Otto, l’homme réécrit, Marc-Antoine Mathieu


© éd. Delcourt, 2016, M.-A. Mathieu

© éd. Delcourt, 2016, M.-A. Mathieu

« Les hommes se trompent en ce qu’ils se croient libres ;
et cette opinion consiste en cela seul qu’ils ont conscience de leurs actions
et sont ignorants des causes par où ils sont déterminés. »
Baruch Spinoza, Éthique, livre II

Tel est le fil conducteur de cet album étonnant, qui amène le lecteur à réfléchir sur ce qui forge notre identité et détermine nos choix.

Otto est un artiste mondialement reconnu, qui propose des performances sous forme de tableaux vivants et éphémères où il se met en scène. Lorsque ses parents décèdent, il découvre que ces derniers l’ont utilisé durant les sept premières années de sa vie pour une expérimentation scientifique. Jour après jour, heure par heure, chaque geste et chaque parole du jeune Otto ont été consignés dans un cahier, filmés, enregistrés ou photographiés.

Après l’abandon du projet, les milliers de documents qui en ont résulté se sont retrouvés archivés dans une immense malle. C’est l’héritage d’Otto. Il se retrouve face à lui-même. Ou plutôt, face à une partie de lui qu’il a oubliée, bien qu’elle ait conditionné sa vie actuelle, y compris les décisions qu’il pensait prendre en tant qu’homme libre.

Une réflexion philosophique menée comme une enquête dans le passé, dont le personnage principal est le détective acharné, voire obsessionnel (certaines scènes m’ont fait pensé à Carrie Mathison dans Homeland). Otto s’enfonce dans une exploration intérieure où il disparaît peu à peu : « Chaque lumière de la malle était la naissance d’une vérité, et la mort d’une illusion sur lui-même. »

Les planches de Marc-Antoine Mathieu, en noir et blanc, donnent une impression de simplicité, mais elles regorgent de détails qui en font la richesse. À l’exception d’une quinzaine de bulles éparpillées dans les quelque quatre-vingt pages de l’album, la narration se trouve dans les cartouches sous les dessins. Un format qui fait penser aux cartels qui jouxtent les tableaux dans les musées.

Lorsqu'on le sort de son étui, on découvre que l'album est un format à l'italienne. (extrait p. 9, © éd. Delcourt, 2016, M.-A. Mathieu)

Lorsqu’on le sort de son étui, on découvre que l’album est un format à l’italienne. (extrait p. 9, © éd. Delcourt, 2016, M.-A. Mathieu)

J’ai été percutée de plein fouet par cette performance artistique et philosophique… Je précise que je n’ai pas lu la série Julius Corentin Acquefacques ni les autres albums de Marc-Antoine Mathieu, mais celui-ci m’a donné envie d’aller à la rencontre de son univers (difficilement abordable avant le lycée, je pense).

Otto, l’homme réécrit, Marc-Antoine Mathieu, éd. Delcourt, oct. 2016, 82 p., 19,50 €.

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