tamaculture

Dans les pas d’Ariane, Françoise Bourdin

17 octobre 2011

Dans les pas d Ariane Il y a quelques mois de cela, je vous parlais du Testament d’Ariane. La seconde partie de ce récit vient de paraître. Dans les pas d’Ariane, nous retrouvons Anne Nogaro affairée à remettre en état la vieille demeure landaise dont elle a hérité de sa feue tante Ariane. Son plus jeune frère, Jérôme, le “mauvais garçon” de la fratrie, l’aide pour les plus gros travaux. Ils ont pour projet de transformer la bâtisse en chambres d’hôtes, sous l’œil réprobateur du reste de la famille.

Il faut dire qu’ils ne sont guère rigolos, les Nogaro. Le père d’Anne subit à la fois sa retraite de fonctionnaire et sa femme, une ancienne institutrice qui n’a pas l’air de porter sa fille cadette dans son cœur. Lily, la sœur aînée, meuble ses journées de femme au foyer de virées shopping et met un peu de piment dans sa vie désœuvrée en s’accordant quelques aventures extra-conjugales de-ci de-là. Seuls Valère, photographe de profession, et sa femme japonaise Suki, qui tient une boutique de fleurs, montrent leur affection à Anne l’encouragent dans ses projets. Cette dernière est très affairée, entre la maison à retaper, son activité de comptable (qu’elle conserve pour faire rentrer un peu d’argent) et ses préoccupations personnelles. Paul, son mari, l’a quittée, les résultats scolaires de leur fils Léo sont en baisse, et le journal intime de sa défunte tante Ariane contiennent des secrets de famille qui la bouleversent… Heureusement qu’Anne peut compter sur le soutien de Julien, le meilleur ami de son mari, qui se retrouve avec la clinique vétérinaire qu’ils dirigeaient ensemble sur les bras, puisque Paul a quitté les Landes du jour au lendemain.

A ce stade, vous vous demandez sans doute si cette suite tient ses promesses. Dans l’ensemble, je suis plutôt affirmative. L’histoire tient la route, on a notre content de petits événements, de tensions et de romance. On retrouve avec plaisir tous les personnages du Testament d’Ariane (à l’exception de l’agent immobilier dragueur), même si je trouve que Léo est beaucoup moins présent et qu’on ne sait pas à quel degré la séparation de ses parents l’affecte.

Quant aux défauts de ce récit, ils sont redondants avec ceux du premier tome. Trop de redites à mon goût, ou d’analyse de sentiments que le lecteur avait déjà compris. Quelques détails ne sont pas crédibles, à mon sens, comme le fait qu’Anne ne lise le journal de sa tante qu’à raison d’une page toute les quatre semaines (j’exagère à peine), sous prétexte qu’elle veut le faire durer et digérer les révélations qu’elle y trouve… Au contraire, si je tombais sur un journal intime contenant des secrets de famille, je suis certaine que je lirais tout d’une traite, qui à faire une nuit blanche !

De même, certains dialogues sonnent faux à mes oreilles, en raison de l’utilisation d’un vocabulaire démodé, pour ne pas dire périmé… Par exemple, quand Anne dit à son frère Jérôme, en parlant de Léo : “Pourquoi l’asticotes-tu ?” (expression qui me semble peu naturelle dans la bouche d’une trentenaire, surtout sous cette forme interrogative) ou que le petit ami de Jérôme parle de ses parents : “Quand les miens ont compris que j’étais gay, ils m’ont flanqué dehors” (j’aurais mis “fichu” ou “foutu”… “flanqué” est vraiment trop désuet pour être employé).

Hormis es quelques réserves, Dans les pas d’Ariane se lit facilement et satisfera le petit côté fleur bleue qui couve en chaque lectrice (si, si, même toi, là, cherche bien !).

Ed. Belfond, oct. 2011, 325 p.

Néfertiti dans un champ de canne à sucre, Philippe Jaenada

15 octobre 2011

Nefertiti champ canne a sucreAvec les femmes, on ne peut pas dire que Titus Colas ait du bol. Petit déjà, il a été élevé par une mère alcoolique, qui n’avait pas trouvé mieux que de le surnommer Miette, en raison de sa constitution chétive. De quoi partir confiant dans la vie… La trentaine venue, il ne s’est pas si mal débrouillé : il a un job et un appartement à Paris. Côté filles, en revanche, s’il a eu des aventures, celles-ci n’ont jamais duré bien longtemps. Jusqu’au jour où bing ! il aperçoit cette drôle de nana dans le bar en bas de chez lui. Elle est bizarrement vêtue et lit un roman. Pour la première fois de sa vie, Titus tombe amoureux. Elle s’appelle Olive Sohn, vit avec Bruno, un sale type qui se prétend photographe mais l’exploite pour des photos de charme, et s’habille toujours de façon extravagante, et a mangé quatre ou cinq coquelets le jour de sa communion.

Ce postulat m’était plutôt sympathique au départ. Après quelques détails extraordinaires – et ma foi plutôt choquants – sur la jeunesse d’Olive (qui n’a qu’une vingtaine d’années quand elle fait la connaissance de Titus), suivis de quelques scènes déshabillées dépourvues de toute inhibition, l’on pouvait s’attendre à ce que l’histoire démarre… Hélas, elle tourne en rond. Trop de tergiversations, trop de séquences X crues, les personnages se cherchent, se trouvent pour mieux se déchirer (dans tous les sens du terme…).

Si j’ai bien retrouvé l’humour de Philippe Jaenada, que j’ai apprécié dans d’autres romans, il est ici vraiment noyé dans la grivoiserie et les détails sordides de la vie d’Olive… La mystérieuse multiplication de lapins dans la vie de Titus m’a amusée, mais cette fantaisie n’a pas suffit. Malgré une plume agréable, l’histoire est vraiment trop graveleuse à mon goût, j’ai eu du mal à aller jusqu’au bout. Une déception d’autant plus grande que j’aime beaucoup cet auteur par ailleurs. J’espère que son nouveau roman, La Femme et l’ours, me plaira davantage !

Ed. Pocket, août 2000, 252 p.

Et rester vivant, Jean-Philippe Blondel

18 septembre 2011

Blondel « Ça n’arrive jamais, ce genre de choses. Même dans les romans. Il y a une limite à l’indécence, quand même. Le romancier plonge son héros dans une tragédie, il ne va pas en rajouter une couche. Il est sur le point de rajouter un troisième décès, et puis il se reprend : « Ah non, honnêtement, c’est impossible, il faut que je trouve autre chose. »"

Jean-Philippe Blondel n’a pas le choix, lui. Alors, à vingt-deux ans, le narrateur de Et rester vivant se retrouve bel et bien orphelin. Il a perdu sa mère et son frère dans un accident de voiture, quand il avait dix-huit ans. C’est son père qui conduisait. Lui avait préféré prendre le train. Et là, alors qu’il était sur le point de se faire opérer des dents de sagesse, sa petite amie Laure et son meilleur ami Samuel débarquent à l’hôpital au milieu de la nuit pour lui annoncer la mort de son père. Ils ne se parlaient plus guère depuis le tragique accident, mais ça fait un choc, tout de même.

Il n’a plus d’attache, la vie devant lui. Il décide de partir à Morro Bay, Californie. Un endroit dont il ne connaît le nom qu’au travers de la chanson Rich de Lloyd Cole and the Commotions, qu’il écoute en boucle. Bien sûr, Laure, avec qui il sort depuis ses quinze ans, et Samuel, qu’il a rencontré au lycée, sont du voyage.

Au cours d’un road trip de plusieurs semaines, le jeune homme va avoir le temps de réfléchir à sa situation. Ses perspectives d’avenir ne sont pas réjouissantes, il se sent pris de lassitude. Mais un voyage est aussi fait de rencontres : Diana Blackley, à l’agence de location de voitures, et Rose qui tient le motel à l’entrée de Mojave, feront partie des personnes que l’on oublie pas.

C’est un périple intérieur autant qu’un voyage du bout du monde, que nous propose là Jean-Philippe Blondel. Récit aux phrases courtes, simples, comme pour ne pas compliquer davantage les choses. Comme dans Juke box, la musique accompagne ce roman intimiste et pourtant pudique. J’ai aimé le juste équilibre que l’auteur a su trouver, l’émotion qu’il m’a procurée sans pourtant déclencher la pitié. J’ai aimé retrouver le petit ours Michka. Et rester vivant est comme l’histoire de Michka : triste, mais belle… J’ai aimé, tout simplement.


Ed. Buchet Chastel, sept. 2011, 246 p.

Page suivante »

Sky sponsored by Aviva Web Directory