Le Chant du Pluvier, Laprun – Béhé – Surcouf 2


© Delcourt.

© Delcourt.

Il y a quelques jours, j’ai donné pas mal de coups de pédale face à un vent de force Wolverine pour aller au marché d’Ars-en-Ré. Et devinez ce que j’ai déniché sur un stand de bouquins ? (Bon, c’est un peu facile, vous vous doutez que ça a un rapport avec ce billet de blog.) Je vous le donne en mille : Le Chant du Pluvier ! Un « vieil » album (2009) que j’avais mis dans ma LAL (liste à lire) depuis la lecture d’Erminio le Milanais. On retrouve ici le même trio d’auteurs : un bon augure, même si cela commence par un enterrement en pays béarnais, à Pau, et sous la neige (le réchauffement climatique avait pris une année sabbatique).

Adieux manqués

Après une longue maladie, Peireta vient de s’éteindre dans la ferme familiale. Guilhèm, son fils chéri, est à la bourre pour la cérémonie à l’église, en raison de la mauvaise météo. Il faut dire qu’il vient de loin : son métier d’ethnologue l’a conduit en mission au Groenland.

C’est Marilis, sa grande sœur, qui gère la ferme avec leur père, Bernat. Tous deux ont veillé jusqu’au bout sur Peireta, respectant son choix de ne pas finir ses jours à l’hôpital mais chez elle.

Sans Opinel

Quelques temps après les funérailles, Guilhèm propose à son père de l’accompagner au Groenland. Une manière de l’aider à faire son deuil. Bernat n’a jamais quitté sa région, ni même pris l’avion, mais il accepte de partager cette aventure avec son fils. Et le voyage va être riche en émotions (ça commence dès l’aéroport, quand Bernat comprend qu’il doit jeter son Opinel s’il veut embarquer !).

Le Chant du Pluvier, c’est l’histoire d’une famille où l’on s’aime sans se le dire – toute communication est d’ailleurs un peu compliquée. Sans Peireta, chacun se sent perdu. C’est elle, par exemple, qui a appris à Guilhèm à reconnaître le chant des oiseaux lorsqu’il était enfant. Ce voyage dans le Grand Nord va peut-être permettre au jeune homme de se rapprocher de son père.

Exploration

Un récit où l’on explore l’âme humaine et un petit village groenlandais dont les habitants sont plus vrais que nature (ça donne envie de les rencontrer !). Le dépaysement est total, la langue, par exemple, est d’un exotisme rare : « Kingusinnerusukkut takussuugut, qaamanera nuannaraarput » (j’imagine que leur Scrabble compte beaucoup plus de K que le nôtre, vu qu’on peut écrire plus de choses que OK ou KO).

C’est plein de détails culturels, d’humour, de sensibilité : tout ce que j’aime. Et comme Amandine Laprun et Joseph Béhé sont des scénaristes fort habiles et dépourvus de scrupules, ils nous font verser une petite larme (parce que bon, on n’est pas des robots, captcha : CqFd), mais je vous rassure : la fin finit mieux que le début ! Quant au dessin d’Erwann Surcouf que j’ai découvert dans Pouvoirpoint, je suis fan : des traits épurés, quelques couleurs, et la magie opère.

Il fait un froid de canard congelé ! (Extrait p. 6). © Delcourt.

Il fait un froid de canard congelé ! (Extrait p. 6). © Delcourt.

Iceberg sur la mer : les auteurs ont partagé sur ce site les photos et des cartes de leur voyage au Groenland où ils ont trouvé l’inspiration (et du poisson). Mieux encore : des sons d’endroits que l’on voit dans la BD, comme l’ambiance d’un bar ou les hurlements du chenil, et surtout, la langue groenlandaise, que je vous invite à écouter là.

Bref, une bande dessinée rafraîchissante… qui s’en plaindra ?

Le Chant du Pluvier, Laprun & Béhé (scénario) et Surcouf (dessin et couleur), éd. Delcourt, avril 2009, 169 p., 19,99 €.


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2 commentaires sur “Le Chant du Pluvier, Laprun – Béhé – Surcouf

  • Tamara Auteur du billet

    @Elisabeth : oui, c’est un album très agréable à lire et à regarder. J’espère que vous le trouverez sans difficulté malgré son ancienneté !