L’enfant qui mesurait le monde, Metin Arditi 5


© éd. Grasset.

© éd. Grasset.

Attendez-vous à être un peu déstabilisé par le début de ce roman. Son récit tentaculaire part dans plusieurs directions et l’on navigue à vue durant quelques chapitres.

Il y a d’abord un enfant, âgé d’une douzaine d’années, qui apprend à nager dans la mer. Il s’appelle Yannis. Depuis le divorce de ses parents, il vit avec sa mère, Maraki, pêcheuse. Leur petite maison est modeste, comme la plupart des autres habitations de cette petite île grecque qu’est Kalamaki.

L’île a recueilli Eliot, un architecte américain à la retraite. Venu enterrer sa fille, victime d’une chute mortelle dans un amphithéâtre, douze ans plus tôt, il n’était jamais reparti. Après les obsèques de la jeune femme, ému par l’accueil chaleureux des insulaires, Eliot était resté. Une manière de faire son deuil, en visitant les lieux antiques foulés par sa fille, à la recherche du Nombre d’Or.

Sans oublier le père Kosmas, le pope de l’île, ou Andreas, maire et père de Yannis…

Tous auront un rôle à jouer lorsqu’un géant de l’immobilier annonce son intention d’implanter un complexe hôtelier sur la petite île de Kalamaki. En pleine crise économique, les habitants peinent à gagner leur vie et voient cela comme une aubaine. Mais quelques voix s’élèvent : et l’impact sur le paysage ? Le projet de la défunte fille d’Eliot, qui était d’ériger une école de philosophie ouverte aux étudiants du monde entier, ne serait-il pas préférable ? L’occasion de redonner tout son sens au mot démocratie…

On se laisse doucement embarquer par la langue de Metin Arditi, écrivain francophone d’origine turque, qui tresse une histoire contemporaine autour d’un petit garçon extraordinaire. Un enfant qui ne supporte pas le contact physique de sa propre mère ni le changement, et qui s’adonne à des rituels pour tenter de rétablir l’ordre du monde. Une mission titanesque mais pas impossible, grâce aux histoires du vieil architecte Eliot, dont les héros issus de la mythologie viendront peupler l’imaginaire du fils de Maraki.

S’il l’on devine aisément que Yannis est atteint d’une forme d’autisme, le mot n’est jamais prononcé dans le roman. On s’attache avant tout à comprendre les relations complexes et fragiles de la galerie de personnages, dont on ressent autant la souffrance que la chaleur humaine, dans un contexte économique et politique tendu.

Un joli roman qui figure, comme Petit pays (Gaël Faye), dans la première sélection pour le prix Goncourt 2016.

L’enfant qui mesurait le monde, de Metin Arditi, éd. Grasset, août 2016, 304 p., 19 €.


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