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Les derniers flamants de Bombay, Siddharth Dhanvant Shanghvi

25 août 2010

derniers flamants de Bombay Ce roman est un drame qui se déroule en trois actes, sur un fond de toile indienne, vers le milieu des années 80.

Premier Acte

Karan, jeune photographe talentueux, a quitté sa province natale pour rejoindre Bombay, ville qui l’attire comme un aimant et qu’il veut photographier sous toutes ses facettes. Il rencontre par hasard une femme au charme un peu mystérieux, Rhea, qui va le guider à travers les vieux quartiers (notamment pour dénicher un fornicateur de Bombay, espèce en voix de disparition…). Karan travaille pour le magazine India Chronicle, et croule sous les commandes. Son chef lui demande d’aller photographier Samar Arora, pianiste précoce au succès international, qui a mis fin à sa carrière voilà trois ans, à l’âge de vingt-cinq ans. Dans la belle demeure de Samar, Karan va faire la connaissance de Zaira, star à la mode du cinéma bollywoodien, et de Leo, auteur et critique américain et amant de Samar. Une alchimie va se créer entre ces personnages, malgré leurs différences, et ils vont se revoir à de nombreuses reprises, s’aimer, rire et s’amuser, jusqu’à cette terrible soirée dans un bar où un fils d’homme politique véreux commet un assassinat.

Deuxième Acte

La mort d’une personne célèbre crée toujours un émoi parmi la population, mais cette réaction est décuplée lorsqu’il s’agit d’une mort violente, comme c’est le cas ici. Et dans une Inde où la corruption est monnaie courante (si j’ose dire), la condamnation d’un meurtrier qui a tué une personne sous les yeux de plusieurs témoins n’est pas évidente, surtout lorsque le coupable a “des relations”. Le procès très médiatisé restera sans suite, et cette injustice va détruire les protagonistes de ce roman, chacun provoquant son autodestruction d’une manière ou d’une autre. Karan abandonne la photographie.

Troisième Acte

Nouveau drame. Cette fois, Karan part pour Londres, où il devient professeur. Il rencontre une gentille fille, mais après quelques années, il ressent l’appel de Bombay, son ancienne maîtresse. On retrouve les survivants de cette histoire. Ils ont vieillis, certains sont malades, et tous ont perdu la foi artistique qui les habitait. Que reste-t-il, alors ? Même les flamants roses ont disparu. Enfin, presque disparu. Et cela fait toute la différence.

Rideau

J’ai apprécié ce premier roman parce que l’auteur a su recréé une ambiance, celle d’une Inde fourmillant de gens, d’activité, de scandales, de cancans, d’odeurs de curry et autres saveurs, d’objets insolites, de lieux magnifiques, de pauvreté et de stars… Bref, un monde coloré et hétéroclite très dépaysant. Par ailleurs, l’auteur a mis en place une galerie de personnages dont il a su extraire la moelle : de leurs pensées et de leurs sentiments, rien ne nous échappe, en grande partie grâce à la fréquence des dialogues.

Ainsi : « Quand le soleil se retirait de l’horizon, laissant la place à la nuit qui se renforçait, la douleur du monde l’envahissait hardiment, prenait d’assaut sa blessure, chassait sa solitude. Cette blessure scintillait dans ses yeux, l’animait pendant un bref instant. » (p. 389)

L’amour et l’art sont les deux sujets principaux du roman, mais la mentalité de l’époque et les mœurs de la société sont également bien retranscrits par la plume précise et limpide de Siddharth Dhanvant Shanghvi (ouh là, et s’il prenait un pseudo ?! ;-) ).

Et pour clôturer le tout, l’humour fait d’inattendues et succulentes apparitions :

« Lorsqu’il était nerveux, le ministre Chander Prasad avait l’habitude de se gratter si sauvagement les bourses que ses morpions en avaient des orgasmes à répétition » (p. 240)

« Le ministre Prasad était peut-être une vieille mauviette velue, mais, s’il était allé loin dans la vie, ce n’était pas pour rien. » (p. 259)

A propos de la littérature indienne (p. 381) : « Leo déplorait que la prose fût à la fois tapageuse et empruntée. « C’est du style atelier d’écriture en surrégime. » Zaira déclara que l’auteur ne faisait qu’exploiter un filon, que cette femme avait réappris l’alphabet dans un cours intensif chez Exotica 101 : A pour « mariage arrangé », B pour « femme battue », C pour « colonisation ». S’excitant tout à coup, Samar fit une grande déclaration à l’emporte-pièce : les romans indiens ne valaient rien. « On les dirait sortis de la quasi-foufoune d’une drag queen autobaptisée Lady Epique. » « 

 

 

Ed. des Deux Terres, août 2010, 469 p.

 

Le naufrage de la Vesle Mari

14 juillet 2010

naufrage vesle mari Un moyen de se rafraîchir lors de chaleurs caniculaires est de lire des récits qui se déroulent au Groenland.

Pour ceux qui les connaissent déjà pour avoir lu d’autres racontars*, vous retrouverez dans Le naufrage de la Vesle Mari Bjorken, Lasselille, Museau, Doc et Mortensen, le capitaine Olsen, le Lieutenant Hansen et Valfred… Pour les autres, vous découvrirez des personnages hauts en couleur, bruts de décoffrage, buveurs et bagarreurs, parfois un peu sauvages, d’autres fois attendrissants, si l’on fouille un peu derrière les poils drus et gelés de leur barbe !

J’avoue que j’avais moyennement accroché aux premiers racontars que j’avais découverts à travers La vierge froide, il y a quatre ans. Depuis, j’ai soit pris goût au froid, soit à l’univers particulier de Jorn Riel, danois tombé amoureux fou du Groenland, qui y a vécu plus d’une vingtaine d’années (essaimant un nombre incalculable, y compris par lui-même, de petits-enfants).

Ces récits entremêlés, qui croisent les personnages au gré des vagues et des vents, des naufrages et des mariages, m’ont davantage plu, il faut dire que je savais à peu près à quoi m’attendre, cette fois ! Alors, prêts à vous rafraîchir les idées, vous aussi ?

* les racontars sont pour Jorn Riel de courtes histoires, autrement dit des nouvelles nordiques !

Ed. Gaïa (que je remercie de m’avoir permis de rencontrer l’auteur en juin dernier), oct. 2009, 251 p.

Quand viennent les cyclones, Anita Nair

13 mai 2010

Quand viennent les cyclones Héra, déesse de la mythologie grecque, est la sœur jumelle de Zeus. Celui-ci chasse leur père et a recours à la ruse pour tromper la vigilance de sa sœur, la viole et Héra, humiliée, se résout à l’épouser.

Mîra, indienne de Bangalore, est une épouse comblée. A quarante et quelques années, elle est une maîtresse de maison accomplie, a élevé deux enfants avec son époux Giri, cadre supérieur d’une multinationale. Ils vivent tous dans une maison mauve, au charme ancien, avec la mère de Mîra, Saro, et sa grand-mère, Lily, une ancienne actrice. Mîra se compare souvent à Héra : la reine des déesses, qui affronte avec courage les épreuves que le Destin lui réserve.

Mîra vient de publier un livre de cuisine à la sauce Nadine de Rothschild : Comment recevoir ses invités, qui s’avère être un véritable succès commercial. C’est donc une femme épanouie, qui ne s’attend pas au cyclone qui s’abat un dimanche sur sa vie : son mari disparaît brusquement sans aucune explication. Et lorsqu’il se manifeste enfin, c’est pour lui annoncer qu’il la quitte définitivement parce qu’il ne s’est jamais senti libre auprès d’elle.

Du jour au lendemain, Mîra doit trouver le moyen de subvenir aux besoins de sa famille. de toute urgence. Elle rencontre par hasard un professeur, JAK (ou J.A. Krishnamurty), qui a longtemps vécu aux Etats-Unis mais est revenu dans la région d’Inde où il a grandi pour y recueillir sa fille aînée : cette dernière est dans le coma à la suite d’une agression dont JAK veut découvrir les tenants et aboutissants. JAK doit écrire un article dans son domaine d’expertise – les cyclones – et Mîra se retrouve à travailler à ses côtés en tant qu’assistante. Et puis, elle apprend à le connaître et s’aperçoit que c’est un homme fragile, intelligent, attentionné… en un mot, tout le contraire de Giri, son ex-mari.

Comme dans Compartiments pour dames, Anita Nair, dans un langage soutenu et très imagé - et même épicé – analyse avec finesse la psychologie féminine avec pour trame de fond parallèle l’enquête de JAK sur l’accident de sa fille. Au travers du regard de trois générations d’indiennes, on apprend une multitude de détails sur la condition de ces femmes aujourd’hui, tiraillées entre tradition et modernité. Elles assument des tâches familiales et domestiques, mais sont aussi sujettes aux mêmes préoccupations que les occidentales : comment repousser les effets de l’âge, continuer à séduire, devenir indépendante financièrement… Anita Nair aborde également un sujet douloureux et d’actualité : les avortements douteux auxquels recourent les femmes indiennes (souvent sous la pression de leurs maris ou familles) lorsqu’elles apprennent (de façon illégale) qu’elles sont enceintes d’une fille. Toute cette réflexion d’une auteure pleine d’empathie pour ses personnages mijote dans un plat aux mille saveurs plus alléchantes les unes que les autres et qui transportent le lecteur dans une bulle d’exotisme.

Ed. Albin Michel, mai 2010, 400 p.

Juliet, Naked, Nick Hornby

7 mai 2010

juliet naked Dans une petite ville côtière au nord de l’Angleterre, du nom de Gooleness (ne dirait-on pas un nom de bière ?), Annie se morfond. Cela fait quinze ans qu’elle est en ménage avec Duncan, un type plutôt banal qui ne se différencie des autres que par sa folle passion pour un chanteur américain des années 80, Tucker Crowe. Sa passion est telle que non seulement il possède tous ses enregistrements, mais en plus il occupe ses vacances à voyager sur les traces de son idole disparue. En effet, cela fait plus de vingt ans que Tucker Crowe a brusquement disparu de la scène musicale et ses fans vieillissants n’ont de cesse d’élaborer, via des forums et blogs, des théories abracadabrantes sur ce qu’est devenu le chanteur, où il se cache, et pourquoi il a arrêté la musique.

Annie, qui travaille dans le petit musée de la ville, a d’autres préoccupations : elle doit monter une exposition sur l’année 1964 et elle est tiraillée par un désir d’enfant qu’elle sait peu probable de se réaliser un jour. Et puis, un matin, elle ouvre le courrier de Duncan (parce que lui le néglige) : incroyable mais vrai, une enveloppe contient une version inédite d’un album de Tucker Crowe : Juliet, Naked. C’est le début d’une dispute irréversible avec Duncan (jaloux qu’Annie ait écouté l’album avant lui) qui conduira Annie a entrer secrètement en contact avec le véritable Tucker Crowe.

J’ai sincèrement beaucoup aimé ce récit riche en idées originales (voire loufoques) et plein d’un humour pince-sans-rire qui caractérise si bien nos amis d’outre-manche. Les personnages sont ciselés à la perfection : un fanatique presque asocial aveuglé par son unique passion, une quadragénaire perdue qui se demande si elle n’a pas gâché sa jeunesse, un ex-chanteur paresseux qui accumule les ex et les enfants… L’analyse de Nick Hornby est parfaitement pertinente, tant en ce qui concerne la “fan attitude” et tous les excès qu’elle comporte que les relations de solidarité que l’on peut nouer à travers le magique outil qu’est Internet. Tous ces ingrédients font de ce roman un excellent divertissement, plein d’émotions, d’un brin de suspense et de nombreux sourires.

Un extrait m’a particulièrement plu : Annie va rendre visite à une personne hospitalisée qu’elle ne connaît quasiment pas mais qu’elle apprécie et doit lui choisir des livres… un vrai casse-tête :

”… elle avait été incapable de fermer l’œil parce qu’elle dressait mentalement une liste de lectures. A deux heures du matin, elle avait décidé que dix livres suffiraient à couvrir les besoins de l’un et l’enthousiasme de l’autre, mais au réveil elle vit bien que débarquer avec une pile branlante de livres de poche fournirait à [X] toutes les preuves nécessaires pour se convaincre qu’elle était déséquilibrée et obsédée. Deux suffiraient largement, trois à  la rigueur, si vraiment elle n’arrivait pas à se décider. Elle finit par en acheter quatre, avec l’intention d’en éliminer deux sur le chemin de l’hôpital. Elle ignorait entièrement s’ils lui plairaient, et ce surtout parce qu’elle ne savait rien de lui, rien d’autre que sa passion pour Dickens.” (p.216-217)

A consommer sans modération.

L’avis tout aussi enthousiaste de : Fashion

Ed. 10/18, 294 p., mai 2010.

 

Le bouquiniste Mendel, Stefan Zweig

30 avril 2010

Logo Stefan Zweig Oups, j’ai failli oublier mon challenge Zweig mensuel organisé par Caro[line] et Karine ! Mais le dernier jour du mois est tout aussi bon qu’un autre, alors voici la nouvelle (est-il besoin de préciser que je l’ai choisie courte ?) dont je vais vous parler : Le bouquiniste Mendel.

Par un procédé que les fans de Zweig vont qualifier en chœur – avant même que j’ai le temps de l’écrire – d’enchâssé, l’auteur met en scène un petit café viennois (le lieu, pas la boisson, petits gourmands !) au sein duquel s’est réfugié pendant près de trente ans un étrange personnage. Le narrateur, étudiant à l’époque, s’en souvient brusquement : “Il trônait là, immuable, ses yeux cerclés de lunettes fixés hypnotiquement sur un livre. Tout en lisant, il grommelait et balançait de temps en temps son buste et son crâne chauve graisseux et mal rasé, habitude qu’il avait prise au cheder, l’école des petits enfants juifs, dans l’Est.” Son nom était Jakob Mendel, il était russe et arrivé clandestinement en Autriche bien des années plus tôt. Il ne vivait que pour les livres, qu’il achetait et vendait, mais surtout examinait et lisait avec le plus grand soin. Sa mémoire était prodigieuse : il connaissait les livres rares, leur lieu et date d’édition, leur prix… Du matin au soir, il restait dans l’arrière-salle du café, indifférent aux conversations des clients et aux allées et venues. Plongé dans son univers littéraire, il était heureux. C’est pourquoi il n’a pas compris pourquoi, un jour de 1915, la police Secrète vient l’arrêter…

C’est bien plus que l’histoire d’un pauvre ère que nous conte ici Stefan Zweig : c’est d’abord son amour immodéré des livres qu’il met en avant à travers ce personnage insolite. Et puis, ce café Gluck dans lequel le bouquiniste se réfugie est l’archétype du café que les Autrichiens affectionnent particulièrement : propre et confortable, avec des banquettes en velours, une caisse en aluminium et des “petites gens qui faisaient une plus grande consommation de journaux que de pâtisseries”. Comme Le Joueur d’Echecs, le personnage principal a une passion et ne vit que pour elle et à travers elle, quitte à ce que sa vie en soit ruinée.

Evidemment, l’écriture riche, ciselée et imagée de Zweig m’embarque toujours aussi facilement dans son récit ; qui plus est, le sujet des livres traité dans cette nouvelle est très attirant. Cependant, ce n’est pas le récit que je conseillerais en priorité à un lecteur qui veut découvrir l’auteur, peut-être parce que le récit est un peu court pour bien apprécier son génie, aussi parce qu’elle est empreinte de tristesse.

Nouvelle extraite de l’édition Le livre de poche, coll. La Pochothèque, 2001.

Sex & Love Addicts, Lucìa Etxebarria

17 avril 2010

Sex Love Addicts Pumuky est le chanteur d’un groupe “indi” très populaire en Espagne. Il chante d’ailleurs mal, mais il est beau gosse, et surtout très charismatique sur scène. Avec ses deux acolytes Mario et Romano, ils font des tournées à Madrid, à Barcelone et à travers tout le pays.

Et puis, alors qu’il est au sommet de sa gloire, âgé de vingt-sept ans à peine (comme Jimi Hendrix ou Kurt Cobain avant lui), il est retrouvé mort. Autour de lui, c’est le choc : s’est-il suicidé (il était dépressif depuis la mort de sa mère et adepte de toutes sortes de drogues) ? Est-il victime d’un assassinat à la suite de ses problèmes avec des dealers colombiens ?

Neuf personnes de l’entourage de Pumuky vont tour à tour répondre à l’interview d’un journaliste qui veut en savoir plus de la vie intime de l’ex-star de la jeunesse espagnole. Chaque interview dure un chapitre et est immédiatement suivi d’un chapitre dans lequel le lecteur découvre une tranche de vie (la rencontre, le plus souvent) de l’interviewé(e) avec Pumuky. Il y a bien sûr Romano, le bassiste du groupe et meilleur ami de Pumuky, mais aussi beaucoup de femmes : des maîtresses, des mères ou voisines, tous nous font partager avec tendresse, jalousie ou amour leur vision de ce jeune homme instable rongé par ses démons intérieurs.

Je n’avais rien lu de Lucìa Etxebarria depuis son recueil de nouvelles Aime-moi, por favor ! et j’ai lu – dans un tout autre genre, presque comme un magazine people en mieux écrit et plus intéressant ! – ce roman aux phrases bavardes regorgeant de virgules, très rock n’ roll et politiquement incorrect. Un renouement réussi avec cet auteur, ma foi !

Ed. Héloïse d’Ormesson, mars 2010, 333 p.

 

Les confessions de Victoria Plum, Anne Fine

10 avril 2010

Les confessions de Victoria Plum Extirpé par hasard de ma PAL par un Mister T. bricoleur, ce roman a été aussi vite englouti que les œufs de Pâques… Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, si l’on excepte l’indice donné dans le titre… Indice trompeur, si comme moi, vous ne saviez pas jusqu’ici que Victoria Plum est une marque de linge de maison (une sorte de Geneviève Lethu britannique, en somme).

En fait, le narrateur est Oliver Rosen, philosophe de métier, et ex-mari de Constance, la femme avec laquelle il a vécu seize ans en Angleterre et qui a élevé leurs deux filles. Celle-ci l’a quitté pour leur jardinier (une autre “femme au foyer désespérée” !) et depuis, Oliver est parti enseigner aux Etats-Unis.

Il revient pour les vacances d’été dans son ancien foyer (un nouveau mari occupant ses pantoufles), et alors qu’il écrit son autobiographie intellectuelle du fin fond de la lingerie (seule pièce où il peut avoir la paix), il ne peut s’empêcher de résumer en quelques phrases insensibles sa vie maritale. Comme Constance le connaît bien et qu’en bonne mère de famille, elle change régulièrement les draps, elle tombe sur le manuscrit de son mari planqué dans des taies d’oreiller (Victoria Plum, donc, si vous m’avez suivie), et, femme de caractère, s’autorise à rectifier “sa” vérité des moments partagés avec son taciturne et distrait philosophe d’ex-mari.

Ce roman croque avec une justesse étonnante la vie de couple et les aspirations de chaque personne qui le compose, tout cela avec un humour british jubilatoire. Les situations ne sont pas systématiquement drôles, il y a forcément des tensions et des coups bas, mais la façon de les raconter est particulièrement savoureuse ! Et avec un narrateur philosophe, le propos est inévitablement intelligent (même s’il n’est pas objectif), et mes méninges ont été mises à l’épreuve, lorsque j’essayais de suivre certains raisonnements (avec succès, ma foi… même si la question des anges dont l’un dit toujours la vérité et l’autre ment systématiquement a failli me refaire friser les cheveux – ce qui m’aurait arrangée, quelque part, ma permanente n’en ayant que le nom).

Un fort agréable moment de lecture, en somme !

Special thanks : à Bladelor, qui m’avait envoyé ce livre quand j’ai gagné le Lotobook de 2007 ! (tu vois, miss, il ne faut pas désespérer, même avec une vieille PALourde ! ;-)

Ed. Seuil (Points), avril 1995, 272 p.

Quand souffle le vent du nord, Daniel Glattauer

3 avril 2010

Quand souffle le vent du nord L’idée d’un livre constitué d’un échange d’emails n’est pas nouvelle. Cependant, j’ai été agréablement surprise par ce roman e-pistolaire écrit par un auteur viennois (jusqu’ici inconnu en France… il faut dire qu’il n’avait jamais été traduit en français avant cette année).

Emma veut résilier son abonnement à un magazine féminin régional : elle se trompe d’adresse email et l’envoie par erreur à un certain Leo Leike. Elle s’agace naturellement de ne pas recevoir de réponse et de continuer à recevoir le magazine incriminé. Finalement, Leo Leike répond et c’est le début d’un échange virtuel qui va s’étaler sur plus d’un an.

Paradoxalement, Emma (qui signe de son diminutif Emmi lorsqu’elle correspond avec Leo), est heureuse en ménage : elle vit avec Bernhard depuis près de dix ans et élève avec bonheur deux grands enfants de son mari, et pourtant, elle ressent un besoin toujours plus pressant de recevoir des emails de cet inconnu qui, au fil du temps, devient de plus en plus intime sans qu’ils ne se soient jamais rencontrés… De son côté, Leo, qui est assistant en psychologie du langage à l’université et vient de se séparer pour la énième fois de son ex, est attiré par cette femme dynamique, voire nerveuse, piquante, qui boit du whiskey et semble si parfaitement équilibrée dans sa vie.

En discutant de tout et de rien, en analysant leurs mots respectifs, en s’envoyant des piques ou des traits d’humour, ces deux individus qui n’auraient probablement jamais eu l’occasion de se rencontrer en chair et en os vont éprouver des sentiments l’un pour l’autre.

L’auteur a eu l’intelligence de ne pas polluer les échanges par des dates et heures, on a simplement l’objet de l’email et “trois jours plus tard” ou “30 secondes plus tard”… ce qui ne perturbe pas la fluidité de la lecture. Les messages sont écrits avec une psychologie parfaitement crédible de part et d’autre et l’humour et les personnalités d’Emmi et Leo sont très bien rendues par le seul biais des emails. On voit aussi combien il est difficile de se passer de messagerie électronique désormais : la plupart des gens sont complètement accros !

J’ai donc beaucoup apprécié ce roman et son virage final, qui n’était pas facile à négocier, mais l’auteur s’en est très bien sorti !

Les avis de : Cuné, Fashion, Celsmoon, Emeraude, Cathulu


Daniel Glattauer – Quand souffle le vent du nord (Trailer)
envoyé par hachette-livre. – Films courts et animations.

Ed. Grasset, traduit en 2010, 348 p.

La peur, Stefan Zweig

22 mars 2010

Stefan Zweig romans et nouvelles Irène est une bourgeoise trentenaire qui semble comblée. Elle vit dans une jolie maison viennoise avec son mari, ses deux enfants, et des domestiques et employés qui s’occupent de tout ce dont vous et moi rêvons de faire disparaître de nos activités du week-end…

Il y a quelques temps, elle a rencontré un pianiste qui est devenu, elle ne sait trop comment, son amant. Cette aventure brise la routine de ses sorties mondaines, tout en lui pesant sur la conscience : elle craint que cela ne se sache… Un jour, alors qu’elle sort, le cœur battant, de l’immeuble de son amant, Irène est abordée par une horrible mégère qui l’accuse de lui voler son bien-aimé. Prise de court et affolée, Irène lui met un billet entre les mains et s’enfuit.

Tremblante de peur, Irène rentre chez elle et peine à faire bonne figure devant la maisonnée. Sa peur ne fait qu’augmenter, quand quelques jours plus tard, la vilaine femme la retrouve et lui extorque de l’argent : l’idée du chantage a fait son chemin.

Irène, acculée, s’angoisse et son esprit ne cesse d’être torturé par la culpabilité. Cependant, elle n’arrive pas à se décider à avouer sa faute à son mari, qui se montre pourtant soucieux de sa nervosité et lui tend des perches pour qu’elle lui confie ce qui la ronge.

J’ai trouvé cette nouvelle très réussie, surtout du fait de la tension dramatique qui s’instaure dès les premières pages. L’inquiétude du lecteur augmente avec celle de l’héroïne, qui, incapable autant d’avouer son aventure que de repousser le maître-chanteur en jupons, ressemble à une biche aveuglée par les phares d’une voiture au milieu de la route. Le rythme et la psychologie féminine sont extrêmement bien vus par l’auteur qui joue avec le lecteur jusqu’au dénouement inattendu.

Logo Stefan Zweig

Ah, ce Stefan, quel talent !

NB : incroyable mais vrai : cette nouvelle ne contient pas de récit enchâssé !

Lu dans le cadre du Challenge Ich liebe Zweig lancé par Caro[line] et Karine.

 

La vie qui m’entoure par Ellen Foster, Kaye Gibbons

8 mars 2010

La vie qui m entoure ellen foster Bon. La situation est grave, mais pas désespérée. Je n’ai pas trouvé le temps ou le courage d’écrire ici depuis une douzaine de jours… il s’ensuit donc une PAP (Pile à Rédiger) de cinq livres qui me lancent des regards courroucés : eh dis, moi aussi je mérite qu’on parle de moi !

Soit. Je vais donc m’atteler (avec plaisir, tout de même, bien sûr !) à la tâche, mais j’annonce la couleur : les prochains billets seront condensés (de toutes façons, ma mémoire ne restituera que ce qu’elle a conservé… ha ha, je sens qu’on va rire…).

Si vous connaissez Ellen Foster, jeune héroïne vivant dans une province du sud des Etats-Unis, vous pouvez lire la suite. Sinon, mieux que vous commenciez par découvrir cette jeune personne par ici.

Après avoir subi bien des misères dans ses jeunes années, Ellen Foster est accueillie dans le foyer de Laura, qui a déjà deux jeunes filles à la maison. Le roman raconte le quotidien d’Ellen, alors dans sa seizième année. Son objectif est d’entrer à Harvard (elle est surdouée, et malgré son effroyable enfance, elle a réussi à avoir une scolarité remarquable) : la lettre qu’elle écrit au directeur de cette prestigieuse université en guise de chapitre introductif est délectable !

Cependant, je me suis un peu ennuyée dans la suite de l’histoire. Il ne se passe pas grand-chose, à part une intrigue lié à l’héritage spolié d’Ellen, le tout prend plutôt l’air d’un long fleuve tranquille, surtout si l’on compare ce récit au premier roman, bien plus fort en émotions et tragédies, que j’avais énormément apprécié. J’ai eu le plaisir de retrouver certains personnages, comme Stuart et Starletta, les amis d’Ellen, et celle-ci est toujours aussi attachante, brillante et pleine d’auto-dérision. Le ton de la narration, très particulier à cette héroïne, est l’élément qui m’a poussée à poursuivre ma lecture jusqu’au bout, mais la lecture de cette suite est loin d’être indispensable !

Ed. Christian Bourgeois, sept. 2006, 202 p.

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