Un défi dont je ne suis pas peu fière, malgré sa modestie : j’ai enfin lu en V.O. ! J’ai choisi, pour ce faire, une édition bilingue et surtout, un personnage que j’adore et dont j’ai lu toutes les aventures (il y a longtemps) pour me faciliter la tâche.
The adventure of the Speckled Band, connue en France sous le titre de La bande mouchetée, est une sombre affaire d’héritage qui implique une jeune femme terrorisée et un beau-père violent et dérangé. L’enquête a lieu alors que Watson et Holmes viennent d’emménager ensemble au 221 B, Baker Street. Le Dr Watson, qui raconte le récit bien des années après les faits, était alors tout à fait intrigué de la façon extraordinaire dont son colocataire résolvait les problèmes qu’on lui soumettait : examens des murs, des taches sur les doigts de ses visiteurs, d’usure des manches… et donc le fameux pouvoir de déduction dont il faisait grand usage était encore tout nouveau aux yeux de ce bon docteur. Le seul hic est que je me souvenais parfaitement – la mémoire est une petite chose polissonne, elle ne retient que ce qu’on voudrait qu’elle oublie ! – du mystère, ce qui enlève le sel de l’histoire.
Ce n’était pas le cas, en revanche, de The Three Students (Les trois étudiants), dans laquelle Sherlock Holmes intervient à la suite de la disparition du document sur lequel figurent les questions de l’examen de fin d’année d’une prestigieuse université. Il doit résoudre cette énigme avec célérité, les examens ayant lieu le lendemain. Comme le laisse présumer le titre, trois étudiants sont impliqués dans l’affaire… J’ai particulièrement aimé cette enquête, le cadre de ses vieux murs, et la manière dont Sherlock met en œuvre son talent d’enquêteur de terrain tout en déduisant des indices les faits qui ont dû se produire (la fameuse “science de la déduction”, qui était à l’époque à ses prémices).
Réflexion sur la lecture en V.O.S.T.
La version bilingue présente un avantage mais aussi un inconvénient. Le dictionnaire intégré en bas de page permet d’avoir un accès immédiat aux mots ou expressions qui nous posent problème durant la lecture, ce qui constitue un gain de temps. Cependant, lorsque trop de mots sont inconnus ou lorsque les tournures à l’ancienne rendent la compréhension difficile, on est vite tenté de lire la page de droite qui comporte la traduction française. Et là, on se dit que quand même, c’est drôlement bien écrit en français, alors qu’en anglais, bof, il y a tous ces mots incompréhensibles qui empêchent de savourer le récit à sa juste valeur.
Par exemple, lorsque je lis (p. 88) : “It was a singular sight which met our eyes. On the table stood a dark lantern with the shutter half open, throwing a brilliant beam of light upon the iron safe, the door of which was ajar”, je me dis :
a) mais qui diable a appris le mot “ajar” durant ses 8 ans d’anglais scolaire ? Pas moi, en tout cas !
b) Bon, on a devant les yeux une scène particulière, avec une lanterne, une lumière brillante, un truc en fer et une porte “ajar” (pfff, ça m’énerve, ce mot, je me demande ce qu’il peut bien vouloir dire !)
c) Tiens, si je lisais la VF pour m’assurer que je ne loupe rien d’important ? Donc “Un spectacle étonnant s’offrit à notre vue. Sur la table était posée une lanterne sourde qui, par son volet entrouvert, projetait un rayon brillant sur le coffre métallique dont la porte était entrebâillée”
d) Entrebâillée ! Entrebâillée ! Pff, vraiment, je n’aurai jamais l’occasion de le recaser, celui-là… Allez, j’oublie ajar. Vraiment, quelle perte de temps !
Au final, j’ai mis pas mal de temps pour lire ces deux minuscules histoires, parce que non seulement lire en anglais demande plus de concentration et la lecture est plus lente, mais en plus, je ne peux m’empêcher de lire les notes de bas de page (même si je connais les mots… Juste pour vérifier !), et de lire pas mal de passages en français (parce que ma compréhension des passages anglais ne me satisfait pas). Ce fut donc un peu laborieux, but I did it, yeah !
Ed. Langues pour tous, août 2006, 155 p.