Petit pays, Gaël Faye 13


© éd. Grasset.

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Il existe des livres qui vous bouleversent de la première à la dernière page. Ils sont d’autant plus précieux qu’ils sont rares. Petit pays est de ceux-là. Dans ce petit pays d’Afrique, le Burundi, les mangues côtoient les grenades.

Le récit est porté par la voix de Gaby, 10 ans, dont le bonheur explose en vol, comme les présidents du Burundi et du Rwanda. Entre avril et juillet 1994 (deux ans après le début de cette histoire), près de 800.000 personnes, en majorité tutsies, se feront exterminer sur ordre du gouvernement rwandais, dirigé par des Hutu. Un massacre qui porte un nom : génocide.

Le cœur du roman se déroule dans une impasse, comme un symbole de ce conflit ethnique. Gabriel, sa petite sœur Ana et leurs parents, un Français marié à une Tutsie rwandaise, ont connu des années de bonheur à Bujumbura. Avec ses quatre copains, Armand, Gino et les jumeaux, Gaby partage des moments de complicité et d’insouciance dans un vieux Combi Volkswagen.

Quelques mois avant la guerre civile, lorsque Gabriel écrit à sa petite correspondante française, il lui confie : « Plus tard, quand je serai grand, je veux être mécanicien pour ne jamais être en panne dans la vie. » (extrait p. 52)

Mais les tragiques événements le feront changer d’avis. Comme le dit très justement Donatien, le contremaître de son père : « Le bonheur ne se voit quand dans le rétroviseur. Le jour d’après ? Regarde-le. Il est là. À massacrer les espoirs, à rendre l’horizon vain, à froisser les rêves. » (extrait p. 180) Seule échappatoire à l’horreur du quotidien : les livres (what else ?) prêtés par Mme Economopoulos.

Petit pays, grand livre sur l’enfance qui s’envole trop vite, ne laissant derrière elle que le goût d’une tragique nostalgie. Un premier roman au style éblouissant. Son auteur burundais, Gaël Faye, est aussi compositeur et interprète. Il est arrivé en France en 1995, à l’âge de 13 ans.

(J’espère bien que ce livre va rafler tous les prix littéraires de la saison, d’une part, parce qu’il le mérite, et d’autre part, pour faire taire ceux qui pensent qu’il faut fermer les frontières de la France.)

Petit pays, de Gaël Faye, éd. Grasset, août 2016, 222 p., 18 €.


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