Si vous n’avez pas été ébouriffé l’an dernier par Quand souffle le vent du nord, je vous laisse d’urgence rattraper votre retard avant de lire la suite de ce billet. Car voici (déjà, allais-je dire, tant on a l’habitude de devoir patienter plus d’un an pour lire les tomes deux) la suite tant désirée (par certaines, mais par souci de discrétion, je ne dénoncerai personne) de ce roman e-pistolaire.
On s’en souvient (oui, même moi !), à la fin du précédent roman et après plus d’un an d’échanges d’emails, Emmi proposait à Leo une rencontre en chair et en os. Mais Bernhard, le mari d’Emmi, avait découvert sa “liaison virtuelle” et avait contacté Leo en l’autorisant à rencontrer et même à coucher (une fois) avec sa femme, afin de mettre fin à cette illusion de perfection dont elle rêvait à travers cette relation épistolaire. Sans rien dire à Emmi, Leo avait décidé de fuir à Boston.
La septième vague commence quelques semaines plus tard. Emmi envoie un email on ne peut plus synthétique “Bonjour”. Elle reçoit une réponse automatique du manager système. Elle renouvelle son essai trois mois plus tard. Avec un peu plus de succès : Leo est rentré de Boston. Même si leur situation sentimentale respective a changé, les deux correspondants s’aperçoivent vite que leur histoire n’a pas encore connu sa FIN. Et leur délicieux ping-pong virtuel reprend, mêlant toujours humour, double sens, interrogations, sentiments en tous genres, ironie et auto-dérision, avec une vraie interrogation de fond sur les relations amoureuses et tout un kit d’à-côtés : le sens du devoir, l’auto-persuasion, le refoulement, l’acceptation, la quête du bonheur (encore faut-il savoir à quoi il correspond exactement).
J’ai particulièrement aimé :
1. Le cadeau que fait Emmi à Leo
2. Les rôles de la thérapeute et du conseiller financier d’Emmi
3. La réapparition des whiskeys d’Emmi et des amis de bordeaux de Leo.
4. Toute la psychologie du roman, Daniel Glattauer n’a rien perdu de sa justesse en la matière.
5. Les listes d’Emmi, ses provocations… et bien sûr, les réponses de Leo. Du genre :
Objet : Dis-moi seulement…
… ce que tu fais de mes mails.
a. tu les effaces sans les lire.
b. tu les lis et tu les effaces.
c. tu les lis et tu les gardes.
d. tu ne les reçois pas.
Cinq heures plus tard
REP :
c
Le matin suivant
Objet : Bon choix !
Le meilleur choix possible, Leo ! Et cette façon si détaillée de le décrire, de le justifier, de le mettre en forme ! Ah, ta réponse t’a-t-elle donné une crampe et une tendinite au poignet, ou vas-tu ajouter quelque chose ? Amicalement, Emmi.
Cette fois encore, l’auteur a su faire battre mon cœur au rythme des réceptions de messages, à me faire surfer sur le haut et les creux des vagues de la relation si, si, si compliquée de nos deux amoureux des mots. Alors, vont-ils finir par se voir en chair et en os ? Vont-ils mettre définitivement fin à leurs échanges ? Continuer à se tenir à distance respectable ? Laisser sortir leurs sentiments de l’armoire ? Ne comptez pas sur moi vous dévoiler quoi que ce soit… et sautez les yeux fermés sur cette suite réussie, qui se dévore à toute allure ! (NB : si j’ai entendu plusieurs lectrices dire que la fin les avaient déçues, pour ma part, munie de cet avertissement et craignant le pire, je ne l’ai pas été, finalement ! Mais je crois comprendre que c’est seulement le dernier chapitre, d’à peine douze lignes, qui a pu sembler superflu à certaines, et je suis plutôt d’accord… sans que cela n’enlève rien au charme de ce roman. AH, Leo !)
Les avis de : Bladelor, Leiloona, (à suivre !)
Ed. Grasset, avril 2011, 348 p.