tamaculture

Les après-midi, ça devrait pas exister – Fabienne Jacob

23 juillet 2010

les pm ça devrait pas exister Difficile de résumer ces onze nouvelles, d’autant qu’elles ne traversent que quelques pages en notre compagnie. Un thème, peut-être, peut les regrouper : la solitude. A moins que ce ne soit l’humanité.

Une fille qui traverse la ville à la recherche du fruit parfait qu’elle ira donner à la petite cuillère à son père hospitalisée.
Une vieille dame, rongée par l’ennui, qui appelle des gens au hasard pour avoir un peu de compagnie.
Une étrangère, qui, par sa dignité, impose le respect au public hétérogène et bruyant d’un parc municipal.
Une amante abandonnée dans un VVF (moi j’appelle ça un “plan lose” !).

Des femmes, essentiellement, dont l’auteur décrit une tranche de vie avec des mots soigneusement choisis, des mots sages, touchants, musicaux, qui créent des scènes intimistes que l’on ne fait qu’effleurer l’espace d’un après-midi.

PS : sondage sur le titre : qui, comme moi, est pris d’une irrépressible envie de coller un “s” à après-midi (même si le dictionnaire l’interdit !) et un “ne” après ça ?! Mais l’auteur (que j’ai eu le plaisir de rencontrer grâce aux éditions Buchet/Chastel), a délibérément choisi un titre en “langage parlé”, so let it be

Ed. Buchet/Chastel, fév. 2004, 120 p.

Le naufrage de la Vesle Mari

14 juillet 2010

naufrage vesle mari Un moyen de se rafraîchir lors de chaleurs caniculaires est de lire des récits qui se déroulent au Groenland.

Pour ceux qui les connaissent déjà pour avoir lu d’autres racontars*, vous retrouverez dans Le naufrage de la Vesle Mari Bjorken, Lasselille, Museau, Doc et Mortensen, le capitaine Olsen, le Lieutenant Hansen et Valfred… Pour les autres, vous découvrirez des personnages hauts en couleur, bruts de décoffrage, buveurs et bagarreurs, parfois un peu sauvages, d’autres fois attendrissants, si l’on fouille un peu derrière les poils drus et gelés de leur barbe !

J’avoue que j’avais moyennement accroché aux premiers racontars que j’avais découverts à travers La vierge froide, il y a quatre ans. Depuis, j’ai soit pris goût au froid, soit à l’univers particulier de Jorn Riel, danois tombé amoureux fou du Groenland, qui y a vécu plus d’une vingtaine d’années (essaimant un nombre incalculable, y compris par lui-même, de petits-enfants).

Ces récits entremêlés, qui croisent les personnages au gré des vagues et des vents, des naufrages et des mariages, m’ont davantage plu, il faut dire que je savais à peu près à quoi m’attendre, cette fois ! Alors, prêts à vous rafraîchir les idées, vous aussi ?

* les racontars sont pour Jorn Riel de courtes histoires, autrement dit des nouvelles nordiques !

Ed. Gaïa (que je remercie de m’avoir permis de rencontrer l’auteur en juin dernier), oct. 2009, 251 p.

Chroniques de Mudfog, Charles Dickens

30 décembre 2009

Chroniques de Mudfog C'est à une véritable pantomime de la vie quotidienne de la petite ville de Mudfog que nous convie Dickens, dans un ouvrage où le grotesque des situations le dispute au comique le plus ébouriffant : des avatars de la destinée de M. Tulrumble qui, d'humble charpentier devenu maire, se prend pour le nombril de l'univers ; des préparatifs de la réunion de Mudfog pour l'avancement du monde à son ordre du jour : faut-il créer des maternelles pour les puces laborieuses ? Ne devrait-on pas remplacer les membres de la force publique et les magistrats par des automates ?… (présentation de l’éditeur)

Ce que j’en dis : la passion de Cuné pour le grand Charles, soutenue par l’amour ancien que lui porte Fashion, a réveillé en moi l’envie de lire d’autres romans du fameux écrivain britannique que Le Petit Chose (veuillez excuser l'effet des bulles de champagne !) David Copperfield lu au collège et dont je garde un vague souvenir de noirceur et de tristesse, et évidemment Le drôle de Noël de Scrooge que j’ai lu il y a quelques années remis au goût du jour par la sortie du film de Disney.

Je suis tombée par hasard chez Gibert sur Les Chroniques de Mudfog qui ont une couverture rigolote et l’avantage d’être peu épaisses ! (J’ai parfois de drôles de critères pour choisir des livres). Ces quelques chroniques m’ont permis de retrouver l’humour si savoureux de Dickens, mais quelques redondances dans les récits m’ont quelques peu gâché mon plaisir (je recommande donc de ne pas lire ces histoires d’une traite) et les “Quelques commentaires relatifs à un lion” m’ont laissée dubitative. Cela dit, doté d’une préface de Pierre Gripari fort intéressante, ce petit recueil reste un apéritif agréable avant d’attaquer les plats de romans plus consistants de l’écrivain !

Ed. Privat / Le Rocher, 2006, 193 p.

Destruction d’un coeur, Stefan Zweig

16 juin 2009

"Avec Maupassant pour modèle, Stefan Zweig s'est attaché, selon ses propres mots, à donner à chacune des trois nouvelles de ce recueil toute "la substance d'un livre"." (Le Livre de Poche)

Et à mon avis, il a pleinement réussi. Lorsqu'un vieil homme qui a trimé toute sa vie pour gagner de l'argent, en ayant commencé comme apprenti pour petit à petit devenir un VRP efficace, et tout cela pour faire vivre dans le confort son épouse et leur fille unique, on peut comprendre qu'il soit choqué puis aigri puis malheureux comme les pierres quand il réalise (un peu tard) que sa tribu se fiche de lui comme d'une guigne et ne s'intéresse qu'à son argent.

Stefan Zweig se glisse dans la peau du vieil homme, et le lecteur aussi. On s'essouffle avec lui, on souffre de voir une jolie jeune fille - notre propre chair, notre sang ! –  se faire courtiser par des coureurs de dot ou des aventuriers, son comportement nous ronge l'esprit, on voudrait qu'elle nous aime, et puis non, hélas, on n'est plus qu'une vieille carcasse dont personne ne se soucie. Ô cruelle réalité !

Bien sûr, l'auteur raconte cela avec le talent qu'on lui connaît :

"Tout ce qu'il avait vécu, tout ce qu'il avait aimé, passait dans cette flamme à lente combustion, brûlait noir et fumeux avant de tomber effrité et carbonisé dans les cendres tièdes de l'indifférence. Quelque chose s'accomplissait, tandis qu'il était ainsi couché et que, furieusement, il passait en revue son existence. Quelque chose touchait à sa fin. Qu'est-ce qui se passait ? Il était là à guetter et à épier en lui-même.

Et peu à peu commença la destruction de son coeur." (extrait p. 46)

Dans La Gouvernante, l'auteur met en scène deux fillettes de treize et douze ans s'inquiètent du changement de comportement de leur gouvernante. Cette dernière semble distraite, moins exigeante, elle les emmène plus souvent se promener. Puis, elle a les yeux rougis et devient visiblement préoccupée. En espionnant aux portes, les deux soeurs vont entrevoir une vérité qui les fera prendre conscience de la dureté du monde des adultes, et cet épisode mettra un terme à leur foi aveugle en leur mère et elles découvriront avec effroi la douleur de quitter l'enfance et l'innoncence qui la caractérise.

Enfin, Un jeu dangereux clôture ce recueil. Un vacancier d'un âge avancé confie au narrateur la raison de sa présence dans un hôtel au bord du lac de Côme. L'année précédente, il a joué avec le coeur d'une jeune fille en se faisant passer pour un mystérieux admirateur…

Que dire de plus, hormis d'appuyer le fait que je me suis régalée (une fois de plus) en lisant cet auteur ? Zweig a l'art de décrire l'âme humaine et les sentiments en tous genres avec une habileté, une facilité (dirait-on) qui me laisse béate d'admiration. Rien ne m'arrêtera dans la poursuite de ma découverte de ses oeuvres !!!

Ed. Le Livre de Poche, réédition mars 2009, 117 p. (3,50 €, pourquoi se priver de tant de bonheur ?!)

Le Petit Nicolas – Le Ballon, Goscinny & Sempé

1 juin 2009

Une ultime (?) régalade avec ces 10 histoires encore inédites du Petit Nicolas. Que dire de cet incontournable petit garçon (qui fête ses 50 ans cette année, mine de rien*… cf. l'exposition qui lui est par exemple consacrée à l'Hôtel de Ville de Paris jusqu'au 4 juillet 2009) ?

Accompagné de ses copains (quelqu'un cherche des idées de prénoms originaux ?!) : Clotaire le dernier de la classe, Agnan le chouchou de la maîtresse, Rufus au papa policier, Alceste le bâffreur, Eudes le costaud, Geoffroy le gosse de riche, et enfin Joachim, le petit Nicolas vit de drôles aventures dans la cour de récré ou dans le terrain vague du quartier. Parfois, ses parents sont victimes (en partie volontaires) des bêtises de leur rejeton. Dans un style très reconnaissable et délicieusement désuet, le petit Nicolas est une madeleine de Proust littéraire, dans laquelle on croque avec bon appétit, même si les histoires de ce recueil ne sont sans doute pas les meilleures (ce qui peut entraîner une réflexion sur la nécessité de publier TOUT ce qu'un auteur disparu a écrit dans sa vie, jusqu'à ses listes de courses… fermons la parent-thèse).

* 50 ans et l'air toujours aussi juvénile ?? J'aimerais bien connaître le nom de sa crème de beauté, à celui-là ! ;-)

IMAV éd., mars 2009, 163 p.

Tempus fugit… le temps s’enfuit – Makuramis & collectif

11 janvier 2009

Voilà un beau livre : au format atypique, en papier épais et brillant… et qui tient quand même dans mon sac à main !

Il s'agit aussi d'une démarche intéressante : Makuramis est photographe et a demandé à onze auteurs-bloggeurs d'écrire une nouvelle à partir d'une photo de sa composition (différente pour chacun d'eux).

Je ne connaissais qu'une des auteurs, Sof, découverte avec Lucie le chien.

Comme dans tout ouvrage collectif, la qualité ou l'intérêt des textes est variable (selon les auteurs ou les lecteurs, d'ailleurs). Certaines de ces nouvelles ne m'ont pas plu, il y en a même une à laquelle je n'ai pas compris grand-chose… Je préfère vous parler des nouvelles qui m'ont intéressée, comme Rouages (Agapi) ou Temps Rouge (Chypor) qui mettent l'accent sur le temps qui laisse sa marque d'une génération à l'autre par le biais d'un père absent ou d'un père qui n'a pas réalisé son rêve d'enfant. J'ai aimé aussi la Composition Grise de Raph qui souligne un point très vrai : il arrive souvent que l'on ne fasse pas attention aux choses qui nous entourent, jusqu'à ce qu'elles disparaissent. Et là, on remarque l'absence…

Fred Immixtion, lui, joue avec les mots dans Ad lib errer : "Tu as la poitrine enserrée dans un carcan jusque là chaud et doux qui se change à ton issue en serres acérées. Tes envies t'enseignent à ton insu que tu ne vis pas, et ton coeur en saigne. Ton sang coule sur ton vit bandé sans comprendre, tu es sans couille. Tu accuses d'être acculé mais tes propres doigts acculés te blessent et sentent mauvais." (extrait p. 17). C'est un peu spécial, ma foi, on aime ou on n'aime pas !

En tout cas, chapeau aux auteurs pour avoir su créer des textes à partir de photos de murs décrépis et de peinture écaillée !

Amusantes : les "autobiographies approximatives" des auteurs à la fin du livre… et aussi, les commentaires de quatre d'entre eux sur leur propre ouvrage sur Amazon… on n'est jamais mieux servi que par soi-même !!!

 Special thanks : à Babelio pour et aux éditions Makuramis pour ce livre lu pour l'opération Masse critique !

Qui comme Ulysse, Georges Flipo

29 octobre 2008

Grande amatrice de voyages et de nouvelles, un recueil réunissant les deux avait de fortes chances de me séduire… Et je n'ai pas été déçue par Qui comme Ulysse (rien que le titre embarque déjà le lecteur, il n'y a plus qu'à larguer les amarres).

Direction : l'Inde, pour commencer. Des touristes, il en existe de toutes sortes. Hélas, lorsque l'on part en voyage organisé, on court le risque de tomber sur le genre lourd, triomphant, envahisseur et qui fait honte à tout le groupe. Mais y en aura-t-il un pour trouver à redire à ces comportements insupportables ?

Autre destination, même type de touristes sans morale. En Thaïlande, ce sont les très jeunes filles qui sont leurs victimes. "Tourisme sexuel", voilà bien une expression horrible et qui ne devrait pas avoir de sens.

Nocturne et Un éléphant de Pattaya sont deux nouvelles qui font réfléchir sur notre façon de voyager. Pour ma part, c'est billet d'avion + sac à dos et vive l'aventure !

Lorsque l'on est exilé et sans le sou, on peut voyager à moindre frais : il suffit de concocter de bons petits plats de notre pays natal et de fermer les yeux. Les souvenirs olfactifs feront le reste, comme pour Ulises, l'Argentin. La nouvelle éponyme du recueil m'a interpellée : il semble qu'en France, nous préférions les nouvelles "à chute", c'est-à-dire avec un rebondissement final qui vous laisse pantois ou vous tiraille le coeur. A la réflexion, c'est tout à fait mon cas !

Georges Flipo mêle dans Qui comme Ulysse des voyages et des histoires émouvantes ou révoltantes. L'ïle Sainte-Absence est une histoire très touchante faite de rêve, de poésie et d'une tragique réalité. D'autres ont pour objet l'écriture, et même le blog !

Moderne, certes, ce recueil l'est. Mais aussi terriblement humain, avec tout ce que l'humanité compte de déchets mais aussi de générosité et de diversité. Alors je ne puis que vous recommander de vous laisser bercer par la jolie plume de l'auteur et de vous envoler vers d'autres horizons.

Les avis de (on est tous d'accord, pour une fois !) : Cuné, Keisha, Laure, Papillon, Martine, Kiki , Kathel, Cathulu , Fashion, Cathulu, Amanda, LVE, Le Bibliomane, Lou et Keisha

Le blog de l'auteur.

Special thanks : à Amanda, pour ce livre qui a voyagé à travers un département !

Intérieur Nord, Marcus Malte

24 octobre 2008

Grâce à la pétillante Amanda (merci Miss Meyre !), j'ai pu à mon tour découvrir la plume de son récent coup de coeur littéraire, Marcus Malte.

Intérieur Nord est un recueil de quatre nouvelles, dont l'univers est couvert d'un voile de tristesse, empreint d'une mélancolie fataliste sur des vies qui auraient pu prendre un chemin lumineux et heureux, mais qui ont loupé le coche.

Cependant, l'écriture douce et touchante de Marcus Malte ne fait pas de ces destins des histoires glauques. Sa plume nous emmène par petites touches d'une fausse apparence à la réalité plus douloureuse, à laquelle on s'attend parfois grâce aux indices disséminés ici et là par l'auteur.

On entre dans le monde intérieur d'hommes blessés, auxquels la Mort a volé un être cher, quand ce n'est pas la dureté de la Vie qui les a privé d'une mère.

Ces textes font cheminer notre pensée vers des thèmes d'actualité (dont certains sont tabous) : la folie passagère, le désespoir auquel peut conduire la solitude, la mort assistée, la quête de ses origines ou bien encore comment remplacer la Justice lorsqu'elle n'est pas efficace… Pas très réjouissant, pensez-vous ? Détrompez-vous, l'auteur a su manier les mots pour ne pas blesser, ne pas choquer, mais amener le lecteur a faire preuve d'empathie pour ces âmes écorchées.

Chaque récit est précédé d'un poème qui aiguise l'appétit pour la nouvelle qui le suit. J'aime bien celui-ci :

"Si mon enfant tu sors ce soir
Prends ton manteau dans le couloir
Et prends mon amour pour escorte
Car il se peut que cette porte
Derrière laquelle ton pas décroît
Ne soit pas celle que tu crois."

Un musher, un jardinier, un représentant, un ange pleureur, une colonne de bar (j'hésite à employer "pilier" pour une femme !)… Voilà quelques-uns des personnages que vous croiserez dans ce livre que je vous laisse le soin d'apprécier à sa juste valeur. De mon côté, je m'en vais découvrir ses autres oeuvres, je sens que je vais me régaler.

Et pour finir sur une note d'espoir : "La nuit, on peut imaginer le monde qui va renaître. On peut imaginer qu'il sera meilleur." (extrait p. 67).

Ed. Zulma, 2005 et réédité en octobre 2008, 140 (trop courtes) pages.

Ailleurs, en ce pays – Colum McCann

10 septembre 2008

Il y a quelques mois, après être tombée sous le charme de La Rivière de l'exil, je m'étais promis de découvrir un autre recueil de nouvelles de Colum McCann, cet écrivain à la plume si passionnément irlandaise. Celui-ci en contient trois, la dernière étant presque une novella. Toutes mettent en scène des enfants qui souffrent indirectement de la situation politique de l'Irlande durant les années Thatcher.

Dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, une jeune fille - Katie – vole au secours de son père, dont la jument préférée est coincée par un rocher dans la rivière en crue. Le hic : il ne sait pas nager. Katie a déjà perdu sa mère et ne voit pas d'un bon oeil son père s'enfoncer dans son veuvage taciturne. Quand des soldats viennent à la rescousse de la jument et de ses maîtres, on ne peut pas dire que ce sont la reconnaissance et les remerciements qui étouffent le père…

Dans Le Bois, c'est un adolescent qui aide sa mère à assurer une commande, en cachette du père de famille. Ce dernier est menuisier mais il a été victime d'une attaque ; il est cloué au lit. Il ne serait guère ravi d'apprendre que sa femme a accepté de fabriquer des hampes qui vont servir dans un défilé orangiste

Une grève de la faim raconte l'histoire de Kevin, 13 ans qui vit dans une caravane avec sa mère. Le père est mort et l'oncle du garçon est en prison, sans doute à la suite d'actions ou de conspiration contre la politique du gouvernement anglais à l'égard de l'Irlande. L'oncle réclame le statut de réfugié politique et pour se faire entendre, entame une grève de la faim. Au rythme des journées monotones du jeune garçon, les kilos de l'oncle s'envolent inexorablement…

J'avoue ne pas avoir été particulièrement emballée par les deux premières nouvelles. L'une a un fin qui me déplaît, l'autre m'a laissée sur ma faim ! La dernière, en revanche, ressemble davantage à mes attentes. Sombre, bien sûr, puisque tel est l'univers de cet auteur irlandais.

Mais toutes sont formidablement bien écrites, dans une langue bizarrement simple et pourtant très imagée. Colum McCann est fichtrement doué pour insérer des détails insignifiants dans une histoire, et au final, ce sont ces détails qui font l'histoire. Par exemple, l'eau apparaît sous différente forme dans Ailleurs, en ce pays : d'abord tumultueuse dans la rivière, puis bouillante dans la théière, et enfin, amère dans les larmes du père… Dans le Bois, on a l'impression d'être dans l'atelier, à sentir la sciure de bois et le bruit de la ponceuse. Et la façon dont le jeune garçon fabrique des pièces d'échecs avec de la mie de pain est si bien décrite que j'ai eu l'impression d'assister à la scène…

En définitive, même s'il faut un peu de courage pour plonger dans la palette de gris et de noirs de McCann, cela en vaut la peine : ses mots sont autant d'étincelles qui viennent éclairer le tableau de l'artiste.

Ida, Irène Némirovsky

13 juin 2008

Ce Folio à 2 € (je rassure ainsi tout de suite les bourses percées, elles peuvent lire ce qui suit !) présentent tour à tour le destin "cruel et intimiste" (selon la 4ème de couverture) de deux femmes qui n'ont pourtant rien en commun.

La première nouvelle, Ida, met en scène – c'est le cas de le dire – une femme d'âge mûr parfaitement conservée, qui parade chaque soir en vedette sur la scène d'un cabaret parisien. Ida Sconin fait ce métier depuis très longtemps, la danse et les paillettes sont toutes sa vie. Malgré les jalousies de filles plus jeunes, avides de la remplacer, elle tient bon : danser le soir est sa drogue. Des admirateurs ? Oh, elle en a toujours. Mais jusqu'à quand lui seront-ils fidèles ? Voudront-ils encore la voir quand son ventre s'affaissera ? Que ses premières rides seront visibles ? Que ses jambes se déroberont perchées sur les hauts talons ? Et alors, qui se souviendra d'Ida, elle qui a tant besoin de reconnaissance et de l'amour du public ? Voilà un récit cruellement lucide…

Le second texte détonne après Ida : dans La comédie bourgeoise, Madeleine, une jeune fille de la campagne du Nord, "plate et mélancolique", est présentée par ses parents à un jeune homme de bonne famille prénommé Henri. Après quelques semaines de fréquentation, les deux jeunes gens sont mariés. Nous est alors contée leur vie à deux, que l'on pourrait qualifier comme la campagne du Nord, de calme et mélancolique. Deux adultes mariés sans passion, des enfants, des tromperies du mari avec les ouvrières de l'usine… Des phrases simples égrennent les années qui passent. Seule une rencontre fera palpiter le coeur de Madeleine… Mais décidera-t-elle de changer le cours de son destin immobile ?

N'ayant pas lu Une suite française, c'était ma première rencontre avec Irène Némirovsky, née en Ukraine en 1903, réfugiée en France en 1917 lorsqu'éclate la révolution russe, et déportée à Auschwitz en 1942. En 1934 paraît en France Films parlés d'où sont extraits ces deux nouvelles.

J'ai apprécié l'écriture simple et touchante de l'auteur, qui utilise le rythme des phrases pour faire durer ou racourcir des années de vie. Les destins des femmes présentées dans les deux nouvelles sont très bien décrits, on ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine sympathie mêlée de pitié face à ces âmes tourmentées par l'angoisse de l'âge ou la platitude de la vie. La comédie bourgeoise fait davantage penser à une pièce de théâtre, par sa forme. Des petits bouts de phrases décrivent des scènes, comme des tableaux.

Je pense que je lirai un jour, sans doute avec plaisir, les autres oeuvres d'Irène Némirovsky.

Les avis de : Gambadou ; Caroline ; Lou

 

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