A presque 50 ans, Louise Wimmer vit dans sa voiture, le seul bien de valeur qui lui reste après son divorce. Elle doit de l’argent à un huissier, son dossier de demande d’appartement stagne depuis des mois chez l’assistante sociale, elle a un boulot à temps partiel de femme de chambre et fait des ménages.
Autant dire que le système D, elle connaît. Pomper du carburant dans les réservoirs des camions sur les aires d’autoroutes, finir les plateaux repas des clients des fast foods, se doucher dans les stations essence… Louise est impressionnante d’inventivité, de courage et de volonté de paraître "comme les autres", surtout aux yeux de sa fille, qui ne lui accorde que de brèves entrevues. Si elle paraît hautaine, c’est qu’elle conserve une certaine fierté qui l’empêche d’accepter certaines mains tendues.
La comédienne Corinne Masiero incarne Louise avec une justesse admirable, elle transporte le film d’un bout à l’autre. Un film qui donne à réfléchir sur la question – ô combien d’actualité – du droit au logement (salubre, oserai-je ajouter).
Louise Wimmer, de Cyril Mennegun, en salles depuis le 4 janvier 2012. Durée : 1h20
Nous avons été nombreux à lire le roman éponyme de Kathryn Stockett l’an dernier : plus de 360 000 exemplaires vendus en France, un vrai succès de librairie… Mérité, qui plus est. Aujourd’hui sort l’adaptation cinématographique de cette magnifique histoire, que je résume en quelques mots pour les distraits qui seraient passés à côté (sinon, sautez le prochain paragraphe).
Jackson est une petite ville du Mississipi où les lois raciales sont appliquées à la lettre, au début des années 1960. Les femmes blanches ont des bonnes “de couleur”, comme on les appelle à l’époque, qui sont des afro-américaines. Ces employées sont non seulement chargées du ménage et de la cuisine, mais aussi d’élever les enfants, leurs patronnes ayant mieux à faire… Jouer au bridge, par exemple. A la demande pressante d’une jeune journaliste blanche prénommée Skeeter, et dans le plus grand secret pour ne pas risquer de fortes représailles de leurs patronnes, les bonnes vont raconter leurs histoires : la façon dont elles sont traitées, les enfants qu’elles ont élevés, les anecdotes – bonnes ou mauvaises – qui les ont marquées… Naturellement, lorsque le livre Les Bonnes (The Help) paraît, cela fait beaucoup de bruit à Jackson.
Condenser un roman aussi foisonnant que La Couleur des sentiments dans un film, le défi était de taille ! Même s’il manque des détails, le résultat est plutôt fidèle. Il faut dire que le réalisateur Tate Taylor est un ami d’enfance de Kathryn Stockett, il avait donc plutôt intérêt à ce qu’elle soit satisfaite du résultat ! Il a d’ailleurs tenu à tourner dans une petite ville du Mississipi, et les décors sont fidèles à ce qu’ils ont connu tous deux dans leur enfance. Un gros travail a été fait aussi sur les costumes (on se voit mal s’habiller ainsi aujourd’hui) et même les recettes de cuisine (nombreuses, mangez avant la séance) que l’on voit étaient des plats typiques de l’époque dans cette région.
Tout cela étant campé, passons aux personnages. Pour ma part, j’ai trouvé Octavia Spencer en Minny absolument parfaite. Cette femme a vraiment un caractère bien trempé et on aimerait l’avoir comme copine, prête à sortir ses griffes en toutes circonstances ! Justement, sa meilleure amie, Aibileen, est jouée par Viola Davis, une actrice toute en retenue, et qui réussit pourtant à nous faire sourire et pleurer (bah oui, j’avoue, j’y suis allée de ma petite larme… mais je n’étais pas la seule, ça reniflait discrètement dans la salle !). Enfin, pour ne parler que des principales, Emma Stone est une très agréable Skeeter, fraîche, jolie et intelligente… A se demander pourquoi elle ne trouve pas de mari, comme dit sa pauvre mère ! Et naturellement, tout le monde a un bel accent du Sud (des Etats-Unis, s’entend !).
Je suis sortie émue du cinéma avec l’impression d’avoir retrouvé des personnages quittés à regret l’an dernier dans le livre… que j’ai maintenant envie de relire, pour retrouver les passages qui n’ont pas pu être intégrés au film ! Filez donc au cinéma, pendant ce temps, et n’oubliez pas :
“You is kind, you is smart, you is important !”
Bonus : recettes de cocktails à choisir selon votre tempérament :
Le “Minny” : fort, un vrai coup de fouet 1. Mélanger dans un shaker glacé pendant 10 secondes : 60 ml de vodka à la vanille, 30 ml de Cointreau, 2 traits de jus de citron, 1 trait de sirop simple.
2. Recouvrir de glace pilée.
Le “Aibileen” : subtil, onctueux et fort
1. Verser dans un shaker avec de la glace : 15 ml d’amaretto, 45 ml de Kahlua et 15 ml de crème.
2. Bien secouer.
3. Filtrer et verser dans un verre tumbler rempli de glace.
Ces recettes ainsi que leur version sans alcool, et ceux des autres personnages sont sur le site AllRecipes.com (il y a aussi celles de la tarte aux noix de pécan, du gâteau à l’ananas et de la tarte aux myrtilles et au fromage frais, que je n’ai pas la place de retranscrire ici).
PS : l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, comme vous le savez déjà !
La Couleurs des sentiments, film de Tate Taylor, sortie le 26 octobre 2011. Durée : 2h20
Je ne vais point m’appesantir sur le sujet. J’ai beaucoup aimé Drive, film d’action du réalisateur danois Nicolas Winding Refn, qui a reçu le prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Qu’est-ce qui m’a séduite ? De l’action et de l’hémoglobine, oui, mais surtout des sentiments suggérés, des jeux de regards et des silences qui en disent long. Bon, et, il faut bien l’avouer, l’acteur canadien 100 % bogossitude Ryan (Thomas) Gosling, qui a pour seul principal d’être né en 1980 (ce qui me fait prendre un coup de vieux, mais je m’en remettrai, surtout si Ryan vient me consoler).
Christina Hendricks, la belle rousse flamboyante de la série MadMen (je suis plongée dans la saison 2, hips !), fait également partie du casting.
Enfin, la bande originale est très réussie. Elle a un petit côté années 80 qui me parle ! J’aime Nightcall de Kavinsky, qui lance le film, Tick of the Clock de Chromatics, et plusieurs autres titres composés sur mesure par Cliff Martinez (un ancien batteur du groupe Red Hot Chili Peppers). Quelques extraits ci-dessous :
Et en bonus, juste pour le plaisir, quelques photos de Ryan Gosling, plutôt taiseux dans Drive, mais qu’on retrouvera bientôt dans le film de George Clooney (Les Marches du pouvoir).Brun, chevelu, chapeauté, menaçant, nu, tatoué ou en train de faire des choses bizarres, quel homme !