Erminio le Milanais, Surcouf-Laprun-Béhé 3


© Vents d'Ouest.

© Vents d’Ouest.

Ça vous dit, un petit voyage en Sicile ? Alors suivez le guide ! Nous partons dans le petit village de Monteluccia, en 1958. Erminio Peroni vient tout juste d’y poser ses valises, après avoir achevé ses études à Milan. Il n’est pas peu fier d’être le nouvel instituteur de cette petite commune implantée sur les terres natales de son meilleur ami, rencontré sur les bancs de la fac milanaise. Lui-même est orphelin et n’a pas d’attaches.

Erminio compte bien faire sa place à Monteluccia. C’est sans compter sur Battista, le maire, dont la famille règne sur les habitants depuis des générations. Il n’est pas près d’accepter qu’un étranger s’incruste dans le paysage. Mais grâce à son ami Paolo, recteur à Rome, Erminio peut rester en poste pour faire la classe aux garçons du village. L’institutrice des filles n’est autre que la jeune sœur de Battista, Anita. Femme émancipée (tout est relatif, mais pour l’époque et le lieu, disons qu’elle s’en sort mieux que d’autres) et mariée, Anita tombe rapidement sous le charme d’Erminio. Acceptera-t-elle de s’enfuir avec lui en Amérique ?

Par un jeu de flash-back et de courts chapitres, on observe les débuts du jeune maître, puis on le retrouve des années plus tard, en 2001. Avec l’âge, il commence à perdre un peu la tête. C’est la raison qui motive l’un de ses anciens élèves, fils de l’ancien maire Battista, à envoyer une certaine lettre, dévoilant un secret que les villageois avaient gardé pendant toutes ces années.

Erminio le Milanais raconte une histoire d’amour sur fond de haine, à une époque où le racisme « traditionnel » envers les non-natifs d’un village justifiait les pires horreurs. La loi du silence prévalait sur toutes les autres, brisant des familles et l’avenir de leurs enfants.

Erminio fait ses débuts d'instituteur à Monteluccia (extrait p. 37), © Vents d'Ouest.

Erminio fait ses débuts d’instituteur à Monteluccia (extrait p. 37), © Vents d’Ouest.

Mais cet album retrace aussi tout un pan de l’histoire d’un village et le changement progressif des mentalités. C’est à la fois dur et tendre, intéressant et dépaysant. Et comme le récit se déroule sur 136 pages, on a le temps de s’attacher aux personnages. Les dessins de Erwann Surcouf allient simplicité et sensibilité : en noir et blanc, les coups de crayon jouent avec les ombres, les hachures et les nuances de gris. Un style assez différent de celui de Pouvoirpoint dont je vous avais parlé récemment.

Ainsi s’achève cette balade sicilienne. Ne nous retournons pas, ne regrettons rien, nous ne pouvons changer le passé. Regardons plutôt vers l’avenir et pensons à notre prochain voyage.

 

Erminio le Milanais, de Amandine Laprun, Joseph Béhé (scénario) et Erwann Surcouf (dessin), éd. Vents d’Ouest, janv. 2006, 136 p., 18,25 €.


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