La Présidente, François Durpaire & Farid Boudjellal 2


© éd. Les Arènes BD, Demopolis.

© éd. Les Arènes BD, Demopolis.

Et si… Marine Le Pen devenait présidente ? Ce cauchemar – ou ce rêve, c’est selon -, nombreux l’ont fait. François Durpaire, lui, l’a couché sur papier glacé !

Cet agrégé d’histoire et maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Cergy-Pontoise s’est associé à l’auteur de bandes dessinées Farid Boudjellal pour mettre en scène le scénario qu’il anticipe et craint : l’élection de M. Le Pen à la présidence de la République française, le 7 mai 2017.

Près de 160 pages en noir et blanc où l’on suit l’intronisation de la nouvelle élue, la constitution du gouvernement (avec, par exemple, la nièce au ministère de l’École et des savoirs fondamentaux… mais je vous laisse le plaisir de découvrir toute la brochette de ministres), les premières décisions politiques et les résultats qui ne tardent pas à se faire sentir. Et – ô surprise – c’est une catastrophe sur tous les plans : humanitaire, économique, international, politique et de la cohésion sociale. Accessoirement, l’espionnage numérique généralisé rend caduques les notions de liberté de la presse et de liberté individuelle.

Cependant, ce ne sont pas là des résultats jetés en l’air – c’eut été tendre le bâton pour se faire battre – tout est argumenté pour démontrer les conséquences désastreuses qui découlent de chaque mesure. L’auteur s’est d’ailleurs fait aider de plusieurs spécialistes dans chacun des domaines pour étayer ses prédictions. Évidemment, on est dans une fiction sortie de l’imagination de l’auteur, et certaines situations sont exagérées, certains faits peu probables. Mais cela donne à réfléchir…

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans cette bande dessinée, outre le fait que cette politique fiction s’appuie sur des personnalités réelles (politiques, journalistes, artistes…) et des documents existants comme le programme du parti de MLP (le Menton national ou un truc du genre), c’est que l’on suit quatre personnages qui vivent dans un même logement, à Paris.

Il y a Antoinette, 94 ans, ancienne Résistante de la Seconde Guerre mondiale. Cette grand-mère accueille dans son appartement de Belleville (la colocation intergénérationnelle, vous connaissez ?) une jeune femme d’origine sénégalaise, Fati, dont la carte de séjour expire bientôt. Les petits-fils d’Antoinette, Tariq et Stéphane, âgés d’une vingtaine d’années, viennent régulièrement leur rendre visite. Tous ensemble, ils suivent les résultats de l’élection présidentielle. Au lieu de s’effondrer à l’annonce du nom de la présidente, ils décident d’agir et créent un blog : résistance.fr.

Un mot du graphisme : les visages sont aisément reconnaissables, mais avec les jeux d’ombres, les traits sont souvent durs, disons que ça ne les arrange pas vraiment physiquement ! Mes pages préférées sont les doubles où s’étalent de grandes scènes incrustées de quelques vignettes (comme celle de la garden party à l’Élysée ou celle de l’arrestation des rappeurs).

Un avertissement figure en introduction du roman graphique : « Toute ressemblance avec des situations existantes ne saurait être que fortuite, à moins qu’elle ne résulte de la simple application du programme du … ». Pourtant, cet album a un goût de réalité implacable absolument terrifiant. Il est heureusement contrebalancé par la chaleur qui se dégage du foyer d’Antoinette, et par l’espoir qu’une partie de la jeunesse reprenne le combat déjà mené il y a soixante-quinze ans contre les extrémismes.

Mon vœu pour 2016 : qu’un maximum de gens, quelles que soient leurs opinions politiques, lisent La Présidente, avant d’aller voter dans un peu plus d’un an. Promis, ça se lit bien plus facilement qu’un gros bouquin d’analyse politique !

P.-S. : 1/ Une once d’ironie s’est coincée dans certaines phrases (les lecteurs qui me connaissent l’auront déjà compris !) 2/ C’est volontairement que je n’indique ni nom de parti ni tags pour ne pas attirer par des mots-clés des indésirables dans ce salon culturel (et non politique).

La Présidente, de François Durpaire et Farid Boudjellal, éd. Les Arènes BD et Demopolis, nov. 2015, 158 p., 20 €.


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2 commentaires sur “La Présidente, François Durpaire & Farid Boudjellal

  • Tamara Auteur du billet

    @Noukette : j’irai lire ton avis alors ! Pas adapté à des collégiens, mais je pense qu’à partir du lycée, pour celles et ceux qui s’intéressent à la politique, ça peut exercer l’esprit critique.