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Tri(s) Sélectif(s), Amélie Cornu

26 mai 2011

tris selectifs La première chose que j’ai faite en rentrant chez moi après avoir vu cette pièce de théâtre, c’est de regarder sur une carte où était Evreux. Bon, maintenant, je ne risque plus de commettre la même erreur que Max : accepter avec insouciance un barbecue un samedi midi à la campagne*, en croyant se rendre à Evry, en  banlieue parisienne… alors qu’en réalité, il va se retrouver dans un trou paumé près d’Evreux. Pour un Parisien “urbanophile” habitué au Marais, aimant respirer l’air pollué et être entouré d’immeubles et de bétons, c’est un peu rude. Surtout quand les amis qui l’ont invité, Louise (une ancienne copine de fac) et son mari Pierre (un “self-made man” qui a bien réussi malgré son échec au bac), se font voler leur voiture et qu’ils se retrouvent coincés, faute de train ou de commissariat à proximité, pour tout le week-end dans la maison de campagne. La soeur de Pierre, Diane, une artiste trentenaire qui vit de son job de serveuse (à la grande honte de son frère), fait aussi partie de ce plan “lose”.

Si, dans un premier temps, les piques fusent face aux petites contrariétés de chacun liées à cette cohabitation imprévue, le ton reste léger et l’on rit bien facilement de la situation. Alors que Diane, écologiste convaincue, se chamaille avec Max (qui prend des airs supérieurs, parce que bon, tout de même, il est professeur de latin en khâgne), Louise, en femme soumise et bourgeoise parvenue (mais en robe de mémère, haha), soucieuse des convenances, se met en quatre pour faire plaisir à tout le monde (et surtout à son misogyne de mari), et ne rate pas une occasion de préciser qu’elle achète “bio” (mais roule en Jeep et ne tri pas ses déchets, vu que les poubelles de tri sélectif sont vraiment trop moches…).

On s’occupe comme on peut (ils mangent souvent, dans cette pièce, je vous conseille d’y aller l’estomac plein !), on va même jusqu’à sortir le Trivial Poursuit (puisqu’on vous dit qu’on est à la campagne et qu’il n’y a pas internet pour regarder des séries américaines en streaming !).

Mais au fil de discussions croisées entre les personnages, des blessures profondes sont mises à nu, d’autant que le confinement aidant, l’énervement et la franchise permettent à des vérités jusqu’alors dissimulées d’éclater au grand jour. Finalement, lequel de Max, Pierre, Louise ou Diane est vraiment heureux ? Une discussion particulièrement poignante entre les deux femmes va conduire à un événement dramatique inattendu, qui va complètement bouleverser la fin du week-end… et plus encore. L’atmosphère de cette seconde partie est nettement plus tendue et chargée en émotions, même si des situations cocasses (l’épisode de l’attaque aux caillasses) ou des réparties piquantes viennent régulièrement alléger le propos, et les réflexions lucides qui y sont menées trouvent écho en chacun de nous : l’importance que l’on donne au regard des autres, aux convenances ; l’absurdité de certains de nos comportements (en matière d’écologie, par exemple, mais cela peut être transposé à bien d’autres domaines) ; l’ingérence des autres dans notre vie (jusqu’à quel point faut-il l’accepter ?) ; l’originalité des noms que l’on donne à nos chats (pour ou contre les noms de maladie de peau ? :-) ).

Les quatre comédiens présents sur scène font preuve d’une belle complicité (tels les Trois Mousquetaires), et sonnent juste (ce n’est d’ailleurs pas forcément évident, leurs personnages étant un peu caricaturaux).

La mise en scène est particulièrement dynamique : les “tableaux” n’excèdent jamais dix minutes et sont entrecoupés d’interludes musicaux que les comédiens mettent à profit pour modifier le décor (j’admire leur célérité dans l’obscurité… ils doivent être très forts à colin-maillard !). Celui-ci, sobre et efficace, permet de faire évoluer les personnages en toute simplicité dans des lieux suffisamment variés (la maison, le jardin, le village d’à côté…) pour ne pas lasser le spectateur. Ce dernier avait d’ailleurs plutôt l’œil attentif et le rire facile, ce qui prouve la qualité du spectacle (mais un point m’a fort surprise : le spectateur lambda ne semblait pas savoir ce qu’était la binouze proposée par Diane à Max… M’enfin ? Je n’ai pas grandi dans un bar, mais ça me semblait limpide, voire ambré, à moi !).

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette pièce au ton plein d’ironie et de sarcasmes (je sens que cela va interpeller certaines !), aux dialogues incisifs, sorte de comédie dramatique dans laquelle on est plein d’empathie pour les personnages (je pense à Louise, en ce qui me concerne), et satire intelligente et sans concession d’une société devenue par trop égoïste.

Si vous aussi vous aimez colin-maillard, foncez voir cette pièce les yeux fermés !

* c’est là que je réalise que justement, je suis invitée à un barbecue ce samedi à la campagne ! Mais par chance, c’est en endroit desservi par le RER. J’ai donc bon espoir de ne pas quitter la région parisienne (de toutes façons, je ne peux pas aller au-delà, je ne suis pas à jour de mes vaccins. :-) )

Tri(s) Sélectif(s), une pièce d’Amélie Cornu (qui joue aussi le rôle de Diane), mise en scène par Franck Duarte (assisté de Maxime Lepelletier), avec Thomas Baudeau (Pierre), Pauline Savoye (Louise) et François Grolier (Max). Au théâtre de l’Aktéon (Paris, 11ème), du 16 mai au 28 juin 2011 (les lundis et mardis). Durée : 1h30 environ.

Laurent Lafitte, comme son nom l’indique

15 mai 2011

Laurent Lafitte Hier soir, je suis allée voir un one-man show choisi complètement au hasard sur un site qui offre des réductions sur les prix des billets. Si je souligne ce point, c’est que j’ai déjà ri jaune en voyant ma place attribuée : tout en haut de la corbeille, contre un mur (jusque là, ça va encore)… et lorsque j’ai rabattu le siège battant, il s’est collé à moins de 5 cm du siège de devant. On m’a donc vendu un siège pour homme-tronc ! C’est vraiment honteux, franchement… Bref, la salle était presque pleine mais une voisine compréhensive s’est décalée pour que je vienne m’asseoir à côté d’elle, ouf !

Je pensais ne pas connaître Laurent Lafitte, mais il a en fait eu de nombreux “petits” rôles dans des films comme Les Rivières Pourpres, Qui a tué Pamela Rose ?, Un Secret… et surtout, dans trois films de Guillaume Canet Red heart(Mon idole, Ne le dis à personne, Les petits mouchoirs)… c’est donc un gage de qualité à mes yeux ! Il a également suivi des cours dans une école de comédie musicale en Angleterre, ce qui explique certains sketches de son show…

Son spectacle, pour en revenir à nos moutons, fait intervenir des personnages hauts en couleur : une grand-mère botoxée qui veut à tout prix rester jeune retrouve sa fille et sa petite-fille dans un salon de thé Ladurée : loin d’être une oreille attentive et compatissante au récit de sa progéniture, elle préfère de loin draguer le serveur… On trouve aussi le Dr. Mairde, un médecin parisien particulièrement odieux dans son comportement professionnel avec ses patientes, une vieille ex-people qui raconte avec nostalgie et à grand renfort de crachats ses frasques d’antan avec les stars, un type qui raconte comment il s’est tapé une bourgeoise (cet épisode hautement imagé est une vraie pépite !)… mais le plus réussi est, à mon avis, le personnage de Claude, un homosexuel qui travaille dans le milieu créatif de la publicité et qu’on retrouve d’abord dans une boîte de nuit, puis plus tard dans en train d’appeler des services téléphoniques pour adultes.

Et alors, me demanderez-vous, est-ce que c’est drôle ? OUI, vous répondrai-je, complètement enthousiaste. Mais attention, l’humour de Laurent Lafitte pioche dans des catégories très particulières : humour très cru, humour noir, et humour au second degréIl ose tout, et on se dit souvent “oh, non, mais c’est horrible” tout en riant comme des baleines… Enfin, personnellement, ça m’a fait beaucoup rire, mais je suis sûre que cela peut choquer certaines personnes sensibles, et notamment, je déconseille fortement d’emmener des enfants voir ce spectacle, nettement orienté vers un public adulte.

J’aimerais ajouter que ce comédien a un physique qui comprend 25 % de dents (à la Michel Leeb) et 30 % de tics irrésistibles, qu’il a un bon déhanché et qu’il parle parfaitement anglais (un sketch de rappel est d’ailleurs joué en anglais – facile à comprendre), qu’il entre dans la peau de ses personnages avec une grande justesse, que sa plume est bien aiguisée et qu’il mérite donc amplement son succès…

En résumé : si vous êtes ouvert à tout type d’humour, offrez-vous une bonne tranche de rire avec Laurent Lafitte, je doute que vous le regrettiez !

“Laurent Lafitte, comme son nom l’indique”, au théâtre des Mathurins (36 rue des Mathurins, 75008 Paris), du 5 mai au 4 juin 2011. Durée : 1h30 environ.

Tout sur tout… et son contraire

26 novembre 2010

Affiche Tout sur tout Vous vous souvenez peut-être de L’Anticyclopédie Universelle, un livre drôle et décalé d’Emmanuel Vincenot et Emmanuel Prelle paru il y a trois ans ? Eh bien, elle a été adaptée et mise en scène avec succès au théâtre par Franck Duarte : la pièce est fidèle à l’esprit du livre, on y retrouve le même humour qui fait mouche. C’est ainsi que vous pénétrez dans une salle chaleureuse (entendez très intime) et chatoyante (traduction : aux rideaux rouges) pour assister à une conférence unique en son genre.

Le Docteur Constant, à la fois pédagogue et provocateur, assisté de son… assistante (bravo aux deux lecteurs qui suivent !), Mademoiselle Eglantine, à l’allure de bourgeoise coincée et au cœur fondant (devant le beau Dr. Constant), nous présentent leur vision de l’histoire, de la géographie, des sciences, de la spiritualité… Toutes ces matières, qui vous paraissaient peut-être indigestes à l’école, vont prendre là une allure beaucoup plus rocambolesque et ludique (les accessoires utilisés – non conformes aux décrets de l’Education Nationale – y sont sans doute pour quelque chose !).

Une mise en scène énergique (j’ai aimé les intervalles “inter-chapitres”, où nos deux protagonistes sont pris d’une frénésie dansante surprenante sur une musique entraînante), des révélations personnelles, des prises à partie du public, contribuent à vous faire passer une heure instructive et surtout fort distrayante… avant que la fin du monde ne vienne mettre… fin (il n’y a plus que toi qui suit, on dirait ?) à cette belle aventure scientifique.

Dr Constant Mlle Eglantine Un bon point aux acteurs (Thomas Zaghedoud et Alix Valroff), parfaitement crédibles dans leurs rôles loufoques, et qui savent garder leur sérieux dans les situations les plus déconcertantes (une pensée émue pour le défenseur de l’Europe Open-mouthed). Fait étrange, Mlle Eglantine est le portrait craché d’une personne de mon travail. Et aussi celui d’une collègue d’une amie qui a vu la pièce avec moi. Méfiez-vous, il semblerait que le clonage humain ne soit plus de la science-fiction !

crédit photo : Compagnie Glou – 2010

Special thanks: à toutes les personnes citées pour m’avoir fait passer un si bon moment !

Du 17 nov. au 31 déc. 2010 à la Comédie des 3 Bornes (32, rue des Trois-Bornes – 75011 Paris), du merc. au sam. à 20h15.  Place : 16 € (plein tarif), 10 € (tarif réduit).

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