NON, ne fuyez pas ! Revenez, chers lecteurs, vous qui n'êtes pas fans de mangas… Celui-là est extraordinaire, laissez-moi une chance de vous convaincre !
En premier lieu, pour une fois, il est autorisé de lire la fin du livre avant le début… C'est même fortement recommandé puisque le livre se lit à la japonaise, en lisant la page de droite avant celle de gauche ! Mais on s'habitue très vite, c'est même un exercice plutôt rigolo. Ensuite, les illustrations sont très soignées, en noir et blanc, mais les expressions des personnages, humains ou non, ainsi que les paysages ou la pluie sont parfaitement rendus. Les aventures de Shiguru sont présentées sous forme de courts "chapitres".
L'édition (Cornelius) est de qualité, avec une explication introductive sur le contexte de l'histoire et quelques éléments sur Mizuki. Le choix de faire certaines traductions des kanjis (l'écriture sous forme de dessins, comme en Chine) ou katakana (l'écriture syllabique) sous les vignettes et non sur le dessin comme dans l'original (cf ci-contre : il y a par exemple écrit sous la vignette "grondement") me paraît très judicieux.
Et des astérisques renvoient à des notes explicatives intéressantes (quand on ne connaît pas bien les us et coutumes nippons) en fin de livre. Bref, un livre presque parfait !

Enfin, le plus important : l'histoire ! Dans un village isolé du Japon des années 30, NonNonbâ, une grand-mère ratatinée aux grands yeux écarquillés, vient habiter avec la famille de Shigeru. Ce dernier est un petit garçon attachant, parfois paresseux, qui aime inventer des bandes dessinées. Il joue souvent à la guerre avec ses copains, mais aussi parfois avec ses petites voisines.
Avec NonNonBâ, Shigeru apprend à connaître les yokaïs, ces êtres mi-animaux mi-démons, qui vivent dans les bois, les rivières et même les maisons ! Certains sont très effrayants (cf ci-contre), d'autres plutôt pacifiques, mais tous ont une raison d'être et sont impayables !
La découverte de ces légendes (euh…qui sait ?! Un yokaï viendra peut-être vous chatouiller les pieds la nuit après cette lecture
), n'est qu'un prétexte pour entrer de plein pied dans la vie des japonais ruraux de l'entre-deux guerres. Dans cette famille pauvre, la vie n'est pas toujours facile, mais les lubies des uns ou les facéties des autres permettent de rendre la vie meilleure… Certains passages sont tristes, j'ai été très émue à plusieurs reprises, mais j'ai beaucoup ri aussi ! Ces yokaïs sont extra ! J'aimerais bien en adopter un mais ce sont des esprits libres et surtout indomptables…
La culture du pays du Soleil Levant m'intéresse depuis longtemps et les informations distillées subtilement et parfois à peine suggérées à travers ce manga (mais éclairées par l'éditeur), sont passionnantes (outre les légendes, sont présentés les thèmes du chômage, de la colonisation, de la mort, de la famille, des traditions, des débuts du cinéma, de la solidarité…). C'est une des raisons pour lesquelles je recommande chaleureusement à tout le monde de découvrir NonNonBâ !
NB : c'est un manga de plus de 400 pages, qui se lisent vite mais sur lesquelles on prend plaisir à s'attarder ! Et je vous défie de ne pas le finir assis par terre en mangeant un bol de riz avec des baguettes !!! (quelqu'un parmi vous réussit-il cet exploit ? si oui, je veux bien un conseil d'expert).
PS : vous ai-je dit que cette oeuvre avait obtenu le Grand Prix d'Angoulême cette année ? juste pour l'anecdote
L'avis de Gachucha