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Sous la dalle, Henri-Frédéric Blanc

30 avril 2008

Acheté sur un coup de tête, ou plutôt sur un coup d'oeil à la première et quatrième de couverture, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre en ouvrant ce roman d'Henri-Frédéric Blanc. Eh bien, je peux dire que l'auteur a pondu un livre aussi original que son prénom.

Enterré vivant par mégarde, un homme doit affronter sa terreur, ses angoisses les plus enfouies (!) et surtout ses pertes de mémoire (ceux qui me connaissent comprendront que là, je ne peux que compatir ! ;-) ). Il ne souvient plus de son nom ni de ses dernières années de vie avant qu'il ne se trouve dans cette fâcheuse posture… Et cela est particulièrement handicapant, d'autant qu'il s'aperçoit assez rapidement qu'on l'a mis en bière avec son téléphone mobile, qui a tout l'air de fonctionner sous terre (hélas, l'auteur ne mentionne pas l'opérateur fournissant ce service, pour ma part, je capte déjà mal chez moi et à mon bureau, j'aurais bien changé de fournisseur…).

Pour en revenir à notre pseudo-mort, sachez qu'il tente de succomber à la folie, mais malheureusement, sa lucidité semble au contraire s'affûter, le plongeant dans des affres de douleur et d'impossible espoir… En effet, il parvient à joindre différents interlocuteurs, à commencer par la police, mais personne ne le croit !

S'ensuivent alors des dialogues improbables avec les "viandeux d'en haut", de longues réflexions sur la vie et son passé en particulier, et plus la Mort approche, plus le futur cadavre se sent un amour immodéré pour la Vie et les choses insignifiantes du quotidien.

La plume d'Henri-Frédéric Blanc est particulière : grinçante, jouant avec les mots et l'humoir noir, tout le monde n'aimera pas… Pour ma part, j'ai plutôt aimé - malgré quelques longueurs du texte - et particulièrement la scène du pince-fesses avec les morts du cimetière : un chapitre très réussi !

Extrait (p. 144) :

"Il était sur le qui-vive, les défunts qui l'entouraient semblaient tous un peu jaloux du reste d'existence qui palpitait encore en lui, de l'odeur de réalité émanant de sa personne. Eux seuls pouvaient l'aider à survivre, mais les noyés se moquent bien du naufragé agrippé à sa planche, leur unique plaisir c'est qu'il y ait un noyé de plus.

L'orgue se déchaînait, accompagné à la cornemuse par le tué du remonte-fesses, tandis que défunts et défuntes, exaltés par un requiem de plus en plus frénétique, se montaient l'occiput et criaient vengeance en pointant leurs os vers le "plancher des lâches" où végétaient ces sales debout aux faces de mardi gras, ces emmachinés, ces temporeux rosâtres, ces existouilleurs, ces vivants d'eau douce, ces respirateurs téléguidés, ces puceaux de la mort, ces bitumeux ingrats, ces vivantards bouffis, tous ces "viandeux d'là-haut" qui possédaient encore des oreilles pour écouter le chant des oiseaux et les vagues de la mer, mais qui préféraient les inepties et les mensonges de la télévision."

Ed. Le Serpent à plumes, coll. Motifs, 193 p.

Lucie le chien, Sophie Bienvenu

12 mars 2008

Lucie le chien est arrivée chez moi un bon matin (hélas, je n'ai pu l'accueillir chez moi que le soir venu, la trouvant grelottant au pied de mon immeuble).

Lucie est une petite chienne québécoise (enfin, française d'origine russe - dit-elle - vivant au Québec) qui n'a pas la langue dans sa poche (d'ailleurs, elle n'a pas de poches, comme tout chien qui se respecte).

Elle nous fait partager 5 années de sa vie de chien dans son journal intime (le format original de ce livre était un blog !). Dans ces courtes chroniques, un humour canin et un ton enfantin m'ont bien amusés. Lucie a des pensées simples mais pertinentes (pour la plupart ! Sur la recommandation de Cathulu, je n'ai pas lu la dernière chronique) et elle vit sereinement auprès de "ses humains", Dale et Sof, jusqu'au jour où une chatte débarque… bientôt suivi d'un "nours", alias Georges le gros chien. Il va alors falloir se battre pour défendre ses nonos et son territoire !

Extrait de "Général Lucie le chien, à la tête de l'armée qui vaincra les fortifications du lit" :

"J'essaie depuis plus de deux mois maintenant de dormir sur le lit, parmi mes humains qui m'appartiennent à moi (et que je prête, parce que je le veux bien… Tiens, la portée philosophique de la pub L'Oréal vient de me sauter à la gueule), DEUX MOIS ! (vous remarquerez aisément l'accent sur le deux mois).
J'ai tout d'abord tenté de m'y glisser comme si de rien n'était, comme si j'avais tout le temps eu le droit mais que je voulais juste pas.
Dale m'a sommée de descendre.
J'ai ensuite acheté le silence de Sof par des câlins et, grâce à son aide, j'ai passé quelques heures à couvert, sous les draps.
J'ai finalement été découverte, et j'ai été faite prisonnière. Même pu le droit de rentrer dans la chambre
."

Le livre en lui-même est d'un format agréable et contient de jolies photos et illustrations, cela rajoute au plaisir de le lire !

A noter, parce que c'est bien : tous les livres de la collection HAMAC (comme Lucie le chien) sont imprimés sur du papier recyclé, traité sans chlore et contenant 100 % de fibres postconsommation […]. En respectant les forêts, le Septentrion espère qu'il reste toujours assez d'arbres sur terre pour accrocher des hamacs.

Les avis de : Frisette qui a envoyé ce livre à Cuné qui l'a fait suivre à Cathulu qui me l'a fait suivre ! Merci mille fois !

Et Lucie le chien reprend sa route de livre voyageur : il est parti chez Catherine du 31 !

Le petit livre des gros câlins, Kathleen Keating

1 mars 2008

Quatrième de couverture :

Les scientifiques sont d'accord : les câlins agissent miraculeusement sur notre bien-être physique et notre équilibre affectif. Ils rendent heureux, sèchent les larmes, donnent confiance en soi, apaisent les tensions, évitent les insomnies, ralentissent le vieillissement, facilitent les régimes… Alors, pourquoi s'en priver ? Réapprenons à nous parler avec les mains.

Après un peu de vocabulaire et un peu de science, place aux mille et une bonnes raisons de faire des câlins à son prochain ! Avec de rigolotes illustrations pleines d'ours blancs qui font d'admirables démonstrations de câlins (softs, les câlins, ceci n'est pas un kamasutra pour ours mais un livre tout public !), il est démontré que faire un câlin :

"-rend heureux

- dissipe la solitude

- sèche les larmes

- aide à surmonter la peur

- permet de construire l'estime de soi-même ("Doux Seigneur, elle a vraiment envie de me câliner !")

- ralentit les effets du vieillissement. Les adeptes des câlins restent jeunes plus longtemps.

- est excellent en cas de régime amaigrissant. Nous avons moins besoin de manger quand nous sommes gavés de câlins. De plus, nos bras sont occupés." (extrait p. 14-15)

Ce petit livre amusant et léger est à feuilleter en cas de petit coup de blues : il vous donnera le sourire… et l'envie de faire un gros câlin à votre bon vieux nounours !

Merci à Virginie de m'avoir offert ce livre (Lotobook) !

Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? Georges Perec

25 février 2008

En voilà, un drôle de petit livre !

Un appelé du contingent, le Pollak Henri, et ses amis de Montparnasse essaient avec beaucoup de mal de faire réformer un autre appelé (Karamanlis ou autre, puisque son nom varie selon la fantaisie de l'auteur) pour lui éviter d'avoir à servir en Algérie pendant la guerre d'indépendance. Ils envisagent ainsi par exemple de lui rouler dessus…

Mais toute cette farce n'est qu'un prétexte de l'auteur pour s'amuser, dans ce court texte complètement déjanté, avec la très large panoplie de figures de style et autres jeux de mots qu'offre la langue française.

Cela m'a beaucoup déroutée car je ne m'attendais pas à cela, et je ne comprenais pas tout dans ce roman… Mais il s'avère que c'est NORMAL ! Ce "récit épique en prose" est bourré de tournures de langage que je n'ai jamais apprises à l'école (mais que fait l'Education Nationale ? ;-) )…

C'est pourtant fort réjouissant, une fois qu'on a compris l'intention de Georges Perec, véritable artiste du cirque littéraire : jongler avec les mots !

Et pour notre culture générale, il nous offre un index à la fin du livre présentant les dizaines de procédés littéraires utilisés : abrégé, alexandrin, allusion, anaphore, antonomase, antonymie, apocope, calembour, chiasme, circonlution, diaphore, ellipse, épiphrase, euphémisme, métathèse… 

Un auteur que j'ai eu plaisir à découvrir et qui m'a fait fortement penser à Raymond Queneau !

Jugez par vous-même :

Extrait p. 29 :

"Et le lendemain, à peine la douce Aurore aux doigts boudinés eut-elle tiré du lit, non sans difficulté, le gars Phoebus, que le Pollak Henri, redevenu margis chez les tringlots, dévalant les boulevards périphériques de toute la vitesse de son pétaradant petit engin vélomotorisé dont les garnitures de frein venaient d'être entièrement révisées, alla porter la bonne nouvelle à son brave copain Karawurtz, à savoir que lui Pollak Henri et ses potes à lui (c'était nous ses potes à lui), on allait y casser le bras tous en choeur et en douceur un jour prochain qu'il viendrait en ville et qu'ensuite il n'aurait qu'à raconter qu'il a glisssé sur la peau de banane du grand plongeoir mécanique de la station de métro Tourelles et que, même si l'on en doute, la section psychothérapeutique du bataillon prendra l'affaire en mainet qu'il serait tranquille pour un bout de temps et que les Français, ils sont rejetés à la mer, les femmes et les enfants d'abord, les veuves ramenées dans leur douaire d'origine et l'armistice c'est dans la poche et la paix elle est signée."

Extrait p. 43 :

"Le lecteur qui voudrait marquer ici une pause, le peut".

Merci à Géraldine de m'avoir envoyé ce livre pour le Lotobook (n°1, je précise, maintenant que le second a eu lieu !).

Anticyclopédie Universelle, Emmanuel Vincenot & Emmanuel Prelle

15 janvier 2008

Ce livre est arrivé entre mes mains samedi… et j'ai aussitôt été pliée en deux… non pas prise de coliques, mais de rire ! Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant gloussé avec un livre !

Mais je vais vous expliquer de quoi il s'agit : l'Anticyclopédie Universelle (Tout sur tout et son contraire) répond, dans différents domaines, à toutes les questions que vous ne vous êtes jamais posées (à tort !), avec d'abondantes illustrations et moult traits d'humour.

Ainsi, au chapitre Histoire, vous apprendrez ce qu'est un gorak, et qu'il est difficile - mais pas impossible - de s'en débarrasser… Vous vous souviendrez que "Les hommes du Moyen Âge pratiquent l'amour courtois (c'est-à-dire sans pénétration)", et vous y trouverez la recette du philtre d'amour !

Je me suis esclaffée tout au long du récit "Mon voyage chez Mao" par Philippe Solers !

Mais ce n'est que le début, car suivent :

- l'Education (dont "comment reconnaître un élève sans se tromper ?")

- la Spiritualité & Philosophie (notamment : en quoi les Hommes et les Femmes aimeraient-ils être réincarnés… poilant !)

- Arts & Spectacles (entre autres, quelques critiques de films bien senties !)

- Sciences & Techniques (une très scientifique explication du système solaire ; vous saurez enfin à quoi servent les nombres premiers et le corps humain n'aura plus de secrets pour vous !)

- Témoignages et documents : que fait la police ? et autres sujets de société…

Vous l'aurez compris, si une petite déprime hivernale vous étreint, plongez dans cette désopilante Anticyclopédie, c'est un excellent remède ! Les risques : crampes d'estomac et de zygomatiques à force de se gondoler… Les nombreuses illustrations et la conception graphique réussie confère à cet ouvrage un charme fou : au début je pensais le picorer, et en réalité je l'ai lu d'une traite !

Un chouette livre (126 p.) publié chez Mille et Une Nuits, qu'il serait dommage de ne pas (s')offrir !

Extraits du Corps Humain (p.102) :

"Les empreintes digitales. Elles sont absolument uniques, pour faciliter les enquêtes de police."
"L'intestin. Une fois déplié, il couvre 2600 fois la distance séparant la cuisine des toilettes."
"Les muscles. Très susceptibles, ils se froissent facilement."

Le mot des auteurs :

"De quoi parle l'Anticyclopédie Universelle ? C'est très simple : d'absolument tout. Depuis les dinosaures jusqu'à la Grande Muraille de Chine, en passant par l'Apocalypse, Pif-gadget, et la recette du philtre d'amour, chaque sujet est abordé en détail, dans un souci de rigueur scientifique qui force l'admiration. Comme les meilleurs spécialistes n'étaient pas disponibles, nous avons dû vérifier par nous-mêmes le nombre de poils de l'oppossum ou la distance entre la Terre et Pluton. Mais nous ne regrettons rien, car nous avons la certitude que cet ouvrage sera utile à nos contemporains : il s'agit là d'une étape considérable dans le progrès des connaissances humaines. " E. P. et E. V.

Les avis tout aussi positifs de Fashion victim, Gachucha et Laurence du Biblioblog

Special thanks : à Emmanuel P. , pour m'avoir fait tant rire ! Merci mille fois !

Vous plaisantez, monsieur Tanner ; Jean-Paul Dubois

21 novembre 2007

Attention, travaux !

J'ai commencé ce livre qui traînait depuis un moment dans ma PAL la semaine dernière, à l'occasion de travaux de peinture dans l'appartement où je vis. J'ai pensé que c'était un excellent moyen de voir les bons côtés de cette période, contrebalançant le froid glacial (fenêtres ouvertes obligent), la facture de gaz à venir (chauffage mis malgré les fenêtres ouvertes pour que la peinture sèche), le fait de devoir se lever 1h30 plus tôt pour accueillir les ouvriers forts matinaux, et les odeurs de peinture donnant mal à la tête.

Eh bien, le pari est gagné ! Car monsieur Tanner, le malheureux héros de ce roman, connaît des déboires épouvantables avec les ouvriers des différents corps de métier qui viennent l'aider sur le chantier de rénovation de la maison qu'il a reçue en héritage…

Entre les ouvriers qui ne se présentent pas, ceux qui gonflent leurs factures au dernier moment, ceux qui font le boulot n'importe comment avec la radio à fond, ceux qui prient au lieu de travailler, ceux qui n'ont pas d'assurance en cas de dommages et ceux qui volent monsieur Tanner, ce dernier en voit de toutes les couleurs !

Ces mésaventures sont à la fois désopilantes (pour tous) et décourageantes (pour ceux qui font construire ou rénover un chantier immobilier) ! Enfin, on se dit quand même que le pauvre monsieur Tanner a accumulé le pire des malheurs pouvant exister, et que normalement, on n'accumule pas autant d'ennuis, sous peine de péter un boulon et de griller les fusibles !!!

J'avoue qu'il y a un petit côté qui m'a énervée : Tanner est vraiment trop crédule et se laisse arnarquer presque sans broncher, cela me faisait bouillir !

Un livre drôle, qui se lit sans réfléchir et offre une bonne détente (peut-être un peu lassant à la longue), à recommander sauf aux personnes stressées sur le point de faire appel à des entrepreneurs du bâtiment !

Les avis de : Biblioblog ; ValdebazCaro[line] ; Fashion victim ; Clarabel et tant d'autres…

Le Magasin des Suicides, Jean Teulé

16 octobre 2007

"Vous avez raté votre vie ?

Avec nous, vous réussirez votre mort !"

Voilà la promesse commerciale du Magasin des Suicides, que tient la famille Tuvache. Le père, Mishima, et la mère, Lucrèce, ont trois enfants. L'aîné est anorexique, la benjamine est un peu grassouillette et se trouve moche. Ils sont donc bien malheureux et cela ravit leurs parents.

Hélas, le petit dernier, Alan, naît le sourire aux lèvres. Pire, en grandissant, il chantonne, rit et voit la vie en rose, au grand désespoir de ses parents. En effet, un si joyeux enfant fait mauvais genre dans une boutique accueillant des gens désespérés, qui viennent choisir un moyen sûr de se suicider.

Parce qu'en effet, le choix est large : cordes de chanvre pour se pendre, lames de rasoir rouillées (si vous ne mourez pas d'hémorragie, vous mourrez du tétanos, un produit 2 en 1 !), parpaings pour sauter d'un pont et ne pas remonter à la surface de l'eau…

Et les clients sont nombreux. Hélas, ils ne reviennent pas, et pour cause ! Les Tuvache se doivent donc de soigner leur clientèle et faire ainsi marcher le bouche à oreille.

Alan va peu à peu faire changer les mentalités dans sa famille…

Voilà un livre amusant et bien écrit qui se lit facilement en moins de 2h. Il permet de se distraire de façon agréable et sans provoquer de mal de tête. Le sujet pourrait paraître glauque, mais il est ici traité avec humour (noir !), sans jugement ni leçon de morale.

En revanche - à mon avis - n'en attendez pas plus, ce n'est pas à hurler de rire, ni d'une écriture bouleversante… Sur la couverture, les critiques annoncent pourtant : "éblouissant", "bouleversé", "chef-d'oeuvre" et "génie"… Pour ma part, je n'irais pas jusque là ! C'est un roman sympa et on sourit volontiers à l'idée originale de Jean Teulé.

Un extrait :

"- Alan !… Combien de fois faudra-t-il te le répéter ? On ne dit pas «au revoir» aux clients qui sortent de chez nous. On leur dit «adieu» puisqu'ils ne reviendront jamais. Est-ce que tu vas finir par comprendre ça ?
Lucrèce Tuvache, très fâchée dans le magasin, cache entre ses mains crispées dans le dos une feuille de papier qui tremble au rythme de sa colère. Penchée sur son petit dernier, debout en short devant elle et qui la regarde de sa bouille réjouie, elle le sermonne, lui fait la leçon :
- Et puis cesse de chantonner (elle l'imite) : «Bon-zou-our !…» quand des gens arrivent. Il faut dire d'un air lugubre : «Mauvais jour, madame…» ou : «Je vous souhaite le grand soir, monsieur.» Et surtout, ne souris plus ! Tu veux faire fuir la clientèle ?… Qu'est-ce que c'est que cette manie d'accueillir les gens en roulant des yeux ronds et en agitant les index dressés en l'air de chaque côté des oreilles ? Crois-tu que les clients viennent ici pour contempler ton sourire ? Ça devient insupportable, ce truc-là. On va te mettre un appareil ou te faire opérer !"

D'autres avis (positifs !) : Arsenik (Biblioblog) ; Bernard ; Elfique ; Lhisbei ; Emeraude et … Cathulu ;Bluegrey ; Yueyin

Special thanks : merci à Nathalie de me l'avoir prêté ! Bye

Talk to the Snail, Stephen Clarke

2 août 2007

Fin du "suspense", le livre anglais sur les escargots dont je vous parlais à mon retour de vacances est en réalité un livre de conseils, destiné aux touristes anglais qui oseraient franchir la Manche.

Le sous-titre est très explicite "Ten Commandments for understanding the French" (NoteDeTamara : 10 commandements pour comprendre les Français).

Oui, vous avez bien compris : les escargots, c'est nous. Petits mollusques bougons, baveux, lents et apparemment incompréhensibles.

Ne le prenons pas mal ! Ce livre rassemble bon nombre de clichés, qui ne font que dissimuler d'honnêtes fonds de vérité ! D'ailleurs, Fashion victim avait adoré ce "book" et ses louanges m'ont donné l'idée de l'emmener dans mon périple aux US.

Donc faisons fi de notre suceptibilité et rions avec Stephen Clarke (oui, c'est déjà lui qui avait commis A year in the merde , God save la France et autres déclinaisons - je n'en ai lu aucune).

Il est vrai, par exemple, que certains boulangers servent les baguettes avec un gant et rendent la monnaie avec ledit gant… lequel est donc là essentiellement pour rassurer le client pas encore bien réveillé. [C'est un peu comme la baguette à 0,95 € qui a le mérite de ne pas atteindre le prix psychologique de 1 € (qui voudrait payer sa baguette 6,55957 francs ??!!) mais qui vous alourdit le porte-monnaie de moultes piécettes cuivrées.]

Ces conseils à ses compatriotes sont assez sympathiques à lire, plutôt drôles mais parfois un peu agaçants lorsqu'ils sont exagérés, compréhensibles dans leur version originale même si l'on n'est pas "fluent in English"… Cependant, je pense qu'il est bon de les lire à petite dose. C'est pourquoi je chronique ce livre sans être arrivée au bout, je n'en suis qu'au 5ème commandement mais je sature un peu, je poursuivrai cette lecture par intermittence.

Je sais déjà que :

1/ le Français a TOUJOURS raison

2/ le Français ne travaille pas (ou si peu…)

3/ le Français mange (à table, et ce 3 fois par jour)

4/ le Français est malade (il serait idiot de ne pas l'être, avec un tel système de sécurité sociale)

5/ le Français parle français, point barre.

On devine dès le début que l'auteur est moqueur mais qu'il apprécie beaucoup notre pays, puisqu'il est journaliste installé en France depuis plusieurs années ! D'ailleurs, il reconnaît plusieurs de nos qualités indéniables (les Françaises sont sexys même habillées ! Les Français sont productifs !).

Au final, il semble qu'il souhaite que les Britanniques qui viennent s'installer en France n'aient pas de mauvaises surprises et il leur donne les clés pour nous "gérer" sans peine. Un livre amusant qui nécessite un minimum d'auto-dérision…

“Edmond Ganglion & fils”, Joël Egloff

30 mai 2007

Merci à ma copine Eve de m'avoir prêté ce roman très original !

J'ai bien ri en lisant les mésaventures de Monsieur Edmond Ganglion, propriétaire des pompes funèbres de Saint-Jean, un petit village où personne n'est mort depuis trop longtemps. Du coup, la faillite pointe son nez. Heureusement, l'été approche : Ganglion espère que la canicule sera fatale aux petits vieux les moins résistants (NB : ce roman a été publié pour la première fois en 1999).

Deux employés n'ont pas encore été licenciés : Georges, le vieux fossoyeur, et Molo, le jeune bon à tout faire, du dépoussiérage à la coupe de cheveux de la doyenne du village (une sorte de service "avant-vente"…). Ils s'occupent tant bien que mal en attendant la clientèle qui ne vient pas.

Pour passer le temps, il y a bien le café d'en face, "Le Café du Soleil", où Jules vous servira invariablement et à toute heure la seule boisson disponible : une petite prune distillée maison…

Enfin, un homme conciliant se décide à passer de vie à trépas. Les affaires reprennent ! Mais de nombreux obstacles se dresseront sur la route de nos croque-morts jusqu'au cimetière… la fin est jubilatoire ! Je n'en dis pas plus mais vous laisse savourer le style à mourir de rire (mieux vaut ça que d'autre chose) de cet auteur (que je ne connaissais pas). Ca se lit vite et une fois monté dans le corbillard, on n'a pas envie d'en descendre !

Extraits :

"Saint-Jean était un de ces villages où les chiens s'appelaient Rex et les chats Minou, où l'église se trouvait "Place de l'Eglise" et la mairie, "Place de la Mairie"".

"Lorsqu'on demandait à Molo ce qu'il faisait dans la vie, il répondait : "Je suis dans le paramédical", et il fallait s'en contenter. Georges avait réglé ses problèmes d'identité depuis bien longtemps et lorsqu'on lui posait la même question, il répondait sans détour : "Je ne fais rien dans la vie, je fais dans la mort"."

"Chez Ganglion & fils, on n'enterre pas, monsieur, on encielle. Et pour les couronnes, on est bien moins cher que les dentistes, croyez-moi."

"-On est perdu, c'est ça ? demanda Georges.

- Pas complètement.

- On est perdus, oui ou non ?

- A moitié.

- Qu'est ce que ça veut dire, à moitié ?

- On ne doit pas être sur la route du cimetière, mais je crois savoir comment rentrer à Saint-Jean. On n'est perdus que dans un sens."

Comment je suis devenu stupide, Martin Page

7 mai 2007

Antoine est un jeune homme intelligent. Très intelligent. Et justement, cette qualité est la cause de tous ses maux, du moins en est-il intimement persuadé. Malheureux de se poser trop de questions sur tout et n'importe quoi, incapable d'accorder le moindre repos à son cerveau en ébullition, Antoine décide de recourir aux grands moyens.

Tout d'abord, ayant constaté que les dépendances aux drogues monopolisent l'attention sur un seul objectif (se procurer la prochaine dose), il tente de devenir alcoolique. Il espère ainsi errer dans une douce euphorie permanente et ne penser qu'à boire. Hélas, dès la première pinte de bière, il tombe dans un coma éthylique et doit renoncer à ce projet.

Ensuite, notre malchanceux héros suit un cours dans une très sérieuse institution afin d'apprendre les différents moyens de bien se suicider sans se rater. Mais une fois encore, sa tentative avorte dans l'oeuf.

C'est alors qu'une idée lumineuse lui vient : il va devenir stupide. Après en avoir informé ses amis proches, il se rend chez son pédiatre - à 25 ans, c'est le seul médecin qu'il ait jamais connu - et lui demande de l'aide pour mener à bien son processus de débilisation

Ce roman à la fois original et intelligent se lit vite et permet de réfléchir avec l'auteur sur ce qui nous rend heureux et le matérialisme de notre société… Avec beaucoup d'humour (dont plusieurs passages très drôles) et une lecture au second degré, la plume de Martin Page nous emmène dans une quête spirituelle à contre-courant. Seule la fin est un peu convenue et par conséquent décevante mais l'ensemble vaut d'être découvert, si ce n'est déjà fait (roman paru en 2001, disponible en format poche, 124 p.).

Un mot de l'auteur : "… Pour composer le personnage d'Antoine, j'ai pensé à Copernic, Darwin et Freud, ces savants qui ont débarrassé l'homme de l'obscurantisme. Je trouvais que l'on oubliait la part sombre de ces avancées : découvrir que la Terre n'est qu'une planète parmi les autres, l'ascendance animale de l'homme, l'existence de l'inconscient, l'établissement de ces vérités demandèrent un grand courage, car elles déshabillaient l'homme de croyances rassurantes. Antoine est le modeste héritier de cette forme de courage et d'intransigeance, dont le prix à payer est la dépression et l'asocialité. Son parcours sera jalonné de rencontres avec des personnages dont il espérera l'enseignement salvateur, pour enfin participer à une vie sociale normale, un peu rapidement imaginée paisible et heureuse. As, Rodolphe, Ganja et Charlotte, ses quatre amis, veilleront sur lui avec bienveillance et circonspection pendant la durée de cette odyssée." (Martin Page)

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