Blast (t. 1 : Grande Carcasse), Manu Larcenet
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Jusqu’ici, j’ai aimé tout ce que j’ai lu de Manu Larcenet : les formidables séries Le combat ordinaire et Le retour à la terre, et aussi une BD plus légère et complètement barrée : La légende de Robin des Bois, ou sa collaboration avec Trondheim dans Les cosmonautes du futur. Cela fait donc cinq ans que je me réjouis à l’avance de découvrir une nouvelle œuvre de Larcenet.
Mais là, j’appréhendais un peu ma lecture. J’avais entendu dire que Blast était une série très différente de son travail antérieur, beaucoup plus sombre et dérangeante. Cependant, la quatrième de couverture m’a à la fois inspirée et intriguée :
“Je pèse lourd. Des tonnes. Alliage écrasant de lard et d’espoirs défaits, je bute sur chaque pierre du chemin. Je tombe et me relève, et tombe encore. Je pèse lourd, ancré au sol, écrasé de pesanteur. Atlas aberrant, je traîne le monde derrière moi. Je pèse lourd. Pire qu’un cheval de trait. Pire qu’un char d’assaut.
Je pèse lourd et pourtant, parfois, je vole.”
Au départ, on ne sait rien de cet énorme masse graisseuse au regard vide, si ce n’est qu’il est assis dans une cellule de prison, sous la lumière crue d’une ampoule nue qui pend du plafond. Etrangement, une de ces immenses statues de visage de l’île de Pâques vient se superposer aux images de l’homme emprisonné. Et puis, deux flics l’emmènent pour l’interroger sur son crime : une femme est dans le coma, à l’hôpital, à cause de lui. Le monstre devient humain : il s’appelle Polza Mancini, 38 ans, écrivain, fils d’un italien communiste et possédant déjà un dossier psychiatrique conséquent. Il veut bien parler pour expliquer ce qui l’a conduit à commettre quelque chose de terrible. Mais à son rythme. Et en commençant par le début : il remonte donc à son enfance et voilà, le lecteur est complètement ferré…
Pour donner plus de poids (si j’ose dire) au récit de ce personnage, Manu Larcenet a fait le choix d’un dessin en noir et blanc, ce dont on ne peut que le féliciter. L’ambiance pesante, étrange, triste est parfaitement desservie par de magnifiques dessins au crayonné apparent, où tout se joue sur les effets d’ombre et de lumière. Il prend son temps, intercale autant de vues de paysage que nécessaire pour faire passer des émotions.
Et par conséquent, les 204 pages de ce premier tome ne suffisent pas à raconter l’histoire du mystère Mancini, loin de là. Thanks God, le deuxième tome (L’apocalypse selon Saint Jacky) vient de sortir.
NB : pour les curieux qui s’interrogent sur le titre, sachez que je préfère ne pas le déflorer et laisser le soin à Polza de vous expliquer le phénomène de “blast”, il le fera mieux que moi : après tout, c’est lui qui en est victime !
Ed. Dargaud, nov. 2009, 204 p.
