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Le bleu est une couleur chaude, Julie Maroh

21 mai 2010

Le bleu est une couleur chaude Ce n’est pas moi qui contredirait l’auteur : j’adore le bleu. Julie Maroh en joue admirablement bien dans cette bande dessinée qui vous prend aux tripes du début à la fin. Pour preuve, les premiers mots sont issus d’une lettre qui dit : “Mon amour, quand tu liras ces mots j’aurai quitté ce monde.” et le livre s’achève sur la mer en pleine page, dans toutes ses nuances de gris, de bleu, de brun.

Entre les deux, l’histoire d’une jeune fille. Clémentine est au collège et elle s’interroge sur sa sexualité : elle ne comprend pas pourquoi elle reste insensible au charme des garçons devant lesquels ses copines bavent. Et puis, quelques temps plus tard, elle croise le chemin d’Emma, une fille plus âgée qu’elle à l’étrange chevelure bleue.

Vous l’aurez deviné, cette BD traite d’un sujet encore tabou dans de nombreuses familles (comme celle de Clémentine) : l’homosexualité féminine. L’auteur a traité ce thème avec une infinie délicatesse, abordant les faits comme ils se présentent sans doute dans la réalité, sans l’enjoliver ni la noircir. On suit le personnage de Clémentine depuis son adolescence jusqu’à sa vie d’adulte et l’on voit précisément comment sa psychologie évolue, comment elle passe du doute à la certitude, comment elle laisse libre cours à son désir et fini par s’accepter telle qu’elle est, malgré la rupture que cela a provoqué avec sa famille. Cela semble parfaitement injuste de devoir choisir entre ses parents et son amour, sous prétexte que celui-ci ne convient pas aux premiers (et ce qui est montré ici avec l’homosexualité est vrai aussi pour d’autres critères telles que la couleur de peau, la classe sociale, l’orientation politique…).

En plus d’avoir maîtrisé son sujet et d’avoir incité le lecteur a tant d’empathie qu’il fini par verser une larme en tournant les dernières pages, Julie Maroh a effectué un travail incroyable sur la couleur et le graphisme. Les pages correspondant au temps présent sont en couleurs, mais toute la partie qui retrace le passé de Clémentine est en dégradé de gris… sauf, la couleur bleue, qui apparaît à travers la chevelure d’Emma, et à travers des objets, parfois. Cette mise en valeur d’une couleur en particulier souligne l’importance d’un personnage : Emma, le centre du monde aux yeux de Clémentine. Les dessins servent aussi bien l’histoire : les émotions, les postures, les plans choisis font passer les émotions au lecteur.

Un vrai talent se cache ici : Les cœurs exacerbés (c’est le blog de l’auteur), et pour ma part, je vais guetter la sortie de son prochain album !

Special thanks : à Emeraude, qui m’a offert cette superbe BD pour mon anniversaire. Une trouvaille de libraire, bravo, miss !

Ed. Glénat, mars 2010, 156 p.

 

Dugly ! Chienne de vie, Stivo

17 mai 2010

pub-dugly Pour bien commencer la semaine, voici une BD rigolote et fort bien pensée : sous la forme de gags, on partage la vie d’un jeune couple qui décide d’adopter un chien, après avoir mûrement réfléchi aux inconvénients que cela pourrait entraîner dans leur quotidien… Choix de la race, du nom, achat de matériel spécialisé, premières soirées passées avec leur petit animal si mignon… toutes ces scènes sont croquées avec humour et justesse.

Bien sûr, la petite Dugly, puisque tel est son nom (une contraction de Dog et Ugly… autrement dit, Chien Moche), n’a pas que des grands yeux craquants. Elle a la fâcheuse habitude de chiper toutes les chaussettes et envoie des boulets gazeux puants à longueur de journée !

Cette bande dessinée au format pratique et très colorée vous fera assurément sourire : n’hésitez pas à jeter un œil au blog de l’auteur, Stivo, pour avoir un aperçu de son talent !

NB : j’ai acheté directement mon exemplaire lors du Salon du Livre de Paris de mars dernier et ma dédicace porte le n° 10, je conserve donc précieusement ce collector qui va certainement prendre de la valeur quand l’auteur sera riche et célèbre ! ;-) )

Ed. Paquet, mai 2010, une petite centaine de pages, à vue de truffe.

Simon’s cat, Simon Tofield

2 mai 2010

Simon's cat Vous connaissez peut-être les vidéos de Simon’s cat, qui fleurissent depuis quelques temps sur la Toile… Simon’s cat est un gros chat facétieux qui n’a qu’une idée en tête : se remplir l’estomac ! Alors de page en page, on le voit en train de se faire passer pour une maisonnette d’oiseaux, histoire d’en avaler un, sur un malentendu… Mais comme c’est un chat très inventif, il passe aussi ses journées à faire des tas de bêtises, qui vous rappelleront certainement votre compagnon à quatre pattes… Et franchement, un chat qui a pour meilleur ami un nain de jardin, ça vaut le détour !

L’auteur, Simon Tofield , s’est inspiré de ses propres chats (Hugh, Jess et Maisie), et ça se voit : les situations sonnent juste et sont comiques à souhait !

Vous passerez sans doute comme moi un bon moment de détente avec ces dessins sans paroles (la principale différence avec ce cher Garfield, qui a aussi l’honneur d’être colorié et qui passe moins de temps dans le jardin que Simon’s cat. En fait, Simon’s cat joue toujours sur le comique de situation alors que dans Garfield, le rire vient aussi des bons mots). N’hésitez pas à découvrir le chat de Simon (voici son site officiel : http://www.simonscat.com/)!

Une vidéo pour vous faire une idée :

Special thanks : à Jonx pour ce cadeau !

Ed. Fleuve Noir, nov. 2009, un certain nombre de pages non numérotées !

Elisa, Nathalie Ferlut

25 février 2010

Elisa Eté 1988. Rachel, son petit copain Daniel et leur meilleure amie Elisa vont au lycée pour voir les résultats du baccalauréat, qu’ils ont passé un mois plus tôt.

Un an plus tard. Les trois jeunes gens ont été séparés. Rachel, élève brillante et ambitieuse, est partie faire ses études à Paris. Daniel se contente de bière, de joints et d’un job dans un magasin de disques. Elisa a pensé faire du théâtre, et puis la raison et l’influence de sa mère, au chômage, l’ont emporté : elle se retrouve dans une école de commerce.

Et c’est là que le Destin choisit cruellement sa victime : c’est Rachel, dont l’avenir palpitant semblait tout tracé, qui meurt dans un accident de voiture. Elisa s’en veut, Elisa se disperse, Elisa s’écroule en même temps que le mur de Berlin. “Je m’en fous” dit-elle à propos de tout. Mais au fond, c’est une jeune fille attachante et une battante : après quelques tâtonnements, elle saura ce qu’elle veut, Elisa.

J’ai mis un peu de temps à entrer dans l’univers au crayonné légèrement flou de cet auteur, et au final, cette histoire sur la difficulté à sortir de l’adolescence et à prendre en main son destin m’a interpellée, d’autant que les personnages sont plutôt sympathiques et qu’en 112 pages, on a le temps de se sentir proches d’eux !

Et puisque l’histoire se termine à Berlin, je m’en vais voir* ce qu’elle est devenue, Elisa…
Bis bald !

* si mon avion passe au travers des grèves, bien sûr… Je réclame un peu de pitié pour une pauvre Parisienne exténuée !

Critiques et infos sur Babelio.com

Ed. Delcourt, “achevé d’imprimer en décembre 2010” dit mon exemplaire, c’est donc un collector venant tout droit du futur !!!, 112 p.

Championzé, Eddy Vaccaro & Aurélien Ducoudray

3 février 2010

Championze Qui connaît Battling Siki ? Premier Français champion du monde de boxe, sénégalais, son nom a été effacé des encyclopédies sportives. Les années du début du XXe siècle sont placées sous le signe des colonies, et le racisme ordinaire s'accorde mal avec la négritude du champion…

Plus qu'une destinée hors du commun, Aurélien Ducoudray, dont c'est le premier scénario, et Eddy Vaccaro brossent avec brio le tableau d'une époque. Amadou M'Barick Fall, surnommé Siki, jeune gamin de huit ans, né à Saint-Louis du Sénégal en 1897, vit de peu, de rien. Jusqu'au jour où une riche danseuse hollandaise, de passage dans le pays, décide d'en faire son boy sur scène et l'embarque avec elle pour la France. [...] (extrait de la présentation de l'éditeur)

Même si je ne suis pas plus calée que cela en boxe, je connais quelques grands noms de champions. Et celui de Battling Siki n’avait jamais franchi mes oreilles.

J’ai été effarée d’apprendre, grâce à cette BD inspirée de sa véritable histoire, qu’il était le dernier champion du monde français en date… et cela remonte à 1922 !

Planche ChampionzeBattling Siki est né sous le nom de Baye Fall, à Saint-Louis, ce qui lui a permis d’avoir la nationalité française puisqu’en 1897, le Sénégal était une colonie française (alors que les habitants des villages étaient considérés comme des indigènes).

Son parcours jusqu’en France, ses petits boulots, son début en tant que boxeur, son engagement plus ou moins volontaire dans comme tirailleur durant la Première Guerre Mondiale, la façon dont son titre de champion du monde a failli lui échapper parce qu’il était noir, les insultes raciales qu’il a dû supporter, et son triste destin américain… tout cela m’a impressionnée, indignée, émue.

Battling SikiLes dessins crayonnés en noir et blanc permettent de se mettre dans l’ambiance de l’époque et la mise en page variée est percutante.

Les dessins crayonnés en noir et blanc permettent de se mettre dans l’ambiance de l’époque et la mise en page variée est percutante.

Cette histoire retrace plus que l’histoire d’un boxeur injustement tombé dans l’oubli, c’est aussi une piqûre de rappel d’une Histoire pas si lointaine aux pratiques peu glorieuses en matière d’égalité des hommes, en dépit d'une Déclaration des Droits de l’Homme déjà plus que centenaire à l’époque…

A lire, pour l’histoire et l’Histoire.

Photo : le véritable Battling Siki. Impressionnant, non ?

Ed. Futuropolis, jan. 2010, 128 p.

La main verte, Hervé Bourhis

28 novembre 2009

La main verte Chouette, une BD ! Et pas n’importe laquelle : ici, l’heure est grave. Après des décennies à faire n’importe quoi, notre civilisation se retrouve dans de beaux draps : les gisements de pétrole sont épuisés. Plus d’essence, donc, et toute l’économie est bouleversée : les légumes se vendent à prix d’or (pensez : 50 € le kilo de tomates pourries…).

Herbert, dessinateur de BD bordelais, doit vite penser à sa reconversion puisque son éditeur a fait faillite. Après plusieurs reconversions désastreuses, il finit par devenir chauffeur de taxi-vélo.

L’échec du potager sauvage installé par sa femme dans leur appartement, décide Herbert à rendre visite à son père, champion de jardinage, en espérant bénéficier de conseils qu’il a refusé d’écouter trente ans plus tôt. Un seul hic au tableau : ses parents habitent à Tours, ce qui n’est pas à portée de mollets…

Cette aventure est pleine de péripéties et d’humour : je me suis régalée !

planche main verteL’autoportrait de notre société de consommation est très juste et l’auto-dérision permet de dédramatiser la situation alarmante de l’état de notre planète ex-bleue.

Le personnage de Herbert n’a rien d’extraordinaire et c’est ce qui le rend attachant. Ca et sa relation à son fiston Pierre, qui participe au voyage… et je ne mentionne pas (ou à peine) les personnages complètement barrés ni les jeux qui parsèment les pages, ha ha !! :-)

Et le dessin est plutôt sympa, assez économe (c’est tendance, et puis, il ne faut pas gâcher de l’encre dans les détails inutiles !).

A lire avant d’en arriver là !

Special thanks : à Véronique et aux éditions Futuropolis, toujours pleines de bonnes surprises !

Ed. Futuropolis, sept. 2009, 72 p.

 

Notre mère la guerre, Maël & Kris

25 septembre 2009

Nàtre mere la guerre Cette Première Complainte nous plonge sans ambages dans l’atrocité de la Première Guerre Mondiale. Août 1914 : les cloches carillonnent et appellent les hommes à la guerre.

Quelques mois plus tard, au cœur de l’hiver, dans un petit village entre Reims, Châlon-sur-Marne et Verdun. Le front n’est qu’à quelques kilomètres, et les soldats sont nombreux à venir s’abreuver (avant ou après le combat) dans les quelques bistrots. Et puis, une femme est retrouvée assassinée avec sur elle, une lettre de son assassin. Un soldat est déclaré coupable et il est fusillé sans plus de cérémonie (il faut “montrer l’exemple”). Mais quelques temps plus tard, une seconde femme, puis une troisième, sont retrouvées mortes avec le même modus operandi dans ce secteur.

C’est à qu’intervient le lieutenant de gendarmerie Vialatte. Il doit retrouver le coupable des meurtres dans un contexte épouvantable : les soldats n’aiment pas voir venir fouiner un porteur d’uniforme qui ne combat pas, sans compter que mener une enquête dans les tranchées dans des conditions climatiques très difficiles est loin d’être une partie de plaisir…

J’avoue de pas être fan des dessins de Maël mais je reconnais qu’’ils rendent justice au récit, les couleurs sombres ou ocres (à l’image de la couverture) rendent parfaitement l’ambiance sordide de l’époque.

A recommander à ceux qui s’intéressent à cette période et aux récits de guerre ou aux fans des auteurs !

Ed. Futuropolis, septembre 2009, 64 p.

Le petit rien tout neuf avec un ventre jaune, Rabaté

17 septembre 2009

Un petit rien tout neuf C’est l’histoire de Patrick, quadragénaire qui tient une boutique de farces et attrapes. Mais à la différence de ses clients, il ne se marre pas du tout. Au contraire. Patrick a tout du type déprimé (et pourtant, il a une couette Bob l’Eponge et un tapis en peau de Casimir au pied de son lit, c’est vous dire s’il aurait des raisons d’être un joyeux-luron…). Mais bon, sa femme l’a quitté, alors il se sent seul et entretient son cafard. Et puis un jour, il rencontre une jolie acrobate de cirque qui va lui faire voir le monde d’une autre manière, bien plus colorée.

Rabaté met son talent au service de cette jolie histoire d’amour par des illustrations simples, épurées, mettant l’accent sur le principal (même si quelques détails sont vraiment drôles, comme le costume de l’homme caoutchouc qu’enfile Patrick pour une soirée). L’humour se mêle malgré tout à cette description d’une petit ville triste de province, même lorsque les personnages rencontrent des moments difficiles (avoir un frère qui triche et se retrouve à poil à Interville devant des millions de téléspectateurs, ce n’est pas franchement réjouissant !).

J’ai vraiment bien aimé cette histoire, petite bouffée d’air dans cette rentrée bien chargée. Et cela m’a donné envie de découvrir d’autres BD de ce dessinateur !

NB : pour ceux qui sont intrigués par le titre… la clé se trouve dans la toute première image de la BD !

Ed. Futuropolis, août 2009, 102 p.

Animal’z, Enki Bilal

10 juin 2009

Bien sûr, avec Enki Bilal, il ne faut jamais s'attendre à ce que la facilité soit au rendez-vous. Mais là, j'avoue que j'ai été déstabilisée. Animal'z est un univers étrange.

Notre monde, détruit par la folie des hommes et des catastrophes climatiques, est complètement méconnaissable. Un chercheur a mis au point un système de survie, permettant à certains humains de devenir dauphins pour un temps. Des personnages plutôt mystérieux se croisent, certains veulent s'entretuer, d'autres tentent tant bien que mal d'échapper à toutes sortes de dangers (y compris des cannibales). Je n'ai pas accroché au scénario, trop confus (ou trop délié) pour moi.

En revanche, le dessin, là, c'est une autre histoire ! De magnifiques planches de gris bleutés (à moins que ce ne soient des bleus grisés ?!), quelques taches de rouges disséminées ici et là, souvent marques de violence dans un monde presque éteint, des personnages et paysages très travaillés, avec force incroyable.

Animal'z est à réserver aux fans de ce grand dessinateur, selon moi ! (ou tout du moins, pour découvrir ce dessinateur, mieux vaut commencer par un autre album).

L'avis de Brize, un peu plus enthousiaste.

Paul à Québec, Michel Rabagliati

15 mai 2009

Grâce à mon importateur personnel (thanks, Jonx !), j'ai pu découvrir le nouveau tome des aventures de Paul que j'avais découvert avec bonheur ici.

Rose, la fille de Paul et Lucie a grandi depuis Paul à la pêche, et elle retrouve ses cousins et cousines lorsque toute la famille rapplique chez Grand-père et Grand-mère (Roland et Lisette Beaulieu) qui habitent une grande maison en plein air à Québec et accueillent toujours avec joie leurs petits "lapins" (même si certains ronflent et d'autres se relèvent pour faire pipi en réveillant toute la maisonnée…).

Cette année, quelque chose va changer : Roland est malade, et cela bouleverse toutes les habitudes familiales.

L'auteur trouve toujours le ton juste entre les moments drôles et les thèmes de fond sérieux et tristes, qui font partie intégrante de la vie. Dans ce volume, il décrit de façon percutante la maladie et ses conséquences sur la famille et les amis proches, si bien que l'on est emporté par nos émotions. Il y a également une grande part de nostalgie, lorsque Roland raconte à Paul des scènes de son adolescence. Ce tome n'est pas dans l'action mais dans la description, l'accompagnement et le temps s'écoule, inexorablement…

Heureusement, les enfants sont là pour apporter un peu de légèreté, et puis, Paul et Lucie ont le projet d'acheter une maison. Par ailleurs, les expressions québécoises sont tellement dépaysantes pour moi que je souris plus souvent qu'à mon tour !

La BD est entièrement en noir et blanc mais ce n'est pas le moins du monde gênant et on ne voit pas défiler les 187 pages de cette excellente BD. Je suis décidément fan de cette série, mes maudits !

Ed. de La Pastèque (Québec), 2009, 187 p.

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