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Je ne suis pas celle que je suis, Chahdortt Djavann

4 février 2012

Je ne suis pas Si vous êtes tenté par une psychanalyse, évitez de lire ce roman ! Les séances auxquelles on assiste tout au long du roman m’ont paru tout à la fois laborieuses, répétitives et peu fructueuses, ce qui pourrait en décourager plus d’un.

Pourtant, cette quadragénaire a bien besoin de parler à quelqu’un. Donya souffre de troubles de la personnalité et a fait des tentatives de suicide. En France depuis une poignée d’années, elle ne maîtrise pas encore parfaitement la langue du pays, bien qu’elle fasse de sérieux progrès en lisant le dictionnaire chaque soir. Elle vit dans une chambre de bonne du XVIe arrondissement de Paris, et garde les enfants d’une famille aisée.

Si les entretiens de Donya avec son psychanalyste permettent d’apprendre des bribes de son passé, notamment la terrible influence d’un père tyrannique, le personnage de l’analyste m’a fortement déplu. Il se contente de soupirer et d’encaisser l’argent de sa cliente, même si celle-ci n’a pipé mot. Bien sûr, elle s’en plaint, mais elle finit toujours par retourner le voir… Une sorte d’addiction supplémentaire impossible à contrôler !

Fort heureusement, les visites chez le psy sont entrecoupées de chapitres relatant la jeunesse de l’héroïne. Donya est iranienne, et l’on suit son émancipation progressive alors qu’elle était étudiante à Bandar Abbas. Cette partie du récit est assez prenante, on découvre les conditions de vie des jeunes de ce pays au début des années 1990. La population estudiantine est prise entre la tradition religieuse, la pression familiale, et un désir de liberté inspiré de l’Occident. Jusqu’où une jeune fille est-elle prête à aller pour échapper à un destin trop prévisible ?

Quelle ne fut pas ma déception lorsque je m’aperçus en achevant le roman qu’il ne s’agissait que du premier tome ! Ma curiosité concernant le passé de cette femme n’est pas aussi forte que mon découragement à l’idée d’affronter encore 500 pages de psychothérapie ! J’en resterai donc là avec ce personnage intéressant mais trop torturé à mon goût.

Ed. Flammarion, août 2011, 532 p.

Construire un feu, Jack London

1 décembre 2011

Construire_un_feu Construire un feu, l’un des “récits du Klondike” écrits par Jack London (1876-1916) au tournant du siècle fut, dit-on, le livre de chevet de Lénine. (note de l’éditeur)

Dans cette nouvelle, un homme, dont on ne connaîtra jamais le nom, suit une piste du Yukon, au nord ouest du Canada, à la frontière avec l’Alaska. Il fait extrêmement froid. Lorsque l’homme crache, sa salive crépite et gèle avant même de toucher terre. Il pense qu’il fait entre – 50 et –60  °C. Il est loin du compte. En réalité, le thermomètre frôle les – 75°C. Le chien-loup, lui, ne s’y trompe pas. Il ne comprend pas que l’homme voyage seul, continue d’avancer et ne fasse pas de feu. C’est que ce dernier n’a qu’une journée de marche à effectuer avant de rejoindre les siens dans le prochain refuge. Il y sera un peu après la nuit tombée, si tout va bien. Mais voilà, tout ne va pas bien, et l’homme va devoir faire face aux incidents qui s’enchaînent avec intelligence, célérité et… sang-froid, s’il veut sauver sa peau.

On rentre avec beaucoup de facilité dans ce récit extrêmement prenant, qui pique la curiosité au vif : cet intrépide (ou inconscient ?) trappeur s’en sortira-t-il ?

La plume hyperréaliste et rythmée de Jack London entraîne notre imagination dans son univers blanc avec une redoutable efficacité : je ne vous donne pas dix minutes avant d’être saisis d’une irrépressible envie de thé brûlant !

Ed. Actes Sud, coll. Un endroit où aller, déc. 1995, 39 p.

Rencontre avec Jesse Kellerman

7 septembre 2011

Roman Jesse Kellerman Hier soir, je me suis allée à la rencontre du jeune auteur (il est plus jeune que moi, c’est dire) américain Jesse Kellerman, organisée par les Editions des Deux Terres. Son nom ne vous est pas inconnu ? Normal, en 2008, Les Visages ont révélé son talent en France. Du coup, un roman qu’il avait écrit quelques années avant et qui n’avait pas été traduit paraîtra en France le 5 octobre prochain. D’ici là, je tiendrai ma langue…

Jesse Kellerman a répondu avec beaucoup de gentillesse et de fraîcheur aux questions que les bloggeuses présentes lui ont posées. La sympathique traductrice de Jusqu’à la folie (le fameux prochain roman de Jesse), Julie Sibony, était à ses côtés pour faciliter les échanges.

Question : Ta manière d’écrire a-t-elle changé depuis ton premier roman ?

Jesse Kellerman : “Je n’écris certainement pas plus vite. C’est peut-être devenu plus difficile d’écrire, car je fais très attention à ne pas me répéter, alors je vais régulièrement vérifier dans mes anciens romans que je n’ai pas déjà employé telle ou telle phrase. Et comme je n’écris pas une série (policière), je dois réinventer un univers à partir de rien à chaque fois. Je suis peut-être plus confiant qu’à mes débuts, je prends plus de risques. Et puis, entre temps, j’ai eu un enfant, cela a complètement changé ma perception de ce qui est important, sans compter que je me sens maintenant capable d’écrire du point de vue d’un parent. Avant, je savais seulement ce qu’étais être fils !”

Le personnage principal de ton premier livre (Sunstroke (2006), non traduit en français) était une femme, alors que dans tous les romans suivants, il s’agit d’un homme. Pourquoi ?

J.K. : “J’essaie vraiment de choisir un personnage qui colle à l’histoire. Mais j’avoue qu’il m’a été très difficile de penser comme une femme pendant toute la période d’écriture de mon premier livre, et il faudrait vraiment une excellente raison pour que je le refasse !” (rires)

L’un de tes livres va-t-il être adapté au cinéma ?

J.K. : “J’ai été approché par des gens mais il n’y a rien de concret. J’ai grandi à Los Angeles, donc j’ai côtoyé l’univers du cinéma et je ne ressens vraiment aucun besoin que mes livres soient transformés en films. E puis je sais que tous ceux qui travaillent dans ce business mentent, jusqu’à preuve du contraire !” (rires)

Jesse Kellerman et sa traductrice Julie Sibony Que lis-tu ?

J.K. : “Pour mes recherches, je lis de la “non-fiction”. Pour le plaisir, de la fiction en tous genres, du moment que c’est bien écrit, et que l’auteur apporte un traitement inattendu du genre qu’il a choisi, quelque chose de surprenant. J’aime les livres qui ne rentrent pas dans des catégories, j’aime briser les genres. Mes parents écrivent des thrillers alors on m’a classé dans la même catégorie, par facilité, mais j’aimerais vraiment ne pas avoir d’étiquette. A chaque roman, je m’efforce de moderniser le genre auquel je m’essaie. J’ai écrit du théâtre à une époque : c’est comme écrire de la musique avec des mots. Les Visages a la structure d’un polar, mais le personnage principal n’est ni policier, ni détective, et il y a des éléments historiques dans le récit. Je n’aime pas les conventions. A mon avis, tout bon livre doit contenir du suspense, d’une façon ou d’une autre.
En fait, j’ai un panthéon d’écrivains que j’aime (plus que des titres en particulier) : quand je découvre une voix que j’aime, c’est comme si je m’étais fait un nouvel ami, et alors je lis tout de cet auteur.” [Tiens, Cuné, il m’a fait penser à toi à ce moment là !]

Quel livre aurais-tu aimé écrire ?

J.K. :C’est une bonne question ! Voyons voir… sans doute Pale Fire, de Nabokov. C’est un poème de 999 vers suivi de son commentaire. Génial ! Mais quand je reçois mes factures, j’aurais aimé écrire Da Vinci Code !”

Cela ne te fait pas bizarre de parler d’un livre [Jusqu’à la folie] que tu as écrit il y a des années ?

J.K. :  “Si, cela fait drôle, parce que je “purge” ma tête dès que j’ai fini d’écrire un livre. C’est comme une relation amoureuse qui s’est achevée, même si cela ne s’est pas mal fini, on est passé à autre chose. En fait, on est toujours amoureux du livre qu’on est en train d’écrire.”

Et sa femme, pas jalouse pour un sou, est sa première lectrice/correctrice… Elle m’a d’ailleurs dit que son mari adorait Emmanuel Carrère, dont il a lu les deux seuls romans traduits en anglais (L’adversaire et La moustache)… Comme quoi, les Anglo-Saxons peuvent aussi être frustrés de ne pas pouvoir lire en VO !

Page Facebook des Ed. des deux terres dédiée au livre Jusqu’à la folie (parution le 5 octobre 2011)

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