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Nouvelles de Pétersbourg, Nicolaï Gogol

18 avril 2009

Cet auteur manquait (entre autres !) à ma culture dans le domaine de la littérature russe. Gogol a un style qui ne dépare pas avec ceux de Dostoïevski, Tolstoï et Tourgueniev.

Le recueil que j'ai choisi regroupe plusieurs nouvelles qui avaient été écrites et publiées séparément du vivant de Nicolaï Gogol, et ont été regroupées ensemble parce qu'elles ont pour point commun de toutes se dérouler dans la ville de Pétersbourg.

Cela commence avec La Perspective Nevski. Deux jeunes gens se promènent sur la Perspective Nevski (leurs Champs-Elysées). Chacun d'eux "flashent" sur une jeune femme, brune pour l'un, blonde pour l'autre, et ils se séparent pour filer leurs belles. Le personnage masculin principal n'est pas aussi chanceux qu'il le croit : il imagine que sa dulcinée est une grande dame, qu'elle court les bals et les réunions en haute société, mais hélas pour lui, la réalité est tout autre. Que cela ne tienne, ses rêves embellissent sa vie mais ses insomnies vont bientôt le conduire à la folie…

Cette histoire est très forte et, en faisant appel au "trucage" du rêve pour faire croire à la réalité, l'auteur induit le lecteur en erreur et celui-ci tombe de haut quand il découvre la triste situation du héros malheureux… Le texte est parsemé de traits d'humour et de petites phrases jubilatoires ("il vit d'un seul coup tant de vieillards et de demi-vieillards en frac constellé de décorations"… j'aime l'image des demi-vieillards !!!), et les descriptions des femmes sont pleines de charme :

"Et les manches de dames que vous croiserez sur la Perspective Nevski ! Ah, quel ravissement ! Elles ressemblent un peu à deux ballons captifs, tels que la dame s'envolerait soudain si son mari ne la retenait au sol ; car soulever une dame en l'air est aussi facile et agréable que de porter aux lèvres une coupe pleine de champagne" (p. 48)…

"Elle s'assit, sa poitrine se soulevait et s'abaissait sous la fine fumée de la gaze ; sa main (Seigneur, cette main merveilleuse !) tomba sur ses genoux, serra sa robe vaporeuse, et la robe sous cette main sembla exhaler une musique, et sa douce teinte lilas accusait encore davantage l'éclatante blancheur de cette main." (p. 65)

La seconde nouvelle, Le Portrait,  m'a moins plu. Elle met en scène un tableau sur lequel figure le portrait d'un personnage charismatique, aux yeux envoûtants et diaboliques. Ce tableau semble d'ailleurs porter malheur à ses propriétaires successifs… Une fois encore, Gogol fait appel aux rêves pour entraîner le lecteur dans un univers effrayant et la folie l'emporte encore. Il y a donc redondance avec la première nouvelle, ce qui devait être moins apparent lorsqu'elles ont été publiées à distance l'une de l'autre devient évident et un peu lourd dans un même recueil, le procédé étant quelque peu éculé.

L'histoire du Nez est au contraire, très originale. Le narrateur interpelle d'ailleurs l'auteur dans la nouvelle en lui faisant par exemple remarquer combien le sujet qu'il a choisi est tiré par les cheveux… C'est plutôt amusant, ma foi ! En voici le résumé (éditeur) :

L'assesseur de collège Kovaliov se réveilla d'assez bonne humeur. Il s'étira et se fit donner un miroir dans l'intention d'examiner un petit bouton qui, la veille au soir, lui avait poussé sur le nez. À son immense stupéfaction, il s'aperçut que la place que son nez devait occuper ne présentait plus qu'une surface lisse ! Tout alarmé, Kovaliov se fit apporter de l'eau et se frotta les yeux avec un essuie-mains : le nez avait bel et bien disparu !… Il s'habilla séance tenante et se rendit tout droit chez le maître de police. » Kovaliov retrouvera son nez à la suite d'aventures fort étranges. Et si, conclut Gogol, « ce qu'il y a de plus étrange, c'est qu'un auteur puisse choisir de pareils sujets », « vous aurez beau dire, des aventures comme cela arrivent en ce monde, c'est rare, mais cela arrive ».

Le recueil s'achève avec Le Journal d'un fou (où l'on voit page après page un homme sombrer dans la folie, au point de perdre la notion du temps et de faire écrire des chiens), et Le Manteau, où un scribouillard d'un quelconque ministère met toutes ses économies dans l'achat d'un nouveau manteau qu'il se fait voler.

La plume de Nicolaï Gogol est assez dense, précise, fait appel à un langage plutôt soutenu (et parfois vieillot) mais n'est pas désagréable du tout. Je ne sais pas si j'aurais le courage d'entamer un gros pavé, mais j'ai bien digéré ses nouvelles !

La soif, Andreï Guelassimov

25 juillet 2008

Constantin, alias Kostia (diminutif russe), était une jeune recrue de l'armée russe envoyé en Tchétchénie. Mais le véhicule dans lequel il se trouvait a été la cible de snipers, et Kostia a failli mourir. Un camarade, Sergueï, l'a sorti in extremis du brasier, mais Kostia a eu une grande partie du visage et du corps brûlée.

A présent, Kostia ne sort plus de chez lui que pour travailler sur des chantiers de rénovation et décoration d'appartements privés. Le reste du temps, il boit des litres de ce liquide aussi transparent que de l'eau, mais qui le réconforte davantage : la vodka, boisson nationale s'il en est.

Un jour, cependant, deux autre camarades – Pacha et Guéna – eux aussi victimes de l'attaque en Tchétchénie viennent tirer Constantin de sa cuite : leur ami Sergueï a disparu de son logement de Moscou. Malgré une sévère dispute entre Pacha et Guéna à la suite d'une disparition d'argent, les trois amis prennent la route et ne vont pas ménager leurs efforts pour retrouver leur camarade.

Pour Kostia, c'est l'occasion de se remémorer son enfance, notamment le directeur buveur qui l'a encouragé à dessiner, puis de revoir son père et sa nouvelle famille à Moscou. C'est un jeune homme que l'on devine fragile et qui pourtant a bon coeur et cache un talent certain de dessinateur.

Le rythme du texte d'Andreï Guelassimov est rapide, bourré de dialogues, comme s'il voulait enivrer le lecteur de mots sans lui laisser le temps de dessoûler.

J'ai beaucoup aimé ce court roman, dont j'avais l'impression qu'il parlait des combats en Tchétchénie : en réalité, ils apparaissent seulement en filigrane. Le personnage de Constantin est à lui seul le fil conducteur d'une aventure basée sur l'amitié et les liens créés par le service militaire de bidasses russes. La Soif est un beau portrait d'un jeune homme détruit trop tôt par la bêtise humaine, mais qui n'a pas tout à fait perdu l'espoir.

Ed. Babel (toujours aussi agréable), 2006, 127 p.

Special thanks : à Chiffonnette pour m'avoir offert ce livre lors du premier Lotobook !

Premières miniatures, Fédor Dostoïevski

25 mars 2008

J'ai quelques penchants pour la littérature russe, et notamment pour Dostoïevski, dont j'ai lu il y a plusieurs années déjà Crime et Châtiment et L'Idiot

Cet alléchant et court recueil de nouvelles m'étant littéralement tombé dans la main au Salon du Livre cette année, je n'ai pu résister à me replonger dans l'univers sombre et délectable de l'auteur.

Quatre nouvelles, publiées entre 1847 et 1848, composent Premières miniatures.

Un roman en neuf lettres entame avec brio le quatrain. Il s'agit d'une correspondance entre Piotr Ivanovitch et Ivan Pétrovitch, deux "amis" qui ont manifestement quelques comptes à régler… Cette compilation de mauvaise foi, de flatterie et de ruses, le tout enrobé de bonnes manières, est jouissive ! Et rira bien qui rira le dernier.

Polzounkov est le portrait d'un "petit homme risible" qui raconte, devant un auditoire moqueur, une vilaine entourloupe dont il a fait les frais. Joute oratoire, entre conte et réalité, Polzounkov finit par rire de lui-même avec son public.

Le voleur honnête est la nouvelle qui se rapproche le plus des romans que j'ai lu de Dostoïevski. Cette nouvelle raconte la rencontre de deux hommes dont l'un, Astafi Ivanytch, vient en aide à l'autre, Emélian Ilitch, et devient dépendant de cette relation. Un récit opposant des valeurs de justice et d'honnêteté, face à un vol expliqué, à défaut d'être totalement excusé, par la misère et la boisson… Une réflexion intéressante qui sera développée dans Crime et Châtiment vingt ans plus tard.

Un sapin de Noël et un mariage m'a moins plu : un hôte de marque, vilain et faux jeton, fait des calculs sur son futur mariage avec une petite fille dont la dot s'avère très prometteuse… Un court texte sur l'horreur du mariage forcé, à la limite de l'indécence (même si le mariage n'aura pas lieu avant les seize ans de la jeune fille). Heureusement, autres temps, autres moeurs pour beaucoup d'entre nous !

Quant à la plume de ce Maître russe, elle me plaît toujours autant ! C'est un style au goût délicieux de thé russe : classique sans être vieillot, percutant et imprégné d'humour (parfois sous-jacent). J'en redemande (ça tombe bien, il me reste des dizaines de titres à me mettre sous la dent !).

Punition : une heure de colle pour Babel : alors que j'étais en train de lire ce livre, la première partie s'en est subitement décollée ! Je ne sais pas si le stand d'Actes Sud ressortait de vieux stocks (édition de 2000) ou si je n'ai pas eu de chance, mais bon, ce n'est pas très agréable de voir tomber en loques un livre neuf tout juste acheté ! Furious

Ed. Actes Sud – Babel, 110 p.

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