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L’Apocalypse selon Fred, Philippe Setbon

29 juin 2010

Apocalyse selon Fred Fred est écrivain. Il a eu un certain succès à une époque, mais il est en panne d’inspiration depuis quelques années déjà. Les fins de mois sont difficiles, sa femme Nora l’a quitté pour un autre homme, bref, l’avenir est aussi noir que l’encre qu’il ne parvient pas à faire couler.

Un soir de déprime, aidé par une certaine confusion de son cerveau alcoolisé, Fred tape sur internet le nom de son vieux copain de lycée, Ange Zucchini, qu’il n’a pas revu depuis plus de trente ans, et qui a monté sa petite boîte de systèmes de sécurité et d’alarmes. Ledit Zucchini se souvient parfaitement de Fred. Leur rencontre va entraîner l’auteur bien plus loin que tout ce que son cerveau aurait pu imaginer… Quoique…

Ce roman foisonnant est plutôt difficile à résumer. Je me suis contentée d’en raconter le début, mais il s’agit en réalité d’un “roman matriochkas” : des récits successifs s’emboîtent pour former un tout hétéroclite, intrigant, passionnant, au suspense à la fois littéraire et policier. 

Fred est un personnage complexe, torturé par sa peur de la fin du monde, qu’il sait être proche, et par son envie de (re)devenir un écrivain célèbre (et pourquoi pas riche, tant qu’à faire). C’est un gars paumé qui vit dans son monde mais qui a besoin des autres pour exister. C’est aussi un suiveur – souvent lâche – qui retrouve cependant son courage et un certain esprit d’initiative lorsque la situation l’exige.

Le style de Philippe Setbon m’a plu dès les premières pages  : énergique, presque nerveux – le sieur écrit aussi des scénarios – et précis, imagé – il est aussi réalisateur ! Son récit original m’a immédiatement happée dans un tourbillon de plus de cinq cents pages qui fourmillent de personnages récurrents mais différents qui apparaissent et disparaissent au gré de l’imagination de l’auteur… Bien sûr, chat échaudé craint l’eau froide, et l’on se méfie après s’être fait avoir une fois. Pourtant, l’envie de se laisser aller l’emporte et, si l’on ne s’en étonne plus, on attend tout de même les rebondissements avec impatience et curiosité !

Pour l’anecdote, j’ai rencontré Philippe Setbon lors d’un apéro littéraire, et il est ma foi fort sympathique (nous avons eu une période commune “Stephen King” !). Je regrette de n’avoir pas eu le temps de lire son livre avant de le rencontrer, je lui aurais dit tout le bien que j’en pense. Cela fait un moment que je ne m’étais pas autant amusée lors d’une lecture… Alors, n’hésitez plus et laissez-vous entraîner dans des aventures de cape (gare aux vampires et aux anges de la mort !) et de plume (un écrivain peut en cacher un autre !)…

NB : la couverture est une parfaite illustration du contenu du roman !

L’avis de : Brize

Ed. Buchet Chastel, mai 2010, 554 p.

 

Jusque dans nos bras, Alice Zeniter

20 juin 2010

jusque dans nos bras Alice est une fille pleine d’énergie. Ado, déjà, avec ses copains du lycée, elle a vécu mille aventures… Militante dans l’âme, elle s’est vouée à plusieurs causes, dont la première concerne la défense ses origines : son père est algérien, sa mère française, mais la blanche Alice a entreprit de construire son “algérisation”. Elle est africaine : la preuve, elle a une tâche de naissance en forme d’Afrique sur le ventre ! Avec ses deux meilleurs amis, Mad, le Malien sans papiers, et l’Arabesque (une grande blonde), ils vont de manif en manif pour protester contre le racisme, entre deux soirées passées à fumer et boire, à refaire le monde…

Alice raconte à travers son histoire les vingt ans de sa génération. Les années Mitterrand, puis l’abomination du 21 avril 2002, quand il a fallu choisir entre la droite et l’extrême droite, et enfin les problèmes de papiers de son ami malien qui ont commencé à prendre de l’ampleur.

Aujourd’hui, Alice va prendre une décision qui va bouleverser sa vie. Pour permettre à Mad de rester en France, elle a décidé d’accepter de l’épouser, en sœur. Un mariage blanc qu’ils vont devoir préparer. Mentir pour sauver son ami, se priver de la possibilité d’épouser un homme qu’elle aimerait pendant plusieurs années, voilà un engagement auquel la jeune fille a sérieusement réfléchi. Et pourtant, avant d’entrer à la mairie, elle doute encore…

Ce livre est un véritable boulet de canon, empli d’énergie, de conviction, , d’humour, d’émotion… Il m’a donné l’impression de revivre une partie de ma jeunesse au travers de l’actualité qu’il retrace. C’est une peinture drôlement vivante de la vie d’Alice, de sa famille et une superbe histoire d’amitié. Il y a un vrai style d’auteur, on sent un fort potentiel à faire de grandes choses. J’ai beaucoup aimé !

J’avais eu l’occasion d’entendre parler Alice Zeniter le mois dernier, lors d’une rencontre avec l’auteur indien Anita Nair, et je peux vous dire qu’elle m’a parue vraiment sympathique. Elle est normalienne et n’a que vingt-trois ans, et un bel avenir littéraire devant elle, je l’espère !

NB : ce roman a reçu il y a quelques jours le premier Prix littéraire de la Porte Dorée qui récompense un roman ou un récit écrit en français traitant du thème de l’exil.

Ed. Albin Michel, mars 2010, 237 p.

Idylles, mensonges et compagnie, Agnès Niedercorn

28 avril 2010

Idylles mensonges et compagnie Le Prix Nouveau Talent de la Fondation Bouygues Telecom / Metro / Calmann-Lévy récompense chaque année un premier roman qui intègre le langage SMS et celui des messageries instantanées.

Cette année, c’est Agnès Niedercorn qui a reçu ce prix pour son roman Idylles, mensonges et compagnie. Elle met en scène le lycée parisien Alexandre Dumas, qui est dirigé pour cette rentrée scolaire par un nouveau proviseur. Les élèves de première ES sont inquiets, pour diverses raisons. Bohémond débarque d’une petite ville de Bourgogne et ne sait pas comment les Parisiens vont l’accueillir. La jolie Chloé espère que son Medhi l’aime toujours après l’éloignement des grandes vacances, Joséphine la pétillante rouquine espère poursuivre son beau parcours scolaire pour décrocher plus tard un concours de grande école, Noam a un secret à préserver et la mystérieuse Silia aura bientôt l’air très préoccupé…

Ces histoires d’adolescents qui s’entrecroisent au fil des mois (et des chapitres) sont clairement destinées à un public plus jeune que moi (j’ai deux fois leur âge !) mais j’avoue avoir laissé libre cours à mon côté fleur bleue / midinette et je ne me suis nullement forcée à aller jusqu’au bout de ce roman, cela s’est fait tout seul ! Bien sûr, les intrigues ne sont pas révolutionnaires, les histoires d’amour arrivent avec leurs gros sabots, les adolescents se créent des problèmes là où il n’y en a pas, mais ce qui fait la force de ce roman, ce sont ses personnages vraiment attachants, avec leurs interrogations, leurs défauts, leur maladresse, mais aussi leur humour (“Je vais me suicider avec ma règle” dit par exemple Bohémond) et leur manière de raisonner, toujours dans les extrêmes, me rappelle des souvenirs ! J’ai un faible pour le professeur de français, Jacques Tanel, qui semble aimer profondément son métier, ses élèves et se sort habilement des situations les plus délicates (ah tiens, on dirait que j’ai réussi à trouver un intérêt de mon âge dans ce roman de djeunz ! ;-) ).

Comme l’exige la participation au Prix, part belle est faite aux sms et autres échanges msn, sans toutefois que cela ait l’air forcé ou incongru. Ce langage coule de source lorsqu’il s’agit d’échanges entre cette jeune génération (pour ma part, j’écris des sms à l’ancienne, avec des mots complets. Les abréviations comme Slt, GHT du P1 me hérissent ! On ne se refait pas… oups, j’ai l’air d’une vraie croulante, là !).

J’ai donc aimé passer quelques heures dans ce lycée, retrouver des préoccupations d’adolescente, et apprendre quelques subtilités du langage msn ! Un livre qui plaira sans nul doute aux collégiennes et lycéennes et que pourront leur chiper leurs mamans !

Ed. Calmann-Lévy, avril 2010, 270 p.

Mémoires glacées, Nicolas Vanier

15 mars 2010

Mémoires glacées Je ne lis pas de d’essais, de documents, ni de biographies. Ce que j’aime, ce sont les romans et les nouvelles.

Mais comme Mister T. m’a ramené (il y a deux ans) ce “document” dédicacé par l’auteur, je me suis dit que j’aurais mauvaise conscience si je ne tentais pas au moins de le lire.

Eh bien, à ma grande surprise, j’ai vraiment aimé ce livre ! Je ne connaissais pas Nicolas Vanier, c’est à peine si son nom me disait vaguement quelque chose… Il s’agit d’un aventurier (presque d’un autre temps), d’un trappeur, d’un musher (conducteur de traîneau à chiens). C’est surtout un grand amoureux de la Nature, des grands espaces, des animaux et du Grand Nord.

Dans Mémoires glacées, il raconte des anecdotes et des aventures qu’il a vécues durant les vingt années qu’il a passées à voyager dans les espaces blancs, seul ou en groupe, à pied ou avec ses chiens de traîneau ou bien encore à cheval ou en canoë. Classées par thèmes variés (chaman et caribous, se perdre, animaux dangereux, sur les traces de Jack London, Laponie…), ces histoires m’ont fascinée.

Comment peut-on cheminer pendant des semaines à cheval avec sa femme et sa fille d’un an pour aller vivre dans une cabane (qu’il va falloir construire à la main, enfin, à la hache, avec pour seule aide celle des chevaux pour tirer les troncs) au cœur des montagnes Rocheuses, où loups et ours se baladent à l’état sauvage ?! Des questions pratiques m’ont effleuré l’esprit (et comment font-ils pour les couches ? et faire chauffer les biberons ?) et franchement, je n’aurais pas aimé être de l’aventure, et je me suis sentie drôlement bien à lire tout ça sous ma couette bien chaude !

Le froid semble ne pas être un problème pour qui est bien équipé. Cependant, les phrases comme “la température était idéale, il faisait – 35 °C…” me laissent pantoise, moi qui gèle dans mon appartement s’il n’est chauffé qu’à 18°C l’hiver !

Mais avant tout, j’ai aimé apprendre une quantité de petites choses sur des sujets inhabituels dans mes lectures traditionnelles : j’ai ainsi appris l’existence de peuples comme les Evènes en Sibérie, qui vivent encore (pour combien de temps ?) à l’ancienne, loin de toute technologie, d’élevage de rennes ; des paysages hors du commun m’ont fait rêver (le lac Baïkal par exemple), et les récits des traversées ou des courses de traîneaux m’ont fait voyager à des milliers de kilomètres. Et c’est très bien raconté, l’écriture est vive et pleine de détails, on ne s’ennuie vraiment pas !

Un livre étonnant et passionnant pour qui aime la nature et les voyages ! Je remercie donc chaudement mon cher et tendre pour cette surprise glacée que j’ai dégustée avec retard mais grandement appréciée !

Ed. XO, 2007, 334 p. (et Pocket en 2009)

 

Les poissons ne connaissent pas l’adultère, Carl Aderhold

16 février 2010

Poissons ne connaissent pas Valérie est une femme fatiguée. Fatiguée de son mari, Djamel, qui ne la voit que comme une bonne à tout faire à la maison et qui se saoûle plus qu’à son tour. Fatiguée aussi de sa fille, une adolescente qui compte sur elle pour préparer ses repas et repasser ses vêtements sans même penser à la remercier. Fatiguée enfin de son métier : caissière dans une supérette, elle subit la mauvaise humeur des clients et le courroux des petits chefs lorsque la caisse n’est pas juste ou qu’elle a cinq minutes de retard.

Alors le jour où ses copines lui offre un relooking par une pro qui oeuvre pour un magazine (rubrique "Avant / Après"), elle se laisse convaincre et la voilà rajeunie de plusieurs années. Elle se sent belle, différente. De retour chez elle, c’est la douche froide : son mari et sa fille se moquent d’elle. Le lendemain matin, prise d’une impulsion, elle ne se rend pas à son travail mais à la gare et quitte sa vie routinière pour la première destination venue. En chemin, elle décide de se choisir un nouveau prénom, qui correspond davantage à son nouvel esprit et son look moderne. C’est donc une Julia pimpante et un peu stressée aussi par ce qu’elle est en train de faire qui monte dans le Paris – Toulouse.

De là s’ensuit un sympathique voyage au milieu de personnages hauts en couleurs, du contrôleur ultra-rigoureux aux choristes d’une troupe musicale, d’une vieille dame à l’oeil coquin, de professeurs d’histoire plutôt attirants… Le trajet est naturellement parsemé de péripéties, parfois légères, d’autres fois plus dramatiques, mais le ton reste léger, les protagonistes plaisants et le roman ma foi fort distrayant et réjouissant.

Les passagers accompagnant les voyageurs sont priés de rester sur le quai, les voyageurs intéressés sont priés de monter à bord !

L’avis de : Cathulu, qui m’avait donné envie de lire ce roman.

Ed. JC Lattès, jan. 2010, 320 p.

Pencher pour, Cécile Reyboz

10 février 2010

Pencher pour C’est une histoire aussi étrange que son titre que nous invite à découvrir Cécile Reyboz.

Le personnage principal a un nom peu commun : Lazor Hilaire. C’est un grand type entre deux âges, qui siège au prud’hommes avec plus d’ennui que d’intérêt pour les gens qui passent devant lui. A une exception près : il remarque une avocate à l’allure un peu spéciale, disons qu’elle est différente des femmes qu’il connaît. Elle s’appelle A. On ne connaîtra jamais son nom entier. Ces deux-là vont se croiser et faire un bout de chemin dans une ville qui voit s’élever dans ses rues des collines de détritus : les éboueurs ont disparu.

La ville est un personnage à part entière. Lazor s’y enfonce comme dans un labyrinthe, donne rendez-vous à la grande fille de son ex dans un café, va dîner chez ses parents dans un silence habituel et pesant, et surtout, il aime à contempler le paysage urbain qui s’offre à ses yeux (et à son corps) devant la baie vitrée de son appartement haut perché dans un immeuble.

Le Président de la République étant en voyage dans l’espace, on ne sait pas quand tout ce chaos prendra fin…

En dépit d’une plume plutôt fluide et imagée, la lecture de ce roman me laisse un sentiment de perplexité. Je n’ai pas trouvé le personnage de Lazor attachant (tout de même, à son âge, jouer avec de la pâte à modeler !), l’univers singulier dans lequel on est plongé n’est pas follement attirant et même plutôt glauque (imaginez une ville sous les détritus, les métros ne fonctionnent plus, beaucoup de gens n’osent plus sortir) et la mise en place de ces éléments n’aboutit pas à un final grandiose. Divisé en six jours et une nuit successifs, le récit raconté la plupart du temps au présent se déroule assez vite et je ne me suis pas véritablement ennuyée. Je pense simplement être passée à côté de l’histoire, dont je n’ai pas saisi l’intérêt intrinsèque.

Lu en partenariat avec les Chroniques de la Rentrée Littéraire.

Ed. Actes Sud, jan. 2010, 182 p.

Tout contre, Marie-Florence Gros

6 février 2010

Tout contre Voilà une histoire à double sens. Il y a Andréa, jeune femme cadre qui s’ennuie dans un bureau sans mission : elle avance. Et puis de l’autre côté, il y a Nestor, 37 ans, journaliste : lui recule.

Dans une sorte de mystérieux imbroglio temporel, ces deux personnages se rencontrent, alors que Nestor se fait renverser par un véhicule et qu’Andréa, qui vient d’emménager à l’étage du dessous, a perdu son camion de déménagement et se retrouve avec un seul carton, pas le plus utile ma foi : il est rempli de livres de cuisine (sans les casseroles, là voilà bien avancée !).

C’est un univers étrange dans lequel j’ai eu du mal à m’immiscer, parce que je ne comprenais rien à ces bizarreries et incohérences. Quelques indices distillés ici et là, et puis, des pages intitulées “La vraie histoire de M.V. extrait note x” viennent à nouveau m’embrouiller. Petit à petit, les fils se démêlent, et enfin, on comprend ! Quel soulagement !

Mais même en pleine interrogation, je n’ai pas eu envie d’abandonner ce roman. L’écriture est fraîche, musicale (l’auteure est parolière et interprète, ce qui transparait dans son texte), et puis, c’est une jolie histoire d’amour… Quelques individus étonnants gravitent autour du couple : Julien le fleuriste, Ernest Dumoulin qui sait beaucoup de choses, Alphonse le SDF, Renée la vieille voisine peintre… par petites touches, ils viennent mettre des couleurs dans le tableau. Tout comme quelques objets presque mythiques : l’énorme boîte de Banania en métal et ses 5 kg de thé parfumé, les innombrables pots d’épices chez Nestor, les tulipes

Le tout forme un “sympatypique” premier roman : hardi dans sa construction et très imagé, il se lit donc avec un œil interrogateur et l’autre œil bienveillant !

PS : j’aime la couverture !

Ed. Héloïse d’Ormesson, fév. 2010, 174 p.

Fume et tue, Antoine Laurain

29 janvier 2010

Fume et tue Evidemment, mon billet passe après ceux de nombreuses autres lectrices, subjuguées depuis deux ans par le charismatique Fabrice Valantine (ou par le bel Antoine Laurain ? ;-) . Je vais donc m’en tenir à un résumé succinct de l’intrigue pour m’attarder sur mes impressions personnelles.

Fabrice Valantine est chasseur de têtes dans un cabinet géré "à l’ancienne" par son PDG fondateur. Il est marié (et heureux !), a une fille étudiante, et gagne bien sa vie. Une seule ombre entache sa vie (et probablement ses dents !) : c’est un fumeur invétéré. Sur l’insistance de son épouse, il va voir un hypnotiseur qui l’aide facilement à se débarrasser de cette sale manie. Cependant, alors qu’un triste accident se produit (le PDG de sa boîte meurt d’une crise cardiaque), il ressent le besoin de fumer. Malheur : cette cigarette post-hypnose ne lui procure aucun plaisir, ni aucune des suivantes ! Il découvrira accidentellement que seul le fait de tuer rendra à la cigarette son goût d’antan, constat qui va lancer sa carrière de meurtrier.

Cette idée originale a été bien exploitée par son auteur. Fabrice Valantine est le narrateur d’un récit au présent, créant ainsi dès le départ un sentiment de rapprochement avec le lecteur. Il nous devient même assez inexplicablement sympathique, alors qu’il n’a rien du héros beau, fort et sexy. La première partie est plutôt longue (d’autant que le titre laisse immédiatement deviner l’intrigue !) mais permet de mettre en place tous les éléments – à la fois environnementaux et psychologiques – qui serviront judicieusement la suite de l’histoire (je pense notamment au hobby de Fabrice) en s’imbriquant parfaitement.

La seconde partie est ma préférée : plus d’action et de suspense ! A ce propos, je comprends parfaitement le choix du titre pour son jeu de mots, mais il ne correspond pas aux faits décrits dans le roman, qui seraient plutôt : Tue et Fume… (évidemment, le jeu de mots tombe à l’eau…). A ce propos, le style de l’auteur est agréable et adroitement saupoudré d’humour (si on lui pardonne le titre du roman, ce que je fais bien volontiers tant il m’a divertie).

Je termine par une confidence : bien que je sois non-fumeuse et la première à râler lorsque je me retrouve enfumée à "l’insu de mon plein gré", la volupté et les effets complaisamment décrits (au long de 279 pages !) d’une bouffée de fumée de cigarette m’ont presque donné envie d’en griller une !!!

Merci à Brize pour le prêt, c’est un livre voyageur qui est maintenant chez Chiffonnette !

Les avis d’Anne, Cathulu, Cuné, Fashion, Joëlle, Katell, Lily, Lou, Michel, Papillon

Ed. Le Passage, jan. 2008, 279 p.

Le baby-sitter, Jean-Philippe Blondel

8 janvier 2010

baby sitter Alex est un étudiant “ordinaire” : c’est un grand jeune homme pas vraiment charismatique mais que ses camarades apprécient en général et qui, sans être un tombeur, a une petite amie attitrée. A 19 ans, il est content d’acquérir un peu de liberté en vivant seul dans un studio. Sa mère n’est pas riche et il doit par conséquent trouver un job pour compléter ses revenus, les salaires estivaux n'y suffisant pas. Il dispose une petite annonce dans sa boulangerie de quartier : il souhaite soit donner des cours, soit garder des enfants. La boulangère s’étonne : “C’est vous, le baby-sitting ? … Eh ben, c’est pas courant, pour un garçon, je veux dire.”

Et puis finalement, c’est elle, la boulangère, qui lui donne son premier job de baby-sitter. Comme cela se passe mieux que prévu et son métier favorisant la diffusion rapide des ragots comme des bons plans, la boulangère lui fait de la pub et Alex reçoit bientôt plusieurs demandes de parents en mal de sorties. Ainsi, il entre dans l’intimité de familles et devient parfois le confident ou le témoin de drames [aparté : Cher Auteur, je vous prie de bien vouloir supprimer de vos prochains romans un certain fait qui s’était déjà produit dans Passage du Gué et qui m’avait grandement contrariée. Par pitié, cessez de faire saigner mon cœur !Broken heart Confused].

Ce roman est, comme souvent chez J.P. Blondel, plein de sensibilité et d’humanité. Les personnages prennent vie sous sa plume et on s’attendrait presque à les croiser au coin de la rue. Ils sont à la fois communs et décrits avec suffisamment de tendresse et d’intérêt pour leur psychologie pour qu’en dépit de leurs défauts (qui n’en a pas ?), on s’attache à eux. J’ai aimé passer quelques heures avec Alex, me rappeler certains moments de ma vie d’étudiante et attraper au détour d’une page quelques jolies phrases comme celles-ci qui sortent du cœur de Catherine, la maman d’Alex, quand elle voit débarquer son fils à l’improviste : “Alex, c’était à la fois son cadeaux d’anniversaire, son Noël et ses étrennes à lui tout seul. C’est ça, avoir un enfant. Se sentir vide et inutile – et, l’instant d’après, être plein. Une plénitude à craquer. C’est ce qu’elle fait, Catherine, dans les bras d’Alex. Elle craque.”

A votre tour : craquez pour ce baby-sitter !

Les avis de : Cuné ; Amanda ; Leiloona ; Keisha ; Thomas

Ed. Buchet Chastel, janvier 2010, 298 p.

Un roman russe, Emmanuel Carrère

6 janvier 2010

roman russe Voici ma première lecture de cette année.

Il s’agit d’un roman que j’avais acheté et fait dédicacé par l’auteur au Salon du Livre de Paris… de mars 2007 ! Comme quoi, il ne faut jamais désespérer…

L’auteur romance dans Un roman russe une partie de sa propre histoire. Doté d’un grand-père fantôme, ayant quitté sa Georgie natale au début des années 20 pour la France et disparu en 1944, Emmanuel décide de suivre les traces d’un survivant hongrois de la 2nde Guerre Mondiale retrouvé dans un hospice d’une petite ville perdue dans la campagne russe. Il espère ainsi, peut-être, exorciser un secret de famille honteux. Accompagné d’un caméraman, d’un preneur de son et d’un traducteur, Emmanuel va à la rencontre des habitants de Kotelnitch. Les Français sont touchés par la misère des gens et la survivance de coutumes administratives telles qu’elles étaient pratiquées à l’époque du KGB. A ce premier voyage où il ne se passe pas grand-chose, en dehors de beuveries et de discours bien rôdés, en succèderont d’autres, au fil des rencontres avec des personnages attachants ou étonnants et des événements qui ne manqueront pas de se produire.

En France, Emmanuel vit avec une femme, Sophie, qu’il aime mais dont il a parfois honte des origines, du comportement ou du métier. Celle-ci l’aime en retour mais souffre des humeurs de son homme. Alors qu’il se décide enfin à lui prouver son amour par presse interposée, Sophie décide de s’isoler durant un week-end, ce qui conduira à de sérieuses complications dans leur relation…

Comme vous l’aurez peut-être compris au travers de ce qui précède, ce roman est particulièrement intime (il va jusqu’à donner son adresse email !). J’ai eu parfois l’impression, en le lisant, de faire preuve d’indiscrétion, d’entrer dans la vie de cet homme et d’y apprendre davantage que ce que j’aurais souhaité. C’est dire si l’auteur est sincère : il se met à nu et ne se voit pas d’un œil complaisant, bien au contraire. Mais il faut croire qu’écrire, que mettre sur papier la douleur et les contradictions humaines l’aide à avancer et à se débarrasser de choses trop lourdes à porteur seul. Une autofiction réussie, donc !

Ed. P.O.L., mars 2007, 357 p. (sorti en poche en 2008)

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