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Helena Rubinstein – La femme qui inventa la beauté, Michèle Fitoussi

15 octobre 2010

Helena Rubinstein Si vous êtes une femme, je parie mon plus beau tube de rouge à lèvres que vous ne pourrez qu’être passionnée, comme je viens de l’être, par le destin de cette incroyable bout de femme d’un mètre quarante-sept admirablement romancé par Michèle Fitoussi. Et si vous aimez l’Histoire ou les histoires à rebondissement, ce livre est également fait pour vous ! [D’ailleurs, comme je n’ai pas de rubrique “biographie” parce que ce mot me fait peur tant je l’ai longtemps crû synonyme de “mourir d’ennui”, Helena va tenir compagnie à ce cher Stefan Zweig, dans les romans historiques.]

Polonaise juive d’origine très modeste, née en 1872, Helena Rubinstein est l’aînée de sept soeurs : Pauline, Rosa, Regina, Stella, Ceska, Manka et Erna (cette litanie de prénoms a plu d’emblée à l’auteur lorsqu’elle a commencé à s’intéresser au personnage). Jeune fille déjà, elle a un caractère bien affirmé : elle refuse les prétendants que ses parents lui choisissent, et embarque – avec l’aide de cotisations d’oncles et tantes – sur un paquebot à destination de l’Australie, ce continent où vivent alors essentiellement les forçats exilés et leurs descendants, ainsi que les Aborigènes.

La femme qui inventa la beauté

Après quelques années passées à tenir la maison puis la boutique d’un de ses oncles et avoir observé que les Australiennes vieillissent plus vite que les Polonaises en raison de leur exposition permanente au soleil, Helena a l’idée d’essayer de fabriquer la crème hydratante que sa mère applique depuis leur enfance à toutes ses filles. Elle s’en fait envoyer quelques pots par bateau et tente d’en imiter la composition avec les matières premières dont elle dispose. Après des essais infructueux (dont elle fait les frais, jouant elle-même le rôle du cobaye) et l’aide d’un pharmacien, Helena parvient à un résultat satisfaisant, et elle commence alors à vendre sa première crème : la Valaze, qu’elle fabrique personnellement dans son atelier.

Peu de temps mais beaucoup de travail après, grâce à l’aide de quelques mécènes, elle ouvre son premier salon de beauté à Melbourne. On est en 1902, les femmes viennent d’obtenir le droit de vote en Australie, pays précurseur dans la bataille pour l’égalité des sexes. Cette émancipation politique a d’ailleurs certainement joué un rôle dans le succès de la marque d’Helena Rubinstein, arrivée à point nommé au moment où les femmes osaient enfin revendiquer leur féminité, en plus de leur féminisme.

Chef d’entreprise et féministe

Précurseur dans le développement scientifique des produits de beauté, Helena Rubinstein – Madame, comme elle se fait appeler désormais – développe son affaire d’une main de maître, ouvrant des usines et des salons à travers le monde, inventant de nouvelles gammes, de nouveaux services parfois trop en avance sur leur temps (les journées “spa”, les soins pour hommes). Très attachée à sa famille, elle fait travailler ses sœurs, leurs maris, puis plus tard leurs enfants dans son entreprise, qui compte plusieurs milliers d’employés à travers le monde. Elle travaille de six heures du matin à tard le soir, sept jours sur sept, dépensant sans compter son énergie, se rendant sur le terrain, vérifiant chaque détail. Elle mise beaucoup sur le marketing, le packaging, la publicité, les journalistes, les stars qui vantent ses crèmes et produits de maquillage (alors qu’au début du siècle, seules les actrices et les prostituées en usaient), toujours en s’appuyant sur une caution scientifique et hygiénique.

Mais cette femme d’affaires autodidacte devenue millionnaire en quelques années (de dur labeur, il est vrai), n’a pas connu le même succès dans sa vie personnelle. Mariée sur le tard à un homme de lettres, Edward Titus, dont elle est amoureuse mais avec lequel elle se dispute beaucoup (il faut dire qu’il la trompe allègrement avec tous les jolies jupons qui passent à sa portée), elle a deux fils dont elle s’occupe très peu. N’oublions pas qu’elle traverse les deux guerres mondiales, doit fuir aux Etats-Unis comme beaucoup de juifs, subi de grosses pertes – tant humaines que matérielles – et elle repart de presque rien lorsque ses biens sont détruits. Elle s’entendra mieux avec son second mari, un aristocrate russe désargenté, qui lui apporte le titre tant admiré de Princesse.

Une femme énigmatique

Femme ambigüe, Helena Rubinstein a régné sur son empire avec tyrannie et bonté, se montrant tour à tour généreuse et pingre. Elle a aidé les membres de sa famille à émigrer, leur a trouvé des emplois dans son entreprise, mais les exploitait allègrement, en les faisant travailler jusqu’à l’épuisement. Elle haïssait ses concurrents (à commencer par Elizabeth Arden) et n’avait aucun scrupule à leur piquer des idées ou des collaborateurs stratégiques, mais se mettait en furie lorsque ses rivaux faisaient de même avec elle. C’était une femme d’affaires avant tout, mais elle a aussi aimé l’art et la mode dès sa jeunesse. Collectionneuse insatiable de tableaux, d’art primitif, de bijoux et de robes de grands couturiers, elle a investi une fortune dans ces objets. Elle a eu des relations privilégiées avec de nombreux artistes, peintres (Matisse, Modigliano, Braque, Picasso), couturiers (Poiret, Balenciaga, Chanel, Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent), et auteurs (présentés par son premier mari, grand amateur de littérature et éditeur).

Madame a vécu dix vies en une seule, et lorsqu’elle est morte à l’âge de quatre-vingt-treize ans, elle n’était pas prête à s’arrêter de travailler (la retraite à soixante-sept ans, ça l’aurait sans doute bien fait rigoler). C’était une femme moderne et charismatique, timide mais passionnée par son travail, qui aimait l’argent mais pardessus tout, le pouvoir, et elle a su en jouer avec brio.

Helena Rubinstein, parce qu’elle le valait bien…

Mais au fond, cette femme a-t-elle été heureuse ? Menteuse comme elle était, elle aurait sans doute enjolivé la réponse à ma question ! J’aurais dû demander l’avis de Michèle Fitoussi (auteur et éditorialiste à Elle), que j’ai eu la joie de rencontrer pour lui poser quelques questions avec d’autres blogueuses… Elle a su me transmettre son admiration pour Helena Rubinstein à travers cette biographie romancée (ou “narrative nonfiction” comme disent les anglo-saxons) que j’ai lue avec beaucoup de plaisir tant la plume est agréable, le rythme soutenu, le récit bien documenté sans jamais être ennuyeux (il est truffé d’anecdotes succulentes)… tant et si bien qu’il m’a semblé vivre quelques jours avec un personnage bien vivant (dont je n’aurais pas voulu être l’employée, croyez-moi !). Ce personnage méritait amplement cette nouvelle biographie (qui rectifie au passage quelques arrangements de l’autobiographie de l’intéressée !).

Un livre qui m’a appris énormément de choses, non seulement sur Helena Rubinstein et sur l’émergence des grandes marques de cosmétiques, mais aussi sur toute une époque où être une femme entrepreneuse était alors un fait extraordinaire (pour ne pas dire suspect) et où la frénésie de consommation commençait tout juste à se faire sentir. En un mot : passionnant !

L’avis de : Brize
Le site dédié : http://www.helenarubinstein-lelivre.com/

Special thanks : à Laëtitia et son équipe pour l’invitation, à Michèle Fitoussi pour sa gentillesse et sa disponibilité et à son éditeur parce qu’il passait par là (même s’il a fait des coupes dans les dialogues, mais Brize s’est chargée de la plainte officielle des lectrices lésées).

NB : inutile de courir comme moi aux Galeries Farfouillettes ou chez Ces Faux Rats pour dénicher une crème Prodige, la marque n’est plus commercialisée que dans quelques pays (Japon, Chine, Russie) et se vend aussi sur le Net (mais elle coûte un bras, je préfère vous prévenir…).

Ed. Grasset, sept. 2010, 492 p.

Indomptable Angélique, Anne & Serge Golon

3 août 2010

indomptable angelique Ca y est, je suis revenue de vacances ! Nan, c’te blague. C’est juste que j’ai laissé moisir mon blog pendant dix jours parce que j’avais une grosse flemme en voyant partir successivement les collègues en vacances, alors que moi, je dois encore attendre l’ami Hou !

A présent, rembobinez vos souvenirs jusqu’en juin 2007 (ah, je sais, on était jeunes, beaux et innocents, à l’époque !). Fashion lançait alors la Saga de l’été : autrement dit, l’ancêtre des Harlequinades. Le principe : lire une saga de son choix (ô Bloggocratie, où es-tu donc passée ?!) durant l’été. J’avais choisi la série des Angélique, marquise des anges, parce qu’on m’avait soufflé dans l’oreillette que c’était plein d’amour, d’aventures, de moments torrides et de drames épouvantables (voire dramatiques !), et bien sûr, de sexy men.

Et, je dois l’avouer, je me suis prise au jeu et j’en ai lu trois d’affilée. Il a fallu trois ans à mon petit cœur de beurre pour se remettre à palpiter à un rythme normal, et le moment est enfin venu : je viens de finir le tome 4 de la saga : Indomptable Angélique.

Dans cet opus, la belle marquise réussi à échapper à la vigilance de la police parisienne (Louis XIV lui ayant interdit de sortir de la ville, pour des raisons expliquées dans le tome 3 (voyez comme je m’auto-linke impunément !)), et elle parvient à Marseille où elle séduit un homme qui l’embarque sur sa galère, en direction de Candie (ne me demandez pas à quelle île de Méditerranée cela correspond, vous seriez bien aimables), dans l’espoir de retrouver la trace de son premier mari, Joffrey de Peyrac (celui qui a péri sur le bûcher à la fin du tome 1). Pour une galère, c’en fût une, vu qu’elle se fait alpaguer par des pirates, qu’elle échoue sur une île, qu’elle se fait sauver et embarque dans un plus petit bateau, qu’elle atterrit à nouveau chez des esclavagistes qui l’engraissent et surtout, lui lavent les cheveux gâtés par l’eau de mer (spéciale dédicace à Erzébeth).

- Attention, spoilers dans le paragraphe suivant entre crochets (qui ont en fait pour but de me servir de mémoire lorsque je m’attaquerai au tome 5 dans quelques années) –

[Après cela, Angélique passe de mains en mains, le Rescator, cet énigmatique (!) pirate masqué qui sillonne les mers sans faire commerce d’esclaves, mais uniquement de métaux précieux, la rachète pour 35.000 piastres (soit le prix de 2 vaisseaux et leur équipage), mais la sauvage Angélique s’échappe (c’est un peu sa spécialité dans ce tome 4), se retrouve prisonnière dans un harem, où elle s’empiffre de pâtisseries marocaines en attendant d’être présentée à son futur mari, le tyrannique et cruel souverain, Moulay Ismaël. Mais là, un nouveau retournement de situation totalement inattendu se produit (allez, tous en chœur) : Angélique s’… !]

Bref, ce quatrième roman de la saga tient largement ses promesses : de l’aventure, en veux-tu, en voilà, des sexy men (je pose cependant un bémol : ils sont pour la plupart sales, puants, grossiers et bourrés de cicatrices, mais bon, finalement, il y n’y a guère de différence avec Louis XIV !) qu’Angélique manipule à sa guise (mais parce qu’elle est en quête de son Grand Amour !), des évasions plus ou moins réussies, d’horribles massacres, des tortures, des sentiments et des loukoums.

De quoi faire palpiter de nouveau mon cœur de midinette jusqu’à l’été prochain ! Et pour finir, ce que vous attendez toutes (ne niez pas, Mesdames !) :

La minute Harlequin (extrait p. 95)

“A cet amant de passage, Angélique sut dispenser toute sa science. Elle s’était juré de se l’attacher et le gentilhomme, viveur blasé, n’était pas de ceux qu’une étreinte passive eût contenté. Tour à tour câline, rieuse et soudain comme inquiète, un peu farouche, elle s’abandonnait, puis devant une exigence nouvelle, se dérobait, et il devait la supplier tout bas, la convaincre, mourant d’impatience.
- Est-ce sage ? disait-elle.
- Pourquoi serions-nous sages ?
- Je ne sais pas… Nous ne nous connaissions pas hier… à peine.”

Quelle coquinette, cette Angélique, tout de même !

Special thanks : à Caro[line], qui m’a prêté son exemplaire de Prisunic à 34,20 Frs (un exemplaire historique !).

Ed. J’ai Lu, sept. 1976 (nombreuses rééditions), 718 p.

Les derniers jours de Stefan Zweig, Laurent Seksik

18 juin 2010

derniers jours de sz Cet ouvrage présente une double facette : c’est à la fois un roman et un morceau choisi de la biographie de Stefan Zweig, qui se concentre sur les six derniers mois de la vie de l’auteur.

Pour une fois, je peux raconter la fin ! Stefan Zweig se donne la mort avec sa seconde épouse, Lotte, par un beau dimanche de la fin février 1942. Ils s’étaient rencontrés en Angleterre, tous deux ayant fui le régime nazi. Zweig était alors marié depuis de longues années à Friderike et Lotte était sa secrétaire (bah, on ne peut pas être tout le temps original !). Devenant indésirables à Londres, le couple s’enfuit pour New-York, mais l’air ne convenait pas à l’asthmatique jeune femme. Ils mirent alors cap sur le Brésil, avec le faible espoir qu’ils pourraient démarrer une autre vie, là-bas, loin de la guerre.

Ce roman inspiré de faits réels propose un récit des derniers mois du grand auteur autrichien, torturé par l’actualité et plus encore par son impuissance et sa “lâcheté”. Je me suis sentie proche de cet auteur dont j’admire la plume mais dont je connais mal la vie personnelle. Cela m’a amusée d’apprendre que cela l’agaçait de ne pas parvenir à se débarrasser des fameux récits enchâssés qui truffent ses écrits ! (En)Chassez le naturel…

Quel sentiment cette lecture m’a-t-elle inspirée, me direz-vous ? “Quel dommage qu’un homme de si grand talent, intelligent et cultivé, n’ait pas trouvé la force de surmonter ses démons et la culpabilité de son impuissance qui le torturait !” vous répondrai-je. Mais c’était un homme si profondément attaché à son pays, l’Autriche, qui avait vécu tant de bons moments à Vienne, qu’il ne pouvait être que désespéré en la quittant, en la voyant sous l’emprise nazie, en apprenant tour à tour la mort de tel ou tel de ses amis écrivains…

Logo Stefan Zweig

 

Laurent Seksik a entièrement mis sa plume au service de son sujet, favorisant ainsi le rapprochement du lecteur à Zweig – l’homme, plus que l’écrivain. Ce récit imagé, documenté et vivant est réellement intéressant, tant pour la petite histoire que pour la grande.

Livre lu dans le cadre du Challenge Ich Liebe Zweig organisé par Caro[line] et Karine. NB : c’est ma lecture de mai, je suis un peu en retard !

Ed. Flammarion, jan. 2010, 187 p.

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