioning ! J’ajoute que même si la société dépeinte est très noire, la profonde humanité d’Harry Hole permet d’entrevoir une lueur d’espoir dans cet univers impitoyable.

Tout cela donne un cocktail fort goûteux, j’en redemande, bien sûr ! C’est définitivement une série à ranger dans la catégorie des très bons polars, et à lire de préférence dans l’ordre pour le côté vie privé de l’enquêteur et l’évolution des personnages récurrents. (NB : je ne lâcherai pas l’affaire avant de vous avoir convaincus, j’ai la joie d’avoir déniché un autre tome chez Gibert samedi dernier… à bientôt, pour les récalcitrants, donc !).

Ed. Gallimard, série noire, 2006, 486 p. (sorti en poche en 2008).

La déesse aveugle, Anne Holt

3 novembre 2009

Deesse aveugle Le meurtre d’un petit revendeur de drogue, découvert par une avocate d’affaires qui faisait du jogging, passe presque inaperçu dans la capitale norvégienne. Quelques jours plus tard, c’est un avocat à la réputation controversée qui est retrouvé avec une balle dans la tête. L’affaire prend alors des proportions plus importantes : non seulement parce que des quantités non négligeables de drogue et d’armes sont en jeux, mais surtout parce que les instigateurs de cette organisation mafieuse semblent être haut placés dans la bonne société d’Oslo.

Le juge d’instruction Hakon Sand, la belle inspectrice homosexuelle Hanne Wilhelmsen et l’avocate d’affaires Karen Borg vont être les principaux acteurs du côté de la justice à démêler cet imbroglio. Pour ma part, je ne me suis guère attachée à eux. Par ailleurs, j’ai trouvé que ce polar était très axé sur le côté procédurier de la justice, et cela m’a paru alourdir franchement le récit (j’ai découvert après coup en lisant la quatrième de couverture que l’auteur est une ancienne avocate et ministre de la Justice, je comprends mieux d’où vient ce défaut…).

On connaît dès le départ la plupart des coupables, et une espèce de faux suspense est tissé au long du roman concernant le grand chef de l’organisation. Du coup, l’ensemble traîne en longueur, d’autant que l’intrigue est hyper classique, et franchement, je l’ai fini un peu comme on finit un devoir de vacances… J’ai trouvé que le style ressemble à celui d'Henning Mankell. Or, je n’ai jamais pu finir un de ses romans. Ce n’est donc pour moi pas du tout le même univers que celui de Jo Nesbo, qui se déroule également à Oslo, mais dont je suis attachée au personnage principal. Mon avis est très subjectif alors je vous propose de lire aussi l’avis de Cuné qui a beaucoup apprécié plusieurs polars d’Anne Holt mettant en scène d’autres enquêteurs (j’ai donc peut-être tout simplement fait une mauvaise pioche chez l’auteur).

Ed. Seuil (Points), juin 2000, 389 p.

La Princesse des glaces, Camilla Läckberg

7 octobre 2009

Princesse des glaces Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d’une amie d’enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d’eau gelée. Impliquée malgré elle dans l’enquête (à moins qu’une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l’œuvre), Erica se convainc très vite qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Sur ce point - et sur beaucoup d’autres -, l’inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint. A la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge clans les strates d’une petite société provinciale qu’elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d’autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d’un peintre clochard - autre mise en scène de suicide. (présentation de l’éditeur)

En ce moment, je suis dans une période “polars nordiques”… La Princesse des glaces était donc la bienvenue : un froid glacial dans un petit village des côtes suédoises, un cadavre retrouvé à moitié congelé dans une baignoire, des mètres de neige… auxquels s’ajoute une enquêtrice inhabituelle puisqu’il s’agit d’une auteur de biographie, qui, telle une Miss Marple, va se mêler d’une enquête de police et démêler elle-même les fils de l’écheveau.

Erica Falk est une personne que l’on imagine bien comme notre meilleure copine : sympathique, curieuse et intelligente, peu sûre d’elle mais charmante et préoccupée par les mêmes choses que la plupart des femmes : dissimuler ses rondeurs et trouver l’amour (pour éventuellement fonder une famille un jour)…

Côté polar, j’ai été moins ‘prise par l’intrigue” que chez mes auteurs favoris, mais on chemine tranquillement à travers les histoires personnelles d’un certain nombre de personnages qui gravitent autour de la Princesse des glaces, dont une riche famille qui a construit sa fortune autour du village et qui cache certains cadavres dans ses placards, pour finalement découvrir peu à peu plusieurs tragédies, dont certaines ont des ramifications dans le passé.

Une chose toutefois m’a un peu énervée : le personnage d’Anna, la sœur d’Erica, est vraiment caricatural, ainsi que celui de son époux. Femme battue, elle est aveuglée par l’amour qu’elle a (ou croit avoir) pour son mari, et ne porte jamais plainte pour les coups reçus (qui sont de plus en plus violents), et pardonne même à son bourreau. Un jour, il va trop loin, et du jour au lendemain, elle se rend compte qu’elle était aveugle et idiote et qu’elle n’aurait pas dû se laisser faire sans réagir… J’ai trouvé le revirement brutal de situation peu crédible !

En dépit de ce bémol, le roman m’a bien plu, même si je l’ai davantage aimé pour l’histoire d’amour touchante d’Erica et son côté “village de Miss Marple” combiné à un soupçon de Dallas que pour la partie purement policière.

Spécial thanks : à Mister T. pour le cadeau d’autant plus apprécié que d’habitude, j’entends de sa bouche : “tu as trop de livres !” Red heart 

Ed. Actes Sud, avril 2008, 381 p.

Le sauveur, Jo Nesbo

5 octobre 2009

Le sauveur J’aime bien l’inspecteur Harry Hole, qui partage son prénom avec un autre flic que j’affectionne : Harry Bosch (Lawrence BlockM. Connelly - of course ! Mais j'aime aussi L. Block, sauf qu'il n'a rien à voir dans le schmilblick, comme l'on relevé certaines ! Blush) ainsi qu’un fort penchant pour l’alcool. Il faut dire que Hole est norvégien, et forcément, il faut trouver des astuces pour se réchauffer. Je dis ça mais en réalité, il a des problèmes plus graves que le froid à résoudre. Après l’avoir suivi en Australie (L’homme chauve-souris) et en Thaïlande (Les cafards), j’ai enfin découvert Harry Hole dans son milieu naturel, à Oslo.

Nous sommes en décembre 2003. Plus qu’à tout autre époque de l’année, l’Armée du Salut,  organisation de type militaire qui œuvre de façon prépondérante en Norvège pour lutter contre la misère, s’active pour venir en aide aux nécessiteux, SDF ou junkies. A quelques jours de Noël, l’un de ses membres actifs est assassiné d’une balle en plein front. Un meurtre qui a tout l’air de l’œuvre d’un professionnel.

Harry s’engouffre dans cette enquête avec son jeune coéquipier, Halvorsen, et doit supporter la supervision soupçonneuse de son nouveau chef Gunnar. Il met un pied dans l’Armée du Salut, en découvre les personnages clés, les liens familiaux, les ambitions et les magouilles qui y règnent comme dans une entreprise lambda. Côté personnel, Harry se remet visiblement péniblement d’une rupture amoureuse et sa flasque de whisky de secours n’est jamais loin. Reste à savoir s’il va succomber à l’appel malgré ses réunions aux AA.

C’est une enquête difficile et rafraîchissante (à lire de préférence sous une bonne couette avec une tasse de thé brûlant) menée non sans douleur par l’inspecteur Hole. J’ai découvert plusieurs détails intéressants sur la culture norvégienne (outre le tutoiement généralisé que l’on connaissait déjà en Suède grâce à Stieg Larsson) et un petit détour par Zagreb a renforcé le dépaysement auquel l’auteur m’a habituée. L'auteur a habilement utilisé le procédé de succession des chapitres avec changement de point de vue : le lecteur peut croire qu'il est toujours avec le même personnage car la narration s'enchaîne mais en réalité, on est passé du criminel au policier…

Cerise sur le gâteau, le dénouement est inattendu et m’a conduite directement à acheter l’un des tomes intermédiaires (Le sauveur étant le sixième de la série, j’aurais donc dû d’abord lire Rouge-Gorge, Rue sans souci et L’étoile du diable).

En résumé, Jo Nesbo est pour moi un auteur scandinave de la même trempe qu’Arnaldur Indridason, c’est dire !

Ed. Gallimard, Folio policier, mai 2009, 669 p.

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