Tropique de la violence, Nathacha Appanah 2


 © Gallimard.

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Ne tergiversons pas : c’est rude ! Certes, le titre annonce la couleur. Mais contrairement à Petit pays, L’enfant qui mesurait le monde ou même Continuer (vous l’aurez compris, je m’efforce de lire tous les romans en Goncourse, ce qui me conduit à faire quelques comparaisons), contrairement à ces romans disais-je, Tropique de la violence est hopeless (« sans espoir », ça sonne moins bien, non ?).

Moïse est un enfant abandonné par sa mère peu après sa naissance (ambiance). Il est arrivé à Mayotte (département français) en boat people – on dit kwassas kwassas là-bas – depuis une autre île des Comores. Un bébé clandestin déjà marqué par le destin : il est doté d’un œil noir et d’un œil vert, la marque du djinn (décidément, c’était mal parti pour lui). Autrement dit, Moïse porte malheur, c’est pourquoi sa jeune mère l’abandonne à l’infirmière de l’hôpital qui les as accueillis.

L’infirmière s’appelle Marie. Son ventre infertile a fait fuir son mari. C’est donc sans réfléchir qu’elle recueille Moïse et l’élève comme son fils. Mais il n’a pas quinze ans quand elle disparaît brusquement (puisqu’on vous dit qu’il porte malheur !). L’adolescent se retrouve livré à lui-même dans le quartier de Kaweni, un bidonville aux conditions de vie tellement effroyables qu’on l’a surnommé Gaza. Il devient rapidement un « lieutenant » de Bruce, un garçon à peine plus âgé, chef de la zone.

Larcins, misère, faim, coups, drogue (le « chimique »), saleté, désespoir, loi du plus fort, violence, cruauté, vie de chien, viol, meurtre. Ce roman chorale, où même les morts prennent la parole, dresse un tableau effroyable de la jeunesse mahoraise, que j’ai eu du mal à contempler. Trop sombre, trop abrupt, mais sans nul doute nécessaire – il est grand temps de cesser de se voiler la face : les inégalités sociales sont omniprésentes, en France comme ailleurs.

Ma première lecture d’un livre de Nathacha Appanah, journaliste et écrivaine francophone originaire de l’île Maurice. Tropique de la violence, en lice pour le prix Goncourt 2016, est son sixième roman.

Tropique de la violence, de Nathacha Appanah, éd. Gallimard, août 2016, 179 p., 17,50 €.


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2 commentaires sur “Tropique de la violence, Nathacha Appanah

  • Tamara Auteur du billet

    @Noukette : il faut trouver le bon moment… De toute façon, je ne suis pas inquiète, tu as de quoi t’occuper en attendant ! 😀