Premières miniatures, Fédor Dostoïevski
J'ai quelques penchants pour la littérature russe, et notamment pour Dostoïevski, dont j'ai lu il y a plusieurs années déjà Crime et Châtiment et L'Idiot.
Cet alléchant et court recueil de nouvelles m'étant littéralement tombé dans la main au Salon du Livre cette année, je n'ai pu résister à me replonger dans l'univers sombre et délectable de l'auteur.
Quatre nouvelles, publiées entre 1847 et 1848, composent Premières miniatures.
Un roman en neuf lettres entame avec brio le quatrain. Il s'agit d'une correspondance entre Piotr Ivanovitch et Ivan Pétrovitch, deux "amis" qui ont manifestement quelques comptes à régler… Cette compilation de mauvaise foi, de flatterie et de ruses, le tout enrobé de bonnes manières, est jouissive ! Et rira bien qui rira le dernier.
Polzounkov est le portrait d'un "petit homme risible" qui raconte, devant un auditoire moqueur, une vilaine entourloupe dont il a fait les frais. Joute oratoire, entre conte et réalité, Polzounkov finit par rire de lui-même avec son public.
Le voleur honnête est la nouvelle qui se rapproche le plus des romans que j'ai lu de Dostoïevski. Cette nouvelle raconte la rencontre de deux hommes dont l'un, Astafi Ivanytch, vient en aide à l'autre, Emélian Ilitch, et devient dépendant de cette relation. Un récit opposant des valeurs de justice et d'honnêteté, face à un vol expliqué, à défaut d'être totalement excusé, par la misère et la boisson… Une réflexion intéressante qui sera développée dans Crime et Châtiment vingt ans plus tard.
Un sapin de Noël et un mariage m'a moins plu : un hôte de marque, vilain et faux jeton, fait des calculs sur son futur mariage avec une petite fille dont la dot s'avère très prometteuse… Un court texte sur l'horreur du mariage forcé, à la limite de l'indécence (même si le mariage n'aura pas lieu avant les seize ans de la jeune fille). Heureusement, autres temps, autres moeurs pour beaucoup d'entre nous !
Quant à la plume de ce Maître russe, elle me plaît toujours autant ! C'est un style au goût délicieux de thé russe : classique sans être vieillot, percutant et imprégné d'humour (parfois sous-jacent). J'en redemande (ça tombe bien, il me reste des dizaines de titres à me mettre sous la dent !).
Punition : une heure de colle pour Babel : alors que j'étais en train de lire ce livre, la première partie s'en est subitement décollée ! Je ne sais pas si le stand d'Actes Sud ressortait de vieux stocks (édition de 2000) ou si je n'ai pas eu de chance, mais bon, ce n'est pas très agréable de voir tomber en loques un livre neuf tout juste acheté ! ![]()
Ed. Actes Sud - Babel, 110 p.
