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Anansi boys, Neil Gaiman

7 janvier 2012

Anansi boys Parfois, les circonstances nous obligent à lire des œuvres qui ne correspond pas à nos inclinaisons naturelles. Ainsi, les lois familiales m’ayant autorisée à glisser dans la valise des vacances un seul broché, je me trouvais fort dépourvue quand la dernière page fut venue. Force fut de me rabattre sur un bouquin estampillé Fantasy de Mister T., bien que la couverture entièrement occupée par une araignée ne m’attirât guère.

Gros Charlie est un Américain tout à fait respectable, émigré à Londres et fiancé à Rosie, qui n’a d’autre défaut qu’une mère acariâtre. Alors qu’il n’envisageait pas une seconde d’inviter son père à son mariage – il lui a toujours fait honte dans son enfance – sa promise l’oblige à le faire, prétextant qu’une union est l’occasion idéale de renouer des liens familiaux. C’est alors que Gros Charlie tombe sur un os : son père vient de décéder, il a tout juste le temps de sauter dans un avion pour assister aux funérailles (en réalité, il se trompe d’enterrement et n’a plus qu’à donner les dernières pelletés de terre sur le cercueil de son paternel). Il retrouve ensuite les vieilles voisines de son enfance, qui lui révèlent sans ménagement que son père n’était autre que le dieu Anansi, et qu’il a un frère qui a hérité des pouvoirs de leur géniteur. Pour faire venir ce dernier, Gros Charlie n’aura qu’à transmettre son message à une araignée. Quelques temps plus tard, après une soirée londonienne bien arrosée, l’incrédule demande à l’une de ces arachnides qu’il aimerait que son fameux frère – s’il existe – lui rende visite. Et lorsque qu’un être qui pourrait être lui mais en plus mince, plus beau, l’air plus assuré, répondant au nom improbable de Mygal, frappe à sa porte, il n’a d’autre choix que d’accepter la réalité, qui va d’ailleurs rapidement s’apparenter à un cauchemar.

Il faut le reconnaître, Neil Gaiman est un conteur hors pair (il est aussi le narrateur omniscient qui intervient de temps à autre). Son récit coule naturellement, quelque invraisemblable soit son contenu. Je me suis laissée emporter, toute réticence envolée, par les aventures rocambolesques de Gros Charlie et de son frère, j’ai volé par monts et par vaux, jusqu’au pays des dieux-animaux, et de la même manière que “Tout commence, ainsi que la plupart des choses, par une chanson”, tout s’achève en chansons.

Comme quoi, la panne de lecture, cela a parfois du bon.

Ed. J’ai Lu, mai 2008, 379 p.

Elric, Les Buveurs d’âmes, Michael Moorcock & Fabrice Colin

7 juillet 2011

Elric les buveurs d'âme Fait assez rare pour être souligné, ce roman a été écrit 50 ans après les premières aventures d’Elric (sa première apparition remonte à 1961), par le même auteur, Michael Moorcock, accompagné d’un auteur de fantasy et de science-fiction français, Fabrice Colin. Les Buveurs d’âmes est l’ultime épisode (à ce jour) mettant en scène « Elric Le Melnibonéen » (du nom de l’île d’où il vient, Melniboné).

 

Stormbringer (« Celle qui amène la tempête »), nom de l’épée d’Elric, fait partie des 3 sagas qui m’ont initié à la fantasy et que j’ai dévorées étant ado [pour les curieux, les deux autres sont, évidemment, Le Seigneur des Anneaux (Tolkien) et de façon moins évidente, Les Princes d'Ambre (Roger Zelazny)].

J’ai donc approché ce livre avec mes souvenirs de la saga lue il y a 15 ans, qui peuvent se résumer ainsi :

- le concept : Elric est tout à la fois un guerrier albinos maudit, et un mage qui sait invoquer les démons quand ça lui chante. Il possède une épée magique qui boit les âmes de ses ennemis, ce qui accroît son pouvoir. La malédiction dont il est victime se caractérise par le fait quil survive systématiquement à tous ceux  – et surtout celles – qu’il aime.

- ses défauts : le récit s’avère un peu répétitif. Quant au style, il est loin d’atteindre le niveau de Tolkien (en fait, il est aussi chargé qu’une couverture de Barbara Cartland… autant dire qu’on est plus près du roman de gare (lequel, paradoxalement, se vend très bien)), sans que je sache si la traduction y est pour quelque chose ou si l’original est déjà lourdingue.

Pour en revenir à nos moutons saison 2011, rappelons tout d’abord qu’Elric est l’Empereur de Melniboné et qu’il en a causé la perte. Il se jure de ne plus tirer Stormbringer (son épée) de son fourreau. Le voilà dans une situation inédite, dans laquelle il se retrouve vulnérable. Il part en quête de ce qui pourra, il l’espère, le libérer définitivement de l’emprise de l’épée (alors qu’ils ont tant partagé ensemble et qu’ils étaient liés tels R2-D2 et C-3PO, Sherlock Holmes et le Dr Watson…). Elric se dirige vers les ruines de Soom, cité perdue dans la jungle, où il pense trouver la solution à son problème (de couple) sous la forme d’une Anémone Noire. Mais c’est sans compter sur certains de ses sujets vindicatifs : comme Elric est à l’origine de la perte de son Empire, des Melnibonéens le poursuivent afin de lui extorquer quelques explications

J’ai trouvé ce nouvel épisode relativement fidèle au souvenir que j’en avais. On se laisse facilement porter par le récit et ses nombreux rebondissements… même si certains ont l’air de se trouver là uniquement pour remplir le quota « Action » du roman (c’est ce que l’on peut appeler le côté gratuit de l’écriture : ça ne coûte pas plus cher d’ajouter deux ou trois bastons ou retournements de situation, certains auteurs ont tendance à en abuser !).

C’est une vraie prouesse d’avoir repris le récit après tant d’années et de l’avoir écrit d’abord en français, grâce à la participation d’une plume française expérimentée. Cette collaboration est plutôt réussie car l’esprit reste fidèle aux origines, tout en apportant un vrai élément nouveau (virer l’épée). Revers de la médaille, on retrouve les mêmes défauts de style qu’autrefois (Moorcock aurait-il traduit lui-même son texte ?) : trop de phrases « cliché », pléthore d’adjectifs alourdissant inutilement les phrases, surcharge pondérale de l’écriture… Exemple pris au hasard :

“Sur les hauts murs de marbre, leurs ombres se déformaient, projetées par les flammes de candélabres aux circonvolutions mordorées. Adossée à une colonne, près d’une cour à ciel ouvert où se déversait un crépuscule limpide, une jeune servante pinçait avec mélancolie les cordes d’une cithare. Non loin de là, la princesse à la peau pâle et aux grands yeux charbonneux, installée dans un large fauteuil en bois de rose, faisait tourner sa coupe d’un air lugubre. Près de la fontaine, sa sœur aux cheveux courts s’entretenait avec un homme volubile qui tortillait sa barbe bleutée en parlant […]” (extrait p. 58)

Messieurs, je ne saurais que trop vous conseiller un petit régime : ayez la main légère sur les qualificatifs (et les rebondissements), vous gagnerez en finesse !

Cela ne m’a pas empêché de dévorer les 250 pages des Buveurs d’âmes, mais je n’aurais sans doute pas été au bout du même roman en 500 pages. Cela dit, il constitue une formidable source d’adjectifs peu usités qui pourrait inspirer certains blogueurs (pour un rendu affriolant dont les lecteurs à la soif inextinguible de textes farfelus se pourlècheraient les babines pourpres aux sillons vermillons).

Special thanks : à Mister T., l’intrépide lecteur de fantasy qui a raconté ce roman à travers mes mots !

Ed. Fleuve Noir, mai 2011, 268 p.

Palimpseste, Charles Stross

28 juin 2011

Palimpseste Palimpseste (nom masc.) : manuscrit ancien dont on a gratté l’écriture pour écrire à nouveau sur le parchemin.

Palimpseste : roman de Charles Stross dans lequel l’humanité court à sa perte. Une organisation, la Stase, a été créée pour réécrire certains points de l’Histoire. En voyageant dans le temps grâce à des portails spatiaux-temporels, une poignée d’hommes s’efforce de modifier certains événements du passé qui ont conduit à la destruction de leur monde, dans le but de prolonger l’histoire des Hommes.

Mais lorsque l’agent Pierce est un jour victime d’un palimpseste – ce fameux point d’histoire réécrit avec plusieurs intentions différentes – il réalise que la Stase, comme beaucoup d’organisations, s’est focalisée sur sa propre existence, ce qui l’a conduit à des dysfonctionnements et à des luttes intestines.

Exploitant un thème classique, celui des voyages temporels, Palimpseste n’est pas sans rappeler L’effet papillon. Mais alors que dans ce dernier, les conséquences d’une occurrence portaient sur un individu, Charles Stross ajoute dans son roman la touche organisationnelle, dont les effets sont démultipliés, un peu à la Brazil de Terry Gilliam.

Palimpseste oscille entre longue nouvelle et roman court, ce qui est plutôt agréable pour un roman de science-fiction : ça se lit vite ! La contrepartie, évidemment, est qu’on reste un peu sur sa faim. L’auteur pose un système, définit efficacement ses personnages, arrose le tout d’un peu d’action, mais certains moments sont trop abscons et cinquante pages de plus pour clarifier certains points un peu flous ou rendre la trame plus forte auraient été bien accueillies.

Le style de Stross est agréable et fluide, même s’il se complaît dans des néologismes qui ne servent pas forcement l’histoire – contrairement à la Horde du contrevent (Alain Damasio), dans lequel le vocabulaire très particulier dessert vraiment le récit.

Un moment savoureux : lorsque la bibliothèque de l’Histoire de l’humanité et des non-histoires s’avère en fait être une planète…

Special thanks : à Mister T., mon lecteur surprise, qui a raconté ce roman à travers mes mots !

Ed. J’ai Lu (Nouveaux Millénaires), juin 2011, 158 p.

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