Nouvelles de Pétersbourg, Nicolaï Gogol
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Cet auteur manquait (entre autres !) à ma culture dans le domaine de la littérature russe. Gogol a un style qui ne dépare pas avec ceux de Dostoïevski, Tolstoï et Tourgueniev.
Le recueil que j'ai choisi regroupe plusieurs nouvelles qui avaient été écrites et publiées séparément du vivant de Nicolaï Gogol, et ont été regroupées ensemble parce qu'elles ont pour point commun de toutes se dérouler dans la ville de Pétersbourg.
Cela commence avec La Perspective Nevski. Deux jeunes gens se promènent sur la Perspective Nevski (leurs Champs-Elysées). Chacun d'eux "flashent" sur une jeune femme, brune pour l'un, blonde pour l'autre, et ils se séparent pour filer leurs belles. Le personnage masculin principal n'est pas aussi chanceux qu'il le croit : il imagine que sa dulcinée est une grande dame, qu'elle court les bals et les réunions en haute société, mais hélas pour lui, la réalité est tout autre. Que cela ne tienne, ses rêves embellissent sa vie mais ses insomnies vont bientôt le conduire à la folie…
Cette histoire est très forte et, en faisant appel au "trucage" du rêve pour faire croire à la réalité, l'auteur induit le lecteur en erreur et celui-ci tombe de haut quand il découvre la triste situation du héros malheureux… Le texte est parsemé de traits d'humour et de petites phrases jubilatoires ("il vit d'un seul coup tant de vieillards et de demi-vieillards en frac constellé de décorations"… j'aime l'image des demi-vieillards !!!), et les descriptions des femmes sont pleines de charme :
"Et les manches de dames que vous croiserez sur la Perspective Nevski ! Ah, quel ravissement ! Elles ressemblent un peu à deux ballons captifs, tels que la dame s'envolerait soudain si son mari ne la retenait au sol ; car soulever une dame en l'air est aussi facile et agréable que de porter aux lèvres une coupe pleine de champagne" (p. 48)…
"Elle s'assit, sa poitrine se soulevait et s'abaissait sous la fine fumée de la gaze ; sa main (Seigneur, cette main merveilleuse !) tomba sur ses genoux, serra sa robe vaporeuse, et la robe sous cette main sembla exhaler une musique, et sa douce teinte lilas accusait encore davantage l'éclatante blancheur de cette main." (p. 65)
La seconde nouvelle, Le Portrait, m'a moins plu. Elle met en scène un tableau sur lequel figure le portrait d'un personnage charismatique, aux yeux envoûtants et diaboliques. Ce tableau semble d'ailleurs porter malheur à ses propriétaires successifs… Une fois encore, Gogol fait appel aux rêves pour entraîner le lecteur dans un univers effrayant et la folie l'emporte encore. Il y a donc redondance avec la première nouvelle, ce qui devait être moins apparent lorsqu'elles ont été publiées à distance l'une de l'autre devient évident et un peu lourd dans un même recueil, le procédé étant quelque peu éculé.
L'histoire du Nez est au contraire, très originale. Le narrateur interpelle d'ailleurs l'auteur dans la nouvelle en lui faisant par exemple remarquer combien le sujet qu'il a choisi est tiré par les cheveux… C'est plutôt amusant, ma foi ! En voici le résumé (éditeur) :
L'assesseur de collège Kovaliov se réveilla d'assez bonne humeur. Il s'étira et se fit donner un miroir dans l'intention d'examiner un petit bouton qui, la veille au soir, lui avait poussé sur le nez. À son immense stupéfaction, il s'aperçut que la place que son nez devait occuper ne présentait plus qu'une surface lisse ! Tout alarmé, Kovaliov se fit apporter de l'eau et se frotta les yeux avec un essuie-mains : le nez avait bel et bien disparu !… Il s'habilla séance tenante et se rendit tout droit chez le maître de police. » Kovaliov retrouvera son nez à la suite d'aventures fort étranges. Et si, conclut Gogol, « ce qu'il y a de plus étrange, c'est qu'un auteur puisse choisir de pareils sujets », « vous aurez beau dire, des aventures comme cela arrivent en ce monde, c'est rare, mais cela arrive ».
Le recueil s'achève avec Le Journal d'un fou (où l'on voit page après page un homme sombrer dans la folie, au point de perdre la notion du temps et de faire écrire des chiens), et Le Manteau, où un scribouillard d'un quelconque ministère met toutes ses économies dans l'achat d'un nouveau manteau qu'il se fait voler.
La plume de Nicolaï Gogol est assez dense, précise, fait appel à un langage plutôt soutenu (et parfois vieillot) mais n'est pas désagréable du tout. Je ne sais pas si j'aurais le courage d'entamer un gros pavé, mais j'ai bien digéré ses nouvelles !
