Le bleu est une couleur chaude, Julie Maroh
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Ce n’est pas moi qui contredirait l’auteur : j’adore le bleu. Julie Maroh en joue admirablement bien dans cette bande dessinée qui vous prend aux tripes du début à la fin. Pour preuve, les premiers mots sont issus d’une lettre qui dit : “Mon amour, quand tu liras ces mots j’aurai quitté ce monde.†et le livre s’achève sur la mer en pleine page, dans toutes ses nuances de gris, de bleu, de brun.
Entre les deux, l’histoire d’une jeune fille. Clémentine est au collège et elle s’interroge sur sa sexualité : elle ne comprend pas pourquoi elle reste insensible au charme des garçons devant lesquels ses copines bavent. Et puis, quelques temps plus tard, elle croise le chemin d’Emma, une fille plus âgée qu’elle à l’étrange chevelure bleue.
Vous l’aurez deviné, cette BD traite d’un sujet encore tabou dans de nombreuses familles (comme celle de Clémentine) : l’homosexualité féminine. L’auteur a traité ce thème avec une infinie délicatesse, abordant les faits comme ils se présentent sans doute dans la réalité, sans l’enjoliver ni la noircir. On suit le personnage de Clémentine depuis son adolescence jusqu’à sa vie d’adulte et l’on voit précisément comment sa psychologie évolue, comment elle passe du doute à la certitude, comment elle laisse libre cours à son désir et fini par s’accepter telle qu’elle est, malgré la rupture que cela a provoqué avec sa famille. Cela semble parfaitement injuste de devoir choisir entre ses parents et son amour, sous prétexte que celui-ci ne convient pas aux premiers (et ce qui est montré ici avec l’homosexualité est vrai aussi pour d’autres critères telles que la couleur de peau, la classe sociale, l’orientation politique…).
En plus d’avoir maîtrisé son sujet et d’avoir incité le lecteur a tant d’empathie qu’il fini par verser une larme en tournant les dernières pages, Julie Maroh a effectué un travail incroyable sur la couleur et le graphisme. Les pages correspondant au temps présent sont en couleurs, mais toute la partie qui retrace le passé de Clémentine est en dégradé de gris… sauf, la couleur bleue, qui apparaît à travers la chevelure d’Emma, et à travers des objets, parfois. Cette mise en valeur d’une couleur en particulier souligne l’importance d’un personnage : Emma, le centre du monde aux yeux de Clémentine. Les dessins servent aussi bien l’histoire : les émotions, les postures, les plans choisis font passer les émotions au lecteur.
Un vrai talent se cache ici : Les cœurs exacerbés (c’est le blog de l’auteur), et pour ma part, je vais guetter la sortie de son prochain album !
Special thanks : à Emeraude, qui m’a offert cette superbe BD pour mon anniversaire. Une trouvaille de libraire, bravo, miss !
Ed. Glénat, mars 2010, 156 p.
