Nocturama, Bertrand Bonello


nocturama_affiche_webIls sont âgés d’une vingtaine d’années en moyenne, mais certains sont encore dans l’adolescence. Des garçons et des filles, d’origine sociale et géographique hétérogènes. Des jeunes d’une banlieue populaire, un « fils à papa » étudiant à Sciences po, un serveur, d’autres à la recherche d’un emploi…

Il est 14h07. Ils sont concentrés, déterminés. Ils se préparent, suivant un plan réglé à la minute. Dans quelques heures, ils ne seront plus les mêmes : si tout se déroule comme prévu, ils auront commis des attentats dans la capitale française.

Faut-il aller voir Nocturama, le nouveau long-métrage de Bertrand Bonello ? Un film qui devait à l’origine s’appeler Paris est une fête, titre abandonné après le 13 novembre 2015 et l’envolée des ventes du roman de Hemingway. Pour ne pas être accusé de tirer profit du drame, le réalisateur a décidé de trouver un nouveau titre. Il a cherché l’inspiration dans les rayonnages de sa discothèque… et c’est un album de Nick Cave qui lui a tapé dans l’œil !

Le film sort dans un contexte sécuritaire extrêmement tendu, les attentats de Paris sont encore tout frais… Mais le plus effrayant, c’est que le scénario a été écrit entre 2010 et 2011, bien avant les attentats de 2015. La réalité a dépassé la fiction… Cette dernière a-t-elle encore une légitimité ? Certains penseront que Nocturama ne fera que renforcer le stress et la paranoïa déjà omniprésents, d’autres mettront en avant l’utilité d’une catharsis.

Je ne vous le cache pas : pendant les 2h10 que dure le film, je suis restée crispée sur mon siège. Il faut dire que les dix premières minutes se déroulent, presque sans paroles, dans les couloirs et les rames du métro… pas l’idéal pour les Parisiens qui viennent justement d’en sortir pour profiter d’une bonne séance de ciné !

Mais ce n’est que le début d’une tension qui ne nous quitte plus tandis que les personnages nous entraînent dans leur course effrénée vers l’inévitable drame. Des personnages que l’on s’efforce de maintenir à distance, avec plus ou moins de réussite (mais comment ne pas être fasciné par Yacine quand il chante, ou touché par le regard de Sarah ?).

Yacine, David et Sarah, trois jeunes (presque) comme les autres. © Carole Bethuel.

Yacine, David et Sarah, trois jeunes (presque) comme les autres. © Carole Bethuel.

Alors faut-il aller voir cette tragédie ? A priori, je dirais non, c’est un film flippant, violent (forcément), long, dont on ressort avec les épaules nouées, pas du tout détendu. Sauf que… c’est aussi un bon film (de fiction, rappelons-le) : rythme intense, réalisation aux effets soignés, acteurs et actrices épatants, et toute la partie dans le grand magasin est terrible ! (Pour l’anecdote, le tournage a eu lieu dans les anciens bâtiments de La Samaritaine, tous les décors intérieurs ayant été recréés pour l’occasion. Un sacré boulot !)

Pour accompagner le tout, une excellente BO, avec des titres composés par Bertrand Bonello himself (il est aussi compositeur, ça aide).

Voici donc ma recommandation pour celles et ceux qui tenteront l’expérience : après le ciné, prévoyez une séance de massage relaxant !

 

Nocturama, de Bertrand Bonello, sortie en salles le 31 août 2016, durée : 2h10.

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