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Hotaru, le poids des secrets (5/5), Aki Shimazaki

27 janvier 2011

HotaruHo… ho… hotaru koï…” chante la grand-mère de Tsubaki. Cette chanson populaire japonaise signifie que les lucioles doivent se méfier et ne pas tomber dans l’eau sucrée…

Ce cinquième et dernier tome se déroule dans la famille de Yukio. Il est marié et a trois grands enfants qui ont quitté le foyer parental pour aller étudier à Tokyo. Mais sa plus jeune fille, Tsubaki, revient le week-end pour aider ses parents à s’occuper de la grand-mère, Mariko. On retrouve ainsi les personnages qui ont été, chacun à leur tour, les personnages principaux des précédents tomes.

Cette fois, le récit est axé sur la relation entre la petite-fille et sa grand-mère. Cette dernière est très âgée, son mari est mort dix ans plus tôt, et elle va bientôt le rejoindre dans l’au-delà. Elle divague un peu, se remémore des bribes du passé, a même parfois des hallucinations. Un jour, peut-être sans en être parfaitement consciente, elle livre enfin à Tsubaki le lourd secret qu’elle avait enfoui au plus profond de son cœur le jour du bombardement de la bombe atomique sur Nagasaki, voilà plus de cinquante ans… En écoutant l’histoire de sa grand-mère, la jeune fille est amenée à réfléchir à sa propre situation. Et comme le lui a conseillé son aïeule, elle va tâcher de ne pas tomber trop facilement du côté de l’eau sucrée… Une métaphore pour parler de ces jeunes filles, souvent trop naïves, qui s’amourachent d’hommes mariés qui profitent de leur innocence en leur promettant monts et merveilles, et qui, bien entendu, ne quittent jamais leur épouse légitime.

J’ai beaucoup aimé retrouver la douceur de l’écriture d’Aki Shimazaki (auteur d’origine japonaise, elle vit au Canada et écrit en français). La vie s’écoule, tranquille, et cependant, des révélations fracassantes viennent éclairer le lecteur sur l’histoire de cette famille sur trois générations.

Tout arrive. La preuve, j’avais commencé Le Poids des secrets, qui est le nom de cette pentalogie, en mai 2007. Je suis tombée par hasard à la médiathèque sur ce cinquième tome, mais hélas, le quatrième n’y était pas. Tant pis ! Je pense avoir saisi l’essentiel, et je le lirai quand l’occasion se présentera.

Idéalement, il faut lire dans l’ordre :

Tsubaki (Camélia)

Hamaguri (Palourde japonaise)

Tsubame (Hirondelle)

Wasurenagusa (Myosotis)

Hotaru (Luciole)

Ed. Actes Sud, 2004 et coll. Babel en août 2009, 135 p.

Une parfaite chambre de malade, Yoko Ogawa

12 juillet 2009

Ce recueil est composé de deux nouvelles.

Dans la première – qui donne son titre au livre – une jeune femme, mariée et sans enfant, voit arriver dans l'hôpital où elle exerce son métier d'infirmière un homme qu'elle reconnaît, hélas : il s'agit de son jeune frère, attaqué par un cancer. Mis à l'abri dans une chambre épurée, blanche comme la neige et dépourvue d'objets personnels inutiles, le jeune homme reçoit la visite régulière et souvent silencieuse de sa soeur. Cette dernière apprécie tout particulièrement l'ambiance de cette chambre d'hôpital, tranchant radicalement avec l'appartement où vivait leur mère : à moitié folle, elle vivait parmi les détritus et les ordures en décomposition…

Certes, le sujet n'est pas gai. Cependant, le personnage de la jeune femme est intéressant. Elle est complètement obnibulée par la recherche de la propreté, de l'immaculé. Son mari n'est qu'une façade presque factice, et elle recherche plutôt le soutien d'un médecin de l'hôpital, qui la réconforte comme il peut. Elle essaie de retenir son frère à la vie grâce à des grains de raisin. Mais qu'adviendra-t-il d'elle lorsqu'il aura disparu ? Retournera-t-elle à son fade quotidien ? Chacun peut donner libre cours à son imagination.

La désagrégation du papillon, seconde nouvelle du recueil, est une métaphore qui désigne le recroquevillement du corps et l'anéantissement de l'esprit d'une vieille dame. Sa petite-fille, qui a toujours vécu avec elle, doit se résoudre à l'emmener dans une maison spécialisée, et cela l'amène à divaguer se poser beaucoup de questions.

Disons-le clairement : je n'ai pas du tout aimé ce second texte, non qu'il soit mal écrit, mais sa construction n'est pas aussi réussie que d'habitude et son intérêt n'est pas flagrant…

J'ai été globalement déçue par ce recueil car Yoko Ogawa m'a habituée à mieux… et c'est après coup que je me suis aperçue que ces nouvelles avaient presque vingt ans ! Elles sont donc antérieures aux autres récits que j'ai lu d'elle et qui m'ont davantage emballée : La petite pièce hexagonale ; Le réfectoire sous la pluie… et L'annulaire.

Ed. Actes Sud (Babel), sept. 2005, 153 p.

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

29 mai 2009

Lorsque l'on ouvre un roman de Murakami, on sait d'avance que notre monde quotidien va se tranformer en un univers onirique à multiples entrées. Ce n'est pas immédiat, pourtant. Au départ, on est simplement transporté au Japon, par exemple à Nakano, un quartier de Tokyo. Et puis, petit à petit, des faits inhabituels se produisent. Nakata, un vieil homme à l'ombre légère parle aux chats… et ceux-ci lui répondent. Un jeune homme de quinze ans organise sa fugue, laissant derrière lui un père détesté… qui lui a jeté une malédiction.

Et là-bas, après avoir traversé l'immense pont conduisant à l'une des îles de l'archipel japonais, une bibliothèque privée ouverte au public contient non seulement de précieux ouvrages, mais en plus deux personnages extraordinaires : Mlle Saeki, la responsable de la bibliothèque et Oshima, son assistant, un jeune homme étrange et distingué. A deux bonnes heures de route, dans une clairière, sur les bords d'une forêt profonde et inexplorée, se dresse une cabane où l'on vient se ressourcer.

Tous ces lieux et ces personnages (et d'autres encore) s'entremêlent d'une joyeuse et habile manière pour donner un récit initiatique conté d'une part par Kafka (le jeune fugueur) et par un narrateur omniscient, d'autre part. A la recherche d'une mère et d'une soeur perdues, de la pierre de l'entrée, ou d'un passé inoubliable, les personnages de ce roman sont tous atypiques et exercent sur le lecteur une fascination certaine, servie par la plume magique et poétique de cet auteur japonais inimitable.

C'est fluide, c'est beau : un grand Murakami.

Ed. 10/18, juin 2007, 638 p.

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