L’Heure des lames, Rob Davis 5


© éd. Warum.

© éd. Warum.

OK, je suis dans le pétrin. Il y a dix jours, au salon Livre Paris, on m’a dit qu’il était quasi impossible de résumer L’Heure des lames. J’ai relevé le défi. Facile de fanfaronner après une deux quelques coupes de champagne. Aujourd’hui, après avoir refermé la dernière page de ce roman graphique en noir et blanc de Rob Davis (dessinateur anglais de Docteur Who Magazine et de la version BD de Don Quichotte, entre autres), ma perplexité n’a d’égal que mon embarras. Par quel bout commencer ?

Tâchons d’avancer à pas prudents, histoire de ne pas vous effrayer. Scarper Lee, le « héros », a des soucis aussi gros que ses sourcils, ce qui n’est pas peu dire. C’est un lycéen de Bear Park dont le père s’est échappé de l’abri de jardin où il le retenait attaché. Ce n’est pas tout. Le dieu de la remise a été sauvagement assassiné.

Scarper s’enfuit de son lycée avec Castro, un élève de la classe « à problèmes », et Véra Pike, une nana qui n’a pas de jour de mort, et part à la recherche de son géniteur. Enfin, géniteur n’est pas le bon terme, vu qu’ici ce sont les enfants qui construisent leurs parents avec les objets qu’ils ont sous la main. C’est ainsi que la mère de Scarper ressemble à une lampe, tandis que celle de Castro est une cage à oiseaux. Inutile de vous alarmer, ce sont malgré tout des mères aimantes et attentionnées.

Où en étais-je ? Ah oui. Les trois jeunes gens se sont fait la malle, et la Doyenne les pourchasse dans son vieux tacot, « tic, toc, tic, toc ». La Doyenne est certes une personne âgée, mais c’est aussi la big boss du commissariat. Elle détient toutes les dates de morts des habitants et justement, Scarper n’a plus que deux semaines et cinq jours à vivre. Le temps lui est donc compté pour retrouver son père. Mais la tâche n’est pas aisée : il doit non seulement fuir la police, mais aussi éviter les mères en colère, sans compter les pluies de lames qui vous transpercent plus sûrement qu’un pic à glace.

Autant dire que l’aventure est minutée et complexe, surtout pour ce garçon habituellement inoffensif, qui aime à regarder la roue du jour en mangeant des biscuits. « Les biscuits, c’est la vie » résume-t-il très justement. Et ce ne sont pas les dieux-objets qui le contrediront.

On n'est pas bien, tranquille pépère, chez soi, à discuter avec sa gazette intime ? (extrait de L'Heure des lames, © Warum).

On n’est pas bien chez soi, tranquille pépère, à discuter avec sa gazette intime ? (extrait de L’Heure des lames, © Warum).

Je vous l’accorde, tout cela est un peu déstabilisant. Mais c’est aussi intrigant (à propos, un malheureux « intriguante » s’affiche en 4e de couv’), insensé et dérangeant. Donc le mieux à faire, c’est d’accepter d’entrer dans l’univers onirique de Rob Davis sans appréhension et de se laisser porter par cette histoire à suspense, sans trop réfléchir. Puis de refermer l’album complètement déboussolé en se disant « WTF ?! » ou même « Warum ? » (qui est le nom de la maison d’édition, ce qui répond implicitement à la question).

Une expérience pour le moins intéressante, qui donne du grain à moudre sur (au choix) les relations parents-enfants, l’absurdité de la vie et/ou de la religion, ou encore sur le pouvoir de l’imaginaire des artistes (qui ne doivent pas consommer que des biscuits).

Sondage post-billet gratuit et facultatif :

Si vous pensez que j’ai bien résumé L’Heure des lames : tapez 1. 

Si vous n’avez rien compris, c’est que j’ai bien résumé L’Heure des lames : tapez 1.

Si vous aimez les biscuits : tapez 1.

L’Heure des lames, Rob Davis, éd. Warum, févr. 2016, 164 p., 20 €.


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5 commentaires sur “L’Heure des lames, Rob Davis

  • Laura

    1 1 & 1 !!
    En tout cas c est intriguant mais aurais je l audace de me lancer ???
    Ca a l’air un peu compliquée mais je suivrais bien ton conseil et prendrai bien ce livre comme il vient !!
    Merci pour la jolie decouverte !!

  • Tamara Auteur du billet

    @Laura : disons que cela sort complètement des sentiers battus ! Je suis restée un peu sur ma faim avec la fin… mais c’est a priori un one shot, donc on va faire avec !

  • Laura

    Merci de ta réponse !!!
    Je te comprend c’est carrément frustrant de rester sur sa « fin »