Le Port des marins perdus, Teresa Radice & Stefano Turconi 2


© Glénat.

© Glénat.

Si vous aimez les histoires de pirates et de navigation (comme Le Maître de Ballantrae), jetez-vous sur Le Port des marins perdus, un album italien époustouflant qui se présente comme un opéra graphique en quatre actes.

Disparitions

Tout commence sur une plage du Siam (l’ancien nom de la Thaïlande), le 4 juillet 1807. Et déjà, plusieurs mystères planent : d’où vient Abel, ce garçon d’une quinzaine d’années retrouvé échoué sur le sable ? Pourquoi le capitaine Stevenson, le respecté commandant de la frégate britannique l’Explorer, a-t-il disparu en même temps que le trésor pris à un bateau ennemi ?

C’est donc William Roberts, premier officier du navire, qui recueille le jeune naufragé. Il se félicite rapidement de l’avoir gardé à bord comme mousse. Abel est doué, il semble très à l’aise en mer. Son bon caractère fait qu’il s’intègre sans trop de heurts à l’équipage.

Après de longues péripéties en mer, l’Explorer arrive enfin en Angleterre. Roberts conduit Abel à l’auberge tenue par les trois filles du capitaine Stevenson. Il est lui-même amoureux de l’aînée, Helen, qu’il espère bien épouser un jour. Mais celle-ci hésite : elle est persuadée que son père n’a pas commis la trahison dont on l’accuse et son chagrin l’empêche de penser à autre chose.

Dessin envoûtant

Voilà juste une mise en bouche des aventures qui se déroulent durant deux années, sur mer et sur terre, en passant par le cap Horn ou l’île de Pâques. Bien d’autres personnages flamboyants, cultivés, débauchés ou perfides complètent le tableau. Les uns fomentent des intrigues, les autres se font l’écho de légendes, tandis que certains errent entre la vie et l’au-delà… Une fois embarqué dans cette histoire, impossible de la quitter !

D’autant que le dessin est tout simplement envoûtant. Tout est fait au crayon à papier, avec une minutie et un sens du détail qui forcent l’admiration (je me demande combien de mines ont été usées sur ces 300 pages !). C’est un travail absolument incroyable : les bateaux, les personnages, les expressions… j’aime tout !

À bord de l'Explorer (extrait p. 9), © Glénat, 2016.

À bord de l’Explorer (extrait p. 9), © Glénat, 2016.

Poésies et chants marins

Tout aussi réussi que le graphisme, le récit ne manque pas de tension narrative et s’accompagne de poésies (William Wordsworth, William Blake notamment) et de chants marins (dont l’incontournable « Drunken Sailor »), listés en fin d’ouvrage. On y trouve aussi la playlist qui a accompagné les auteurs durant les années – cinq, au total ! – nécessaires à la création de ce superbe roman graphique. (Pour l’anecdote : Terasa Radice, la scénariste, et Stefano Turconi, le dessinateur, se sont rencontrés grâce à Mickey et se sont mariés un an après leur coup de foudre.)

Le Port des marins perdus est un océan de beauté sur lequel souffle un vent de poésie… Une vague d’émotions nous submerge à la lecture, le sel de nos larmes vient se mêler à celui de la mer avant d’être emporté au large avec nos rêves de voyage.

Le Port des marins perdus, de Teresa Radice & Stefano Turconi, éd. Glénat, coll. Treize étrange, juin 2016, 313 p., 22 €.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 commentaires sur “Le Port des marins perdus, Teresa Radice & Stefano Turconi

  • zarline

    Ton billet est très très convaincant. J’ai bien envie de tenter le coup et pourquoi pas en vo, histoire d’entrainer un peu mon italien. Jamais essayé la BD, mais je me dis que ça doit être plutôt accessible…

  • Tamara Auteur du billet

    @zarline : j’espère qu’il te plaira autant qu’à moi… Et pour l’italien, je ne m’engage pas, ma connaissance de cette langue étant plus que limitée ! 😉