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Le koala tueur et autres histoires du bush, Kenneth Cook

21 janvier 2012

Koala tueur “Kenneth Cook a toujours soutenu que ses histoires de bush étaient vraies mais si invraisemblables qu’il ne parvenait pas à les inclure dans ses romans. On peut certes le soupçonner (comme tout bon narrateur) d’avoir embelli ou enlaidi la vérité pour ces nouvelles, tandis qu’il la déguisait, pour la rendre plus crédible, dans le reste de son oeuvre.” (extrait de la postface de Mireille Vignol).

Cet écrivain australien prolifique (mais peu connu dans nos contrées) était un véritable aventurier, qui avait longuement parcouru l’outback du pays-continent. Véritable personnage, curieux et bon vivant, il a exercé plusieurs métiers et il était un ardent défenseur de la nature.

Tous ces ingrédients se retrouvent dans les succulentes histoires du bush que raconte avec beaucoup de verve Kenneth Cook. Il est d’ailleurs le héros – parfois bien involontaire – de ces péripéties australiennes. Il narre avec beaucoup d’humour ses rencontres avec des serpents, des crocodiles, des chameaux ou tout simplement des autochtones – qui peuvent s’avérer tout aussi dangereux que les précédents !

L’habileté de l’auteur tient tout autant au caractère authentique de ses récits – comme on dit dans le langage courant : “Ca sent le vécu !” – qu’à son écriture au style savoureux, à la fois vivant, drôle, et menant avec adresse l’intrigue jusqu’à la chute, souvent impayable.

Extrait p. 81 : “Je fus alors confronté, pour la première fois de ma vie, à l’une des choses les plus redoutables en ce bas monde : l’haleine de chameau. Représentez-vous l’odeur du contenu d’un estomac de vautour, celle d’un pauvre chat mort depuis des lustres dans une fosse d’aisances et celle d’un curry indien en décomposition quatre jours après avoir été ingurgité. Combinez toutes ces odeurs et le résultat évoquera un Chanel N°5 comparé à une haleine de chameau.”

Je me suis bien amusée à lire ces nouvelles, d’autant plus que cela faisait un bail que je les avais repérées sur la blogosphère… Si, comme moi, vous étiez passés à côté de ce petit livre réjoussant jusqu’ici, je vous invite à rattraper de ce pas cet oubli (surtout qu’il est sorti en poche en 2011).

Ed. Autrement, février 2009, 154 p.

Mon amie Valentine, Colette

19 janvier 2011

Mon amie Valentine “Mon amie Valentine” est un personnage qui apparaît de façon récurrente dans les écrits de Colette, entre 1907 et 1925, parus notamment dans la revue La Vie Parisienne. Ses apparitions ont été regroupées dans un recueil d’une trentaine de textes que voici.

Les premiers récits (Belles-de-jour, De quoi est-ce qu’on a l’air ?, La guérison…), datés d’avant la guerre, tournent principalement autour des sujets de la mode, des toilettes et des coiffures. Valentine y apparaît comme une jeune femme plutôt écervelée qui ne s’intéresse qu’aux futilités. Elle rend visite à la narratrice (Colette), qui habite à la campagne, et elles discutent de sujets de société. Le plus souvent, elles sont en désaccord, ce qui permet à l’auteur de défendre ses points de vue pour répondre aux critiques dont on l’assomme dans sa vie réelle (pensez, elle a osé divorcer !). Au grand damne de son amie Valentine, Colette ne rend aucune visite mondaine le dimanche, préférant se prélasser au lit, elle se dénude sur les scènes de théâtre, elle fréquente des bars d’artistes (autant dire de voyous)…

Puis arrive la Première Guerre Mondiale. Là, les échanges entre les deux amies sont un peu plus sérieux, on évoque par exemple les maris partis au front, l’éducation des filles. La narratrice et Valentine vont faire les vendanges, avec d’autres femmes, des adolescents et des septuagénaires.

Après-guerre, Valentine se coupe les cheveux à la garçonne. Elle quitte son couturier très cher et va chez une modeste modiste qui lui fait quatre fois plus de robes pour le même prix. En tant que dame de la bonne société, elle continue à faire des remarques sur la façon de vivre de Colette, mais celle-ci ne se démonte jamais, et défend son mode de vie.

Que retiendrai-je de ce livre ? Ma foi, pas grand-chose, je le crains. J’avais tenté de lire la série des Claudine lorsque j’étais adolescente, sans succès. Là encore, je n’accroche guère avec le style un peu empesé de l’auteur. Je lui reconnais un certain humour et des idées féministes, mais le seul point qui nous rapproche vraiment, c’est notre amour des chats. C’est mieux que rien !

Logo challenge Nécrophile “Ma chatte grise est ravie que je fasse du théâtre. Théâtre ou music-hall, elle n’indique pas de préférence. L’important est que je disparaisse tous le soirs, la côtelette avalée, pour reparaître vers minuit et demi, et que nous nous attablions derechef devant la cuisse de poulet ou le jambon rose… Trois repas par jour au lieu de deux ! Elle ne songe plus, passé minuit, à celer son allégresse. Assise sur la nappe, elle sourit sans dissimulation, les coins de sa bouche retroussés, et ses yeux, pailletés d’un sable scintillant, reposent larges ouverts et confiants sur les miens. Elle a attendu toute la soirée cette heure précieuse, elle la savoure avec une joie victorieuse et égoïste qui la rapproche de moi…” (extrait de La guérison, 20 juin 1908)

Ce titre compte pour le Challenge Nécrophile de Fashion, dans la catégorie “auteur enterré à Paris” : Colette est décédée le 3 août 1954 et elle repose au cimetière du Père-Lachaise.

Ed. Fayard, août 2004, 212 p.

La femme et le paysage, Stefan Zweig

28 décembre 2010

Stefan Zweig romans et nouvelles J’imagine bien la scène : fin du XIXème s., dans une salle de classe viennoise. Le professeur de français demande à ses élèves de traiter le sujet suivant : "Décrivez une scène d’orage." Au bout de deux heures, tous les élèves rendent leur copie. Tous ? Non, un irréductible collégien gratte encore des feuilles entières, l’air inspiré. Le professeur laisse sortir ses camarades et allume une chandelle en soupirant. Il l’a déjà repéré, cette graine d’écrivain intarissable. C’est le petit Stefan Zweig.

Tout ça pour souligner le caractère exceptionnel de cet auteur : La femme et le paysage est une nouvelle d’environ dix-sept pages que l’on peut résumer par "description d’un soir d’orage d’été au Tyrol". Qui d’autre qu’un génie peut être capable d’un tel exploit ? Pour ma part, je pense qu’au bout de deux pages, je tournerais en rond ou mes lecteurs succomberaient tous d’un ennui mortel.

Or, non seulement cette nouvelle n’est pas ennuyante, mais elle est très réussie. Le narrateur est complètement écrasé par la chaleur qui règne sur la région depuis des semaines. Il ne sort plus de la chambre d’hôtel ou il est confiné. Alors que les prémisses d’un orage semblent enfin s’annoncer, une jeune fille apparaît : elle semble aussi attendre désespérément la pluie salvatrice. Le narrateur se sent enfin compris. Mais la Nature, personnage à part entière, aime les farces : seules quelques gouttes d’eau s’écrasent sur les crevasses accueillantes de la Terre avant que les nuages ne se retirent. La pression augmente encore.

Logo StefanZweig Le texte exsude une extrême sensualité, l’homme et la jeune fille ont une nervosité à fleur de peau, la tension est palpable. Le ciel et la terre entretiennent le même rapport, l’un tardant à féconder l’autre. Le comportement de la demoiselle est étrange, presque paranormal…

J’ai été réellement impressionnée par l’intensité de ce récit, le fait que l’auteur en appelle aux sens du lecteur pour ressentir le texte jusqu’à la moelle. Sensationnel.

Challenge Stefan Zweig : voici ma participation du mois d’octobre… Parviendrai-je à le boucler avant la fin de l’année ? Caro[line] et Karine me pardonneront sans doute si ce n’est pas le cas. Suspense… (je n’ai lu aucun autre texte, il me reste 3 jours, c’est tendu !)

Nouvelle extraite de l’édition Le livre de poche, coll. La Pochothèque, 2001.

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