Cannibales, Régis Jauffret 2


© Seuil.

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Voilà un échange épistolaire bien singulier ! Noémie, 24 ans, écrit à sa belle-mère Jeanne, 85 ans, pour la prévenir qu’elle vient de quitter son fils Geoffroy, 52 ans. (100 % des chiffres de ce billet ont été donnés à ce stade !)

Si les premières lettres oscillent entre une fausse cordialité et une franchise abrupte, elles prennent rapidement une tournure plus subtile. Les mots s’aiguisent pour une bataille de maux où Geoffroy, ex-amant de l’une et fils de l’autre, est tour à tour aimé, vomi, encensé, maudit. Qui saurait distinguer l’amour de la haine, ces faux jumeaux, différents et si proches ?

Ce ping-pong postal (on parle ici d’une véritable correspondance manuscrite entre Paris et Cabourg) est totalement jouissif. La langue est de haute volée – j’ai découvert quelques mots, ce qui est déjà un véritable plaisir en soi. Mieux encore, ces lettres sont pleine d’esprit, de métaphores, d’insinuations perfides, d’ironie, de manipulation psychologique… Quel régal !

Halte là aux natures sensibles ! Certaines images peuvent choquer une partie du public. Car ces dames ourdissent un plan à distance. Et lorsqu’elles se forment dans notre tête, ces images sont terribles ! Répugnantes ! Si bien qu’on les jette aussitôt dans notre poubelle mentale et qu’on s’assoit sur le couvercle.

Croyez-moi, ces deux femmes ont l’art de manigancer les intrigues les plus tordues tout en conversant avec l’air innocent d’une petite vieille sans défense ou d’une jeune ingénue, qu’elles ne sont certes pas. Elle manient leur art avec tant d’habileté que l’on ne sait plus séparer le bon grain de l’ivraie, ni le faux du vrai.

Totalement emballée par ce roman de Régis Jauffret ! (Note à moi-même : lire ses romans précédents.)

Cannibales figure sur la liste des romans sélectionnés pour le Prix Goncourt 2016 (oups ! une date, ça compte comme un chiffre ?), comme Petit paysL’enfant qui mesurait le monde, ContinuerTropique de la violence.

Cannibales, de Régis Jauffret, éd. Seuil, 192 p., août 2016, 17 €.


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2 commentaires sur “Cannibales, Régis Jauffret