Haut domaine, Dan O’Brien 4


© éd. Au Diable Vauvert.

© éd. Au Diable Vauvert.

Difficile mission que celle de vous inciter à lire Haut domaine : non seulement c’est un recueil de nouvelles (j’en vois déjà la moitié qui font la moue !), mais en plus, l’auteur fait partie de ces écrivains américains qui s’adonnent au nature writing. Oui, oui, vous avez bien compris : il s’agit de nouvelles qui parlent de pêche, de chasse, de tétras à queue fine, de phoques et d’oies sauvages.

Or, ces nouvelles méritent qu’on s’y intéresse. La preuve : j’ai lu jusqu’au bout L’Héritage, une histoire de canne à pêche, de leurres et de truites arc-en-ciel. Pourtant, la pêche est pour moi un exercice mystérieux, placé dans l’échelle de mes intérêts entre courir et sortir les poubelles.

C’est dire le talent de Dan O’Brien, qui a su m’attirer dans ses filets : son écriture épurée et imagée fait mouche à chaque nouveau récit. Mais le secret plus profondément ancré dans ses lignes, c’est qu’il parle avant tout d’humanité. Quand Jim Martin part à la pêche après une grosse dispute avec sa femme, c’est avec l’attirail de son père, seul héritage qu’il lui a laissé à sa mort. L’occasion pour Jim de remonter le cours de ses souvenirs d’enfance, lorsqu’il tâchait de retenir les leçons du paternel sur l’art d’attraper les truites. Et de découvrir le sens de sa vie.

L’auteur a une sensibilité particulière envers les animaux, qu’ils soient insectes, oiseaux ou mammifères. Peut-être parce qu’il est lui-même fauconnier et éleveur de bisons… Quoi qu’il en soit, il sait comment nous faire sentir animal. Lorsque l’on lit Les Oies sauvages, on devient oie (ou jars, pas de sexisme). On sent le vent dans nos ailes lorsqu’on survole les champs, la chaleur du soleil nous caresser au moment où l’on s’assoupit sur un îlot d’herbe.

Une expérience qui attirera sans doute moins les foules que le Space Mountain ! Autant dire qu’essayer de vous convaincre d’ajouter ce livre à la pile qui vous attend déjà est vain. Heureusement, telle n’est pas ma mission. J’avais juste envie de partager mes impressions… et de pouvoir retrouver, dans six mois ou six ans, le goût de cette lecture grâce à ce formidable outil qu’est le blog.

Haut Domaine, de Dan O’Brien, trad. Walter Gripp, éd. Au Diable Vauvert, 217 p., 18 €.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 commentaires sur “Haut domaine, Dan O’Brien

  • Moka

    « Pourtant, la pêche est pour moi un exercice mystérieux, placé dans l’échelle de mes intérêts entre courir et sortir les poubelles. »
    Mouahahah. Je crois que j’aurais pu écrire cette phrase.

  • Kathel

    Une bonne idée que ce billet ! Les nouvelles ne m’effraient pas, le nature-writing, ça dépend… Je donnerais bien sa chance à cet auteur que je n’ai pas eu l’occasion de voir au Festival America !

  • Tamara Auteur du billet

    @Kathel : c’est bien, parfois, de varier les plaisirs. Là, je me suis aventurée loin de l’univers polar que j’affectionne… sans regret ! 🙂