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Amok, Stefan Zweig

16 avril 2008

Comme cela fait du bien, de lire un auteur aussi doué que Zweig ! Je n'en suis encore qu'à mes débuts avec cet auteur (après Le joueur d'échecs et La confusion des sentiments), mais j'apprécie de plus en plus son style et c'est un plaisir à chaque fois renouvelé de me plonger dans ses oeuvres.

Ici, trois récits publiés pour la première fois en 1922 sont regroupés :

Amok ou le fou de Malaisie raconte l'histoire d'un passager sur un bateau (oui, comme dans le Joueur d'Echecs !) partant de Calcutta pour rejoindre l'Europe. Etouffant dans sa petite cabine, il sort au milieu de la nuit se rafraîchir sur le pont. C'est alors qu'il devine une ombre, non loin de lui. Un homme mystérieux, aux yeux de fous, se tient là, tellement tourmenté par son histoire qu'il va la raconter à notre passager. Le thème de la folie, cher à l'auteur, est ici encore exploité de manière habile. Entre passion, jeux de pouvoir, et véritable folie, la frontière est mince…

La Lettre d'une Inconnue m'a littéralement fait frissonner. Quel texte admirable ! Dans quel état a dû se trouver cet homme, la quarantaine épanouie, écrivain et homme à femmes, qui reçoit un jour une lettre épaisse de vingt-quatre feuillets, de la part d'une illustre inconnue… A moins qu'en fouillant dans sa mémoire… C'est une magnifique histoire de femme qui aime de tout son coeur, sans compter, sans rien attendre en retour. Un amour profond, sincère, durable, unique et unilatéral… C'est rare, mais époustoufflant !

Après cela, rien de tel qu'une petite ballade dans La Ruelle au clair de lune… Cette fois, c'est un pauvre bougre qui fréquente une auberge où il se fait lamentablement traiter par la taulière et surtout la servante. Mais là encore, un sombre passé explique cet étrange comportement, cet entêtement de l'homme à revenir dans cet établissement pour se faire humilier… Mais jusqu'où supportera-t-il ce traitement ? Amour et folie, un duel éternel dont aucun ne sort jamais totalement vainqueur…

Stefan Zweig maîtrise remarquablement l'art d'imbriquer les récits les uns dans les autres, il fait des allers et retours dans le passé sans que l'on perde le fil de l'histoire, il use d'une langue châtiée sans être rébarbative… Bref, un Maître qui mérite sa place dans mes auteurs favoris !

Un grand merci à Chiffonnette pour le prêt !

Rebecca, Daphné du Maurier

9 avril 2008

Atmostphère ? Vous avez dit atmostphère ?

Parfaitement ! J'ai dit : ceci est un roman d'atmosphères

D'abord, celle de Monte Carlo, dans l'entre-deux-guerres. Alors qu'elle séjourne dans un hôtel chic auprès d'une vieille femme aigrie et assommante, une jeune demoiselle de compagnie fait incidemment la connaissance d'un autre client : Maxim de Winter. Celui-ci a vingt ans de plus qu'elle, mais il est gentil, séduisant, fortuné et surtout, il est veuf. Sa femme, Rebecca, a disparu tragiquement en mer l'année précédente. Quelques escapades en automobile plus tard, la jeune fille est complètement sous le charme de Maxim de Winter. Et le jour où elle doit partir pour les Etats-Unis, il la demande en mariage en prenant son petit déjeuner ! Elle n'hésite pas longtemps, toute amoureuse qu'elle est déjà…

Après un mariage rapide et une lune de miel romantique en Italie, le jeune couple rentre en Angleterre, dans le domaine de Maxim de Winter qui borde la mer : Manderley.

C'est alors une toute autre atmosphère qui s'installe. Dans un grand manoir anglais, parfaitement décoré et arrangé par la défunte Madame de Winter, les domestiques voient arriver d'un oeil méfiant la nouvelle Madame de Winter. Celle-ci, encore jeune fille gauche et impressionnable, ne sent guère à l'aise dans cet univers feutré et somptueux. La gouvernante, Madame Danvers, lui paraît particulièrement inamicale… Heureusement qu'il y a Jasper, le chien, qui l'accepte sans rechigner !

L'ambiance est vraiment étrange, lourde et oppressante : des sous-entendus intriguent la jeune héroïne, elle trouve son mari distant, préoccupé et ne sait s'occuper dans ce vaste domaine où elle se sent malvenue. Il faut dire que tous les habitants du comté la comparent à Rebecca, la belle, la parfaite et aimée de tous première Madame de Winter, dont le fantôme erre certainement à Manderley… Alors que le récit commençait comme un conte de fée, il tourne vite au cauchemar.

Les personnages sont un peu caricaturaux mais intéressants… Il faut d'ailleurs rajouter à leur nombre le manoir et les jardins de Manderley, qui jouent un rôle à part entière dans ce roman. Le mystère qui plane dans ce récit et le décor très british m'ont fait songer à Agatha Christie, mais il y a ici une touche romantique en plus, et une Miss Marple en moins (il y a bien une vieille grand-mère mais elle n'a plus toute sa tête, la pauvre).

L'aspect le plus original est que Rebecca imprègne chaque page du roman - et lui donne même son nom - alors qu'elle est morte bien avant le début de l'histoire… J'irai jusqu'à dire qu'elle vole le prénom de l'héroïne, qui ne sera jamais connu du lecteur.

Ce roman, paru en 1938, vaut le détour pour son charmant côté suranné et la tension dramatique qui pèse tout au long des pages…

Film : Alfred Hitchock a tourné un (apparemment très bon) film inspiré de ce roman et portant le même titre, en 1940.

L'avis de Lilly

Wisconsin, Mary Relindes Ellis

4 avril 2008

Halte là, gros coup de coeur !

Wisconsin. Un Etat américain que l'on hésite à situer avant d'avoir consulté une carte (c'est entre le Lac Supérieur et le lac Michigan).

Je ne savais à quoi m'attendre avant de partir pour cette destination, et je peux d'ores et déjà vous dire que je ne regrette pas le voyage !

Dans une ferme isolée, entourée de forêts et collines enchanteresses, vit la famille Lucas. John, le père est un alcoolique violent, qui maltraite sa femme, Claire, et ne s'occupe pas de ses deux fils (ou alors, pour leur chercher des noises). James, l'aîné, a seize ans, et il s'évade en écoutant son idole Elvis Presley (on dit d'ailleurs qu'il lui ressemble). Bill, le cadet, est un rêveur, se soucie beaucoup de sa mère et de son frère, aime la nature et les animaux. Tous deux sont chaleureusement accueillis par les voisins de la ferme la plus proche, les Morriseau, un couple qui n'a pas pu avoir d'enfants et sont ravis de voir les deux garçons chez eux, d'autant qu'ils connaissent leurs soucis.

Un jour, ne supportant plus l'ambiance familiale, James s'engage dans les Marines et il est envoyé au Viêtnam. On est en 1967 et la guerre bat son plein… Bill est inconsolable. Une correspondance terriblement pudique et touchante va s'engager entre les deux frères, jusqu'où jour où James disparaît dans la jungle vietnamienne…

Tour à tour, les différents personnages de cette histoire ont voix au chapitre. Le lecteur accompagne les peurs de chacun, profite des superbes paysages du Midwest, s'attache à ces vies tourmentées dans un cadre magnifique sur quatre décennies.

Je ne connaissais pas Mary Relindes Ellis (elle est novelliste et Wisconsin est son premier roman), mais sa plume m'a enchantéeSon récit est passionnant et m'a fait vibrer jusqu'à la moelle. Sur une trame qui peut sembler banale, elle brode des kilomètres de mots avec un fil de poésie, un de spiritualité, un autre d'âpre réalité, et des centaines de fils de couleurs. J'ai eu la sensation d'être perdue dans une lointaine contrée, de sentir les odeurs des champs et de la ferme… Ma seule tristesse était de voir chaque jour le nombre de pages diminuer et la fin arriver trop vite… Après être entrée dans leurs pensées intimes, les personnages m'ont laissé un goût nostalgique.

Dois-je ajouter que les livres y ont une place noble : compagnons d'infortune et de réconfort ?

Un roman chorale formidable, foisonnant et bouleversant, à lire, forcément.

"Mary Relindes Ellis signe ici un premier roman étonnant, obsédant, lyrique et rédempteur dans la lignée d'un Sherwood Anderson ou d'un Russell Banks. "

Les avis de : Philippe ; La Lectrice

Special thanks : à la maman de Mister T., qui m'avait offert ce roman pour Noël. Un choix parfait !

Premières miniatures, Fédor Dostoïevski

25 mars 2008

J'ai quelques penchants pour la littérature russe, et notamment pour Dostoïevski, dont j'ai lu il y a plusieurs années déjà Crime et Châtiment et L'Idiot

Cet alléchant et court recueil de nouvelles m'étant littéralement tombé dans la main au Salon du Livre cette année, je n'ai pu résister à me replonger dans l'univers sombre et délectable de l'auteur.

Quatre nouvelles, publiées entre 1847 et 1848, composent Premières miniatures.

Un roman en neuf lettres entame avec brio le quatrain. Il s'agit d'une correspondance entre Piotr Ivanovitch et Ivan Pétrovitch, deux "amis" qui ont manifestement quelques comptes à régler… Cette compilation de mauvaise foi, de flatterie et de ruses, le tout enrobé de bonnes manières, est jouissive ! Et rira bien qui rira le dernier.

Polzounkov est le portrait d'un "petit homme risible" qui raconte, devant un auditoire moqueur, une vilaine entourloupe dont il a fait les frais. Joute oratoire, entre conte et réalité, Polzounkov finit par rire de lui-même avec son public.

Le voleur honnête est la nouvelle qui se rapproche le plus des romans que j'ai lu de Dostoïevski. Cette nouvelle raconte la rencontre de deux hommes dont l'un, Astafi Ivanytch, vient en aide à l'autre, Emélian Ilitch, et devient dépendant de cette relation. Un récit opposant des valeurs de justice et d'honnêteté, face à un vol expliqué, à défaut d'être totalement excusé, par la misère et la boisson… Une réflexion intéressante qui sera développée dans Crime et Châtiment vingt ans plus tard.

Un sapin de Noël et un mariage m'a moins plu : un hôte de marque, vilain et faux jeton, fait des calculs sur son futur mariage avec une petite fille dont la dot s'avère très prometteuse… Un court texte sur l'horreur du mariage forcé, à la limite de l'indécence (même si le mariage n'aura pas lieu avant les seize ans de la jeune fille). Heureusement, autres temps, autres moeurs pour beaucoup d'entre nous !

Quant à la plume de ce Maître russe, elle me plaît toujours autant ! C'est un style au goût délicieux de thé russe : classique sans être vieillot, percutant et imprégné d'humour (parfois sous-jacent). J'en redemande (ça tombe bien, il me reste des dizaines de titres à me mettre sous la dent !).

Punition : une heure de colle pour Babel : alors que j'étais en train de lire ce livre, la première partie s'en est subitement décollée ! Je ne sais pas si le stand d'Actes Sud ressortait de vieux stocks (édition de 2000) ou si je n'ai pas eu de chance, mais bon, ce n'est pas très agréable de voir tomber en loques un livre neuf tout juste acheté ! Furious

Ed. Actes Sud - Babel, 110 p.

Le garçon en pyjama rayé, John Boyne

22 mars 2008

Il ne faut jamais dire "jamais", la preuve : je vous présente un livre "jeunesse" ! Et je viens de découvrir en cherchant de l'info sur l'auteur qu'il était irlandais. Si j'avais su, mon livre pour la Saint Patrick eût été tout trouvé ! (mais je râle pour le plaisir, comme d'habitude, car ma première rencontre avec Colum McCann fut très agréable).

Ce livre a reçu de nombreux prix et a été traduit en 17 langues, vous en avez peut-être entendu parler, contrairement à moi. Mais justement, mieux vaut aborder ce livre l'oeil curieux et le doigt alerte, sans savoir de quoi il s'agit exactement.

Je peux juste indiquer qu'il s'agit de l'histoire de Bruno, un petit garçon de neuf ans, qui vit dans une grande maison de la capitale avec sa grande soeur et ses parents. On y croise aussi quelques domestiques et beaucoup de visiteurs qui viennent voir son papa. Un jour, au grand désespoir de Bruno, toute la famille doit déménager pour la campagne…

Le sujet du livre est dur mais abordé de manière à ce que des pré-adolescents puissent le lire sans difficulté et se retrouver dans le jeune héros curieux en mal d'amis. En tant qu'adulte, j'ai deviné assez vite, grâce aux indices linguistiques donné par l'auteur, où il voulait nous mener. Et je me suis dépêchée de me "blinder" psychologiquement, devinant que la fin ne serait pas un "happy end" à l'américaine… Je ne sais pas si le jeune lectorat peut en faire autant, mais ce roman est fait pour eux : le style est clair, les chapitres assez courts, et le récit leur fera découvrir certains faits qu'ils ne doivent pas ignorer. Je recommande seulement que cette lecture soit partagée avec un adulte (professeur ou parent) car des explications sont souhaitables et des émotions devront sans doute être exprimées.

Ed. Gallimard Jeunesse (Folio Junior) : 204 p. A partir de 12 ans.

Special thanks : merci, Emeraude, de m'avoir envoyé ce livre lors du Lotobook n°1 ! Je comprends pourquoi il t'a marquée.

NB : Le garçon en pyjama rayé fait actuellement l'objet d'une adaptation cinématographique américaine : Boy in the Striped Pajamas, par Mark Herman. La date de sortie en salle n'est pas encore connue.

La rivière de l’exil, Colum McCann

17 mars 2008

En l'honneur de la Saint Patrick - bonne fête à tous les Pat ! - j'ai finalement choisi (sur les bons conseils de Christophe, sympathique libraire d' I love my blender) de lire l'auteur irlandais Colum McCann dont je n'avais strictement rien lu jusqu'à ce jour (personne n'est parfait).

La rivière de l'exil est un recueil de douze nouvelles dont le point commun est qu'elles évoquent des personnages d'origine irlandaise qui ont dû ou choisi d'émigrer, souvent aux Etats-Unis.

Il m'est bien difficile de parler des histoires racontées : elles sont percutantes, elles touchent là où ça fait mal mais regorgent d'une telle humanité, d'une telle tendresse, qu'on ne peut qu'être agréablement bouleversé par les mots de Colum McCann. L'écriture est terriblement belle. Je suis sous le charme !

Les relations humaines sont au coeur de chaque histoire : entre soeurs que la vie a séparées, entre amoureux, entre voisins, entre collègues, entre conjoints… et pourtant, toutes sont différentes, surprenantes, chavirantes, parfois tristes, parfois tendues, d'autres fois douces et simples. Et toujours, en filigrane, l'attachement à la mère patrie irlandaise

Les deux nouvelles qui m'ont le plus touchée :

En avant, marchons gaiement : un vieux boxeur irlandais, depuis longtemps retraité, se rend tant bien que mal à la laverie… Un texte magnifique sur l'amour et la solitude.

Extrait :

"S'épongeant de nouveau le front, il s'écarte de la rampe et reprend l'escalier.
Bon Dieu, que la laverie est loin par une chaleur pareille.
Et plus loin chaque jour, bien que tes pas soient lourds, légèrement tu trotteras vers ton amour. Une magnifique chanson, celle-là. Il la chantait il y a des années. L'air était si joli. A cent lieues de ces graffiti, c'est certain. Un peu moins imaginatifs de jour en jour, s'attriste-t-il, même s'il s'arrête devant son aphorisme favori, sur le palier du deuxième étage, où un pauvre hère a laissé une marre d'urine. Femmes du monde, levez-vous du lit de vos oppresseurs… pour faire le petit déjeuner."

Je peux placer un mot ? : un bel hommage à l'amour sororal… Très touchant, avec quelques pointes d'humour de vieille dame.

Extrait :

"En tout cas, en parlant de théière, c'est drôle comme les choses changent. Avant, une théière était une théière. Rien de plus et rien de moins. Juste une théière. Mais j'étais à Dublin la semaine dernière, je gardais le petit Kieran, sa maman et son papa étaient partis à Londres pour un congrès de publicité. Eh bien, je l'ai emmené se promener au bord du canal, tout ce smog et ce néon sur les rives, et puis l'eau est dégoûtante maintenant, elle charrie des gobelets en polystyrène, même deux ou trois préservatifs qui flottent sur l'eau. Sans blaguer ! Qui se servirait de ces trucs, de toute façon, Moira ? Comme dit Sean, ça doit revenir au même que de se laver les pieds en gardant ses chaussettes ! Mais, comme je disais, on jetait du pain aux canards, et tout d'un coup le petit Kieran me dit, il dit : "Regarde ces théières là-bas, Granny." Et il me montre deux garçons collés ensemble comme deux tranches de pain, sous le pont de Leeson Street, qui s'embrassaient en plein jour. Des théières. Je te demande un peu. Apparemment, cela aurait à voir avec la façon dont le bec s'incurve."

Spéciale dédicace au Club des Théières dont je suis ! (NB : lorsque j'ai suggéré le nom de notre club de lecture parisien, je n'avais aucune idée de ce sens là de théières !!!) Laughing

En conclusion : précipitez-vous sur La rivière de l'exil si vous aimez les nouvelles, et moi je m'en vais cueillir d'autres feuilles de Colum McCann… un auteur irlandais à découvrir absolument !
 

La Confusion des sentiments, Stephan Zweig

8 mars 2008

Après Le Joueur d'échecs, responsable de mon coup de foudre pour cet écrivain autrichien, j'ai choisi de retrouver Stephan Zweig dans La Confusion des sentiments.

Je me suis embarquée dans cette lecture sans savoir de quoi il s'agissait, vierge de tout a priori, si l'on peut dire, et déjà les yeux assoiffés de l'écriture si passionnante de Zweig (arrêtez-moi dès que j'en fais trop).

Les premières pages m'ont paru quelque peu rebutantes : un vieux professeur (Roland) se fait offrir par ses élèves un livre réalisé spécialement en son honneur (pour ses 60 ans), reprenant toutes ses oeuvres, articles et discours. C'est l'occasion pour le vieil homme de se remémorer la période de sa jeunesse au cours de laquelle il a découvert sa vocation. Un homme l'a aidé en cela : l'un de ses propres Professeurs d'Université, à la personnalité aussi changeante que troublante

C'est alors Roland jeune que l'on suit dans sa découverte de la vie étudiante, les joies du libertinage et de la paresse, puis la rencontre choc avec ce Professeur captivant, qui le fera plonger dans les études avec le même appétit que pour dévorer un moelleux au chocolat. Et puis, un jour qu'il profite des joies de la baignade, Roland rencontre la jeune et jolie épouse du Professeur… S'ensuit un noeud de sentiments complexes, allant de l'admiration à la souffrance, dont il sera difficile de démêler le fil…

Je ne souhaite pas en dire trop pour ne pas dévoiler l'effet de surprise qui peut demeurer pour certains (pour ma part, je n'ai compris certaines choses que quelques pages avant qu'elles ne soient révélées). Mais quel livre !!! Encore une fois, je suis sous le charme du style de Zweig, de la qualité de sa prose, des détails de son récit, de la psychologie moderne (pour l'époque) de ses personnages, de la tension qu'il insuffle subrepticement à l'intrigue…

Si ce n'est pas déjà fait… IL FAUT LIRE CET EXCELLENT CLASSIQUE !

Arguments marketing : le livre ne fait que 127 pages (donc léger !) et coûte moins de 3,50 € neuf en poche…

Raison et sentiments, Jane Austen

28 février 2008

Quatrième de couverture :

Injustement privées de leur héritage, Elinor et Marianne Dashwood sont contraintes de quitter le Sussex pour le Devonshire, où elles sont rapidement acceptées par la bourgeoisie locale étriquée et à l'hypocrisie feutrée.

L'aînée, Elinor, a dû renoncer à un amour qui semblait partagé, tandis que Marianne s'éprend bien vite du séduisant Willoughby. Si Elinor, qui représente la raison, dissimule ses peines de coeur, sa cadette étale son bonheur au grand jour, incapable de masquer ses sentiments. Jusqu'au jour où Willoughby disparaît…

Publié en 1811, Raison et sentiments est considéré comme le premier grand roman anglais du XIXe siècle. L'avant-propos d'Hélène Seyrès permet de replacer dans son contexte ce classique de la littérature, dont l'auteur a influencé nombre d'écrivains majeurs, tels Henry James, Virginia Woolf.

Ah ! Voilà un bon classique anglais à l'eau de rose… diluée au vitriol, bien sûr (il s'agit tout de même de Jane Austen !). Après Lady Susan et Orgueil et préjugés, je n'ai pas été déçue lors de cette nouvelle rencontre avec la Dame anglaise. Ici encore, l'univers est très féminin. Madame Dashwood et ses trois filles s'entendent à merveille et prennent soin les unes des autres… ce qui va s'avérer utile lorsque des amours naissantes ne s'épanouiront pas comme prévu. Il faut dire qu'à l'époque, une parole d'adolescent valait contrat de mariage : gare aux erreurs d'aiguillage !

A côté d'Elinor, la soeur aînée sage et qui maîtrise ses sentiments, Marianne, la cadette fait figure d'exaltée et son coeur a tendance à s'emballer un peu vite au moindre compliment de la gente masculine, surtout lorsqu'il s'agit du beau Willoughby. Mais toutes les deux vont souffrir au cours de ce roman, seules leurs réactions seront différentes face à leurs déboires amoureux.

La galerie des personnages est très variée : des joyeux voisins aux tristes sires, des intrigantes aux coureurs de dots, on ne s'ennuie pas une seule seconde dans la campagne anglaise ! (Bon, d'accord, une partie du roman se passe à Londres… Mais avez-vous déjà passé trois mois d'hiver dans le Devonshire, vous ?!).

Sur la forme, rien à redire, donc : le ton austenien oscille entre attendrissement et moquerie, le lecteur se promène entre de pertinentes descriptions et de savoureux dialogues à la psychologie fouillée, et le tout constitue un agréable chemin de lecture.

Sur le fond, il faut reconnaître que les moeurs ont bien changé ! Et tant mieux… Il semble aujourd'hui inimaginable qu'un jeune homme renonce à déclarer sa flamme à sa bien-aimée au regard d'une promesse qu'il a faite à une autre à l'adolescence, ou qu'une jeune fille pense qu'on n'aime qu'une seule fois dans sa vie ! Mais c'est tout ce qui fait le charme désuet de Raison et sentiments, et il est fort agréable de s'y plonger !

Special thanks : à Stéphanie, pour m'avoir prêté ce roman.

Virginia, Jens Christian Grondahl

20 février 2008

Quatrième de couverture (extrait) :

"Nous sommes en 1943, et les bruits de la guerre n'épargnent pas même cette grande demeure bourgeoise construite au bord de la mer du Nord. Ses propriétaires, un couple sans enfants, accueillent leur jeune neveu de quatorze ans, mais aussi la fille adolescente de la couturière de Madame, pour la mettre à l'abri des bombardements qui menacent Copenhague. Lorsqu'un avion s'écrase non loin de là dans les dunes, un drame silencieux va se nouer entre les deux adolescents et un pilote britannique…"

Ce récit a pour originalité de se dérouler au Danemark, durant la Seconde Guerre Mondiale. Sur un ton épuré sont dépeintes quelques heures d'un été qui va changer la vie d'une femme, Virginia. Hélas, je n'ai pas été touchée par ce récit, sans que je sache si je dois attribuer ce triste constat au style de l'auteur - trop impersonnel à mon gôut - ou à un mauvais "timing" de lecture…

En réalité, je n'ai fait qu'observer de loin les personnages, la jeune fille discrète, le jeune homme timide, le lien si ténu entre eux, et l'histoire ne m'a pas captivée…

Mais comme le dit la célèbre Papillon : "Chez Grondahl tout est dans l'atmosphère.. Soit on aime, soit on n'aime pas…"  

Je reconnais en revanche que c'est bien écrit, c'est juste un peu trop froid à mon goût… Normal, me direz-vous, puisqu'il s'agit de littérature scandinave ! Brrr, merci en tout cas à Finette de m'avoir permis de découvrir cet auteur danois à l'occasion du swap scandinavie de l'automne dernier !

Les avis : enthousiaste de Clarabel ; mitigés d'Anne et de Flo

 

Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie, Yôko Ogawa

15 février 2008

Actes Sud a eu la bonne idée de sortir un poche ce recueil de deux textes, parus à l'origine séparément au Japon en 1990 et 1991, et traduits en 1998 en français.

Difficile de résumer Le Réfectoire un soir et une piscine sous la pluie, car il s'agit d'un récit d'une courte tranche de vie, de quelques tableaux esquissés sous la forme d'une recontre. D'un côté, une future mariée et son chien Juju. Elle aime observer la pluie. De l'autre côté, un homme et son très jeune fils. Il aime observer le réfectoire où s'agitent les dames de la cantine. Lorsque ces personnages se croisent, de quoi peuvent-ils bien parler ? D'une piscine sous la pluie, peut-être…

Un autre texte suit ce récit : Un thé qui ne refroidit pas. Une jeune femme se rend aux funérailles d'un ancien camarade de classe. Elle y rencontre K, un autre de ses anciens camarades. Ce dernier l'invite chez lui et lui présente son épouse, qui n'est autre que l'ancienne bibliothécaire du collège. De façon étrange, l'héroïne va se sentir heureuse dans ce foyer, si différent du sien… Un foyer où le thé ne refroidit pas.

J'ai énormément aimé ce recueil, empreint de la douceur, de la nostalgie et de la poésie qui caractérisent si souvent la littérature japonaise, et notamment les récits de Yôko Ogawa (cf. aussi La petite pièce hexagonale). Je n'ai pas envie d'en extirper l'essence ni les sens et préfère laisser agir l'effet de cette écriture sublime sur mes émotions.

Je vous recommande chaudement ce livre : à lire, pourquoi pas, un jour de pluie…

L'avis de : Lune de Pluie et la très belle critique de Lou.

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