Cézanne et moi, Danièle Thomson 2


© Pathé Distribution.

© Pathé Distribution.

C’est l’histoire d’une amitié méconnue, qui intéressera les amateurs de littérature et de peinture. Les deux protagonistes sont, en effet, deux hommes qui ont marqué le XIXe siècle : Emile Zola et Paul Cézanne.

Tout commence à Aix-en-Provence, en 1852. Fils d’un immigré italien, le jeune Emile est maltraité par ses camarades d’école. Son père, François Zola, était venu dans la région pour y construire un barrage – il est mort peu de temps après. Lors d’une bagarre dans la cour, Zola est en mauvaise posture quand un garçon vient le défendre. C’est Paul. Dès le lendemain, pour le remercier, la mère de Zola lui fait envoyer un panier de pommes. Fruit que le futur artiste ne cessera jamais de peindre tout au long de sa vie…

Le film retrace donc la relation entre Emile et Paul. Une relation complexe, d’autant que seul l’un de ces deux hommes de génie connaît le succès de son vivant. L’enfance est esquissée, et l’on se concentre plus longuement sur leurs débuts à Paris, la pauvreté pour Zola, la tyrannie du père banquier pour Cézanne.

Cercle d’artistes, futures compagnes (interprétées par Alice Pol et Déborah François), promenades au grand air (dont certaines deviendront de célèbres tableaux)… tout gravite autour du lien Zola-Cézanne. Un lien qui s’effiloche au cours du temps, surtout lorsque paraît L’Oeuvre, l’un des tomes des Rougon-Macquart, qui va provoquer l’ire de l’artiste peintre. 

Guillaume Gallienne fait un Paul Cézanne épatant : homme sans cœur, détestable à souhait ! Sa transformation physique, au fil des années qui passent, est bluffante. On croirait voir l’original ! D’autant que le tournage a eu lieu sur les lieux où peignait réellement Cézanne (l’ex-Aixoise que je suis a reconnu quelques pins… et surtout la Sainte-Victoire, haha).

Paul et Emile, l'artiste pauvre et l'écrivain bourgeois. © Pathé Distribution.

Paul et Emile, l’artiste pauvre et l’écrivain bourgeois. © Pathé Distribution.

Quant à Guillaume Canet en Zola, il n’est jamais aussi touchant que quand brille dans ses yeux la lueur d’une indéfectible tendresse pour son ami. Hélas, l’écrivain est bien souvent trop sérieux et l’irrésistible sourire de celui qui l’incarne ne s’affiche que rarement. Cela n’a pas dérangé Guillaume Canet, au contraire : « Les scènes de confrontation sont grisantes à jouer, surtout lorsqu’on a un texte fort » a-t-il confié lors d’une avant-première à Paris. Bonne nouvelle : il vieillit bien !

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Guillaume Canet en Zola. © Pathé Distribution.

L’intérêt principal du film, à mon sens, est de décrire les affres de la création, quelle que soit sa forme : doute, désespoir, désillusion (c’est l’effet 3D !)… le peintre comme l’écrivain vivent avec. Malgré tout, ils persévèrent, parce qu’on ne se débarrasse pas comme ça d’une passion dévorante. Et ce ne sont pas les comédiens qui démentiront. Guillaume Canet, qui est aussi scénariste et réalisateur, s’est confié à ce sujet : « Tout artiste traverse une période de doute. Je le ressens aussi, par exemple lorsque je passe trois ans sur un film et qu’il n’est pas très bien accueilli par le public. »

Guillaume Canet et Danièle Thompson lors de l'avant-première parisienne, le 8 septembre 2016. © tamaculture.com

Guillaume Canet et Danièle Thompson lors de l’avant-première parisienne du 8 septembre 2016. © tamaculture.com

Du soleil d’Aix aux cafés enfumés de Paris, en passant par le sombre bureau de Zola dans sa maison de Médan, on est transporté au cœur du XIXe siècle comme si on y était (Danièle Thompson a choisi de tourner comme si c’était contemporain). Quelques répliques se gravent en mémoire, comme lorsque Paul dit à Emile : « J’aimerais peindre comme tu écris. » Un compliment teinté d’un brin de jalousie, qui résume bien l’amitié sincère mais compliquée entre les deux hommes.

Dernier conseil : si vous voulez voir l’évolution de la peinture de Paul Cézanne, restez pendant le générique de fin !

Cézanne et Moi, un film de Danièle Thompson, avec Guillaume Gallienne de la Comédie-Française, Guillaume Canet, Alice Pol, Déborah François… Sortie : le 21 sept. 2016. Durée : 1h56.


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2 commentaires sur “Cézanne et moi, Danièle Thomson

  • Brize

    Ça donne envie (même si on doit se passer du sourire que je trouve moi aussi irrésistible de Guillaume Canet 😉 ) !

  • Tamara Auteur du billet

    @Brize : le film n’est pas sans défaut (un poil longuet, peut-être ?), mais j’ai trouvé que le positif l’emportait largement !