Recherche un homme, un vrai, C. Alexander & Cie
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Bon, puisque le premier mardi du mois, Stephie nous incite à parler de lectures inavouables, je me suis lancée – à titre purement scientifique, naturellement – dans la lecture d’un “Passion intense” chaudement recommandé par des lectrices intensément passionnées de ma connaissance. Recherche un homme, un vrai (rien que le titre fait pouffer de rire, non ?), est un recueil de quatre nouvelles (Etoile d’un jour, Sex Therapy, Action Man et Le repos du guerrier : tout un programme !) écrites respectivement par Carrie Alexander, Pamela Britton, Susan Donovan et Lora Leigh. Mais franchement, ce pourrait tout aussi bien être le même auteur, vu que la même recette est appliquée à chaque fois, seule la sauce variant un peu (si j’ose dire) :
1. Prenez une belle jeune femme au prénom improbable.
Ex : Estrella, Breanna, Winifred ou Raven.
2. Mettez-là en présence d’un beau mâle bronzé aux “abdominaux tellement fermes qu’il aurait pu arrêter une voiture”, au “biceps aussi gros qu’un jambon”, et toujours extrêmement bien doté par la Nature à tous points de vue.
Ex : un ouvrier de chantier, un chef d’entreprise en bâtiment, un voisin montagnard espion professionnel ou un militaire spécialisé en missions secrètes et dangereuses.
3. Choisissez un prétexte fallacieux pour les faire coucher ensemble, ou presque.
Ex : oups, on s’est baigné nus dans la piscine de la résidence ; comment oublier le viol d’un ex-mari ? en couchant avec son meilleur ami d’enfance, pardi ! ; pfiouf, je n’arrive pas à écrire ce scénarion de film… oh, quelle chance, mon agent m’envoie dans son chalet de montagne où tout tombe mystérieusement en panne… par chance, le voisin est trèèèès serviable ; ou encore… tiens, le dernier prétexte était tellement tiré par les cheveux qu’il m’a échappé !
4. Trouvez l’excuse la plus idiote possible qui empêche la fille de finir son casse-croûte (ou de remettre le couvert).
Ex : désolée, j’ai piscine (ah non, celui-là est trop commun ! Faites tout de même un effort minimum d’imagination)
Ex corrigé : désolée, j’ai piscine et il faut que je me lave les cheveux avant (copyright : elle se reconnaîtra)
Et c’est peut-être là que se joue la différence entre vous et les vrais auteurs de Passion Intense. La preuve, leurs excuses sont inimitables :
Ex : désolée, je ne peux pas, j’ai la phobie des tatouages (oui, tu en as trois, mais je ne les avais pas bien vu avant, parce qu’on était dans la piscine, bon ok, tu étais nu, mais l’eau ruisselait sur ton corps, tu comprends…) => fallait la trouver, celle-là, non ?
Ex : désolée, je ne peux pas, mon ex-mari m’a violée, donc je voulais t’utiliser comme thérapie mais finalement c’est au-dessus de mes forces (sauf si tu m’attaches) => là, l’auteur introduit une forte teneur en psychologie, ça ne m’étonnerait pas qu’elle soit diplômée dans cette matière, pas étonnant qu’on ne puisse pas rivaliser.
Ex : bon, la troisième veut bien finir son casse-croûte, vu qu’il lui sert de muse pour écrire son scénario de film…
Ex : désolée, tu es le meilleur ami de mon frère, et en plus, tu es le frère de ma meilleure amie, ça embrouille mes deux neurones.
5. Saupoudrez d’une forte dose de scènes très piquantes (facile, vu la taille des dards), n’hésitez pas à pimenter le tout de bonnes grosses métaphores. Ah, et nous ne sommes pas des animaux, tout de même, n’oubliez pas les baisers fougueux et les mots doux (ou crûs, je ne connais pas vos goûts). N’oubliez pas de préciser qui met le préservatif (il ne faudrait pas oublier l’aspect moral et pratique).
6. Achevez le récit par un marshmallow bien grillé (autrement dit, le happy end
) : il lui dit “je t’aime” (variante : elle lui dit “je t’aime”), finalement tout est possible (variante : finalement, rien n’est impossible), et si nous vivions heureux et longtemps ? (variante : et si on déménageait au Pays des Bisounours ?).
Cette lecture fut finalement très instructive sur le plan de la comparaison littéraire des moyens et des fins, même si c’est moyennement fin, ça se mange sans faim (je conseille tout de même de picorer au lieu de tout ingurgiter d’un coup, on est vite rassasié !).
NB : la copine qui m’a prêté cet objet de curiosité il y a quelques mois osera-t-elle se manifester pour que je le lui rende ? Je ne sais plus du tout qui a fait preuve de tant de générosité à mon égard ! ![]()
Ed. J’ai Lu, fév. 2010, 281 p.
