"Avec Maupassant pour modèle, Stefan Zweig s'est attaché, selon ses propres mots, à donner à chacune des trois nouvelles de ce recueil toute "la substance d'un livre"." (Le Livre de Poche)
Et à mon avis, il a pleinement réussi. Lorsqu'un vieil homme qui a trimé toute sa vie pour gagner de l'argent, en ayant commencé comme apprenti pour petit à petit devenir un VRP efficace, et tout cela pour faire vivre dans le confort son épouse et leur fille unique, on peut comprendre qu'il soit choqué puis aigri puis malheureux comme les pierres quand il réalise (un peu tard) que sa tribu se fiche de lui comme d'une guigne et ne s'intéresse qu'à son argent.
Stefan Zweig se glisse dans la peau du vieil homme, et le lecteur aussi. On s'essouffle avec lui, on souffre de voir une jolie jeune fille - notre propre chair, notre sang ! – se faire courtiser par des coureurs de dot ou des aventuriers, son comportement nous ronge l'esprit, on voudrait qu'elle nous aime, et puis non, hélas, on n'est plus qu'une vieille carcasse dont personne ne se soucie. Ô cruelle réalité !
Bien sûr, l'auteur raconte cela avec le talent qu'on lui connaît :
"Tout ce qu'il avait vécu, tout ce qu'il avait aimé, passait dans cette flamme à lente combustion, brûlait noir et fumeux avant de tomber effrité et carbonisé dans les cendres tièdes de l'indifférence. Quelque chose s'accomplissait, tandis qu'il était ainsi couché et que, furieusement, il passait en revue son existence. Quelque chose touchait à sa fin. Qu'est-ce qui se passait ? Il était là à guetter et à épier en lui-même.
Et peu à peu commença la destruction de son coeur." (extrait p. 46)
Dans La Gouvernante, l'auteur met en scène deux fillettes de treize et douze ans s'inquiètent du changement de comportement de leur gouvernante. Cette dernière semble distraite, moins exigeante, elle les emmène plus souvent se promener. Puis, elle a les yeux rougis et devient visiblement préoccupée. En espionnant aux portes, les deux soeurs vont entrevoir une vérité qui les fera prendre conscience de la dureté du monde des adultes, et cet épisode mettra un terme à leur foi aveugle en leur mère et elles découvriront avec effroi la douleur de quitter l'enfance et l'innoncence qui la caractérise.
Enfin, Un jeu dangereux clôture ce recueil. Un vacancier d'un âge avancé confie au narrateur la raison de sa présence dans un hôtel au bord du lac de Côme. L'année précédente, il a joué avec le coeur d'une jeune fille en se faisant passer pour un mystérieux admirateur…
Que dire de plus, hormis d'appuyer le fait que je me suis régalée (une fois de plus) en lisant cet auteur ? Zweig a l'art de décrire l'âme humaine et les sentiments en tous genres avec une habileté, une facilité (dirait-on) qui me laisse béate d'admiration. Rien ne m'arrêtera dans la poursuite de ma découverte de ses oeuvres !!!
Ed. Le Livre de Poche, réédition mars 2009, 117 p. (3,50 €, pourquoi se priver de tant de bonheur ?!)