Seul sur Mars, Andy Weir / Ridley Scott


©20th Century Fox.

©20th Century Fox.

Aujourd’hui, je laisse le champ libre à Tibo, qui m’a accompagnée à la projection presse de Seul sur Mars, parce qu’il avait adoré le livre (que je n’ai pas lu). Il était donc mieux placé pour comparer l’œuvre originale d’Andy Weir et l’adaptation de Ridley Scott. 

Seul sur Mars, c’est avant tout l’histoire d’un entrepreneur. Si, si. D’ailleurs, en m’invitant à chroniquer Seul sur Mars, Tamara s’attendait certainement à ce que le fan de SF en moi parle de l’histoire, de la réalisation, des acteurs. Oui, mais pas que ! Entrepreneur sur Terre, je ne peux m’empêcher de vous parler du premier entrepreneur martien, j’ai nommé Mark Watney.

Le martien, un entrepreneur comme les autres ?

Dans Seul sur Mars, nous suivons les périples de Mark Watney, astronaute qui tente de survivre sur la planète Mars après avoir été laissé pour mort par le reste de son équipage. Alors le parallèle avec l’entrepreneuriat peut sembler osé. Le héros, interprété par Matt Damon, a pourtant une méthode que tout entrepreneur moderne reconnaîtra : résoudre les problèmes un par un, en commençant par celui qui risque de vous envoyer au tapis en premier. Eau, chaleur, nourriture, oxygène : Mark trouve ce qui va lui manquer le plus rapidement. Il établit ensuite un plan pour trouver cette ressource. Il se plante, mais quand on n’a pas le choix, on n’a pas peur de l’échec. Il fait avec ce qu’il a comme moyens, et si le plan qu’il a en tête pour repartir de Mars foire, alors il passe au plan suivant.

C’est exactement ce que font les entrepreneurs qui suivent l’approche Lean start-up. Votre but est de trouver un plan qui marche pour votre entreprise avant que celle-ci ne soit à court de ressources, avant que celle-ci ne périsse. Pour cela, vous testez les parties de votre idée qui sont les plus risquées et vous changez le plan dès que cela ne marche pas. Un risque, c’est un événement plus ou moins probable dont les conséquences sont néfastes et peuvent aller jusqu’à la catastrophe. Ne plus avoir de chaleur, d’air, d’eau ou de nourriture sont des risques auxquels Mark Watney se retrouve confronté tous en même temps. Pourtant, il choisit de résoudre chacun d’eux dans un ordre bien précis. Il commence par le risque le plus élevé. En cela, le parallèle avec l’entrepreneuriat est totalement justifié.

Dans le cas de notre martien, l’enjeu est évidemment encore plus grand puisque Mark, son entreprise et leur survie sont confondus, alors que l’entrepreneur peut survivre à sa boîte.

Le premier bon film sur Mars ?

Fan de SF, j’ai une fascination personnelle pour Mars. Elle apparaît aussi comme la prochaine étape de notre exploration spatiale. Je propose d’ailleurs régulièrement à mon fils d’être le premier homme sur Mars ! Bref, je rêvais depuis longtemps d’un bon film de SF sur la planète rouge.

Et jusqu’à présent, on ne peut pas dire que nous ayons été gâtés : Mission to Mars, Planète rouge, Ghosts of Mars sont – à mon humble avis – médiocres. Le premier Total Recall est un film culte, mais la dimension martienne est somme toute limitée. Sans oublier The Last Days on Mars, un petit film mi-martien mi-horreur qui, s’il ne brille pas par son scénario, fait la part belle aux magnifiques paysages rouge orangé. En réalité, si vous vouliez rêver de Mars, vous aviez jusqu’à présent tout intérêt à regarder les documentaires de la NASA.

©20th Century Fox.

Au moins, tu peux méditer sans que personne vienne t’enquiquiner. ©20th Century Fox.

Cette ère de frustration est enfin révolue ! Seul sur Mars, c’est la planète rouge comme si vous y étiez au quotidien. On a vraiment l’impression de partager tous les petits moments de triomphe et de détresse du premier martien. Les sorties sur Mars, la nourriture martienne, méditer face à des cratères rouges, même aller aux toilettes sur Mars, tout y est ! C’est certainement ce qui rend le film accessible à tous, et non aux seuls amateurs de science-fiction. Ajoutez à cela des vues magnifiques de Mars, de la « bonne » musique disco (impossible d’en dire plus sans spoiler) et vous allez ressortir du cinéma avec une grosse patate. Voir Mars et puis mourir (ou pas), quel pied ! L’expérience cinématographique se distingue d’ailleurs sur ce point du livre.

La vie sur mars : film vs. livre

C’est vrai, « grosso marso », le film est fidèle à l’esprit du livre : le suspense lié à l’épreuve de Mark sur Mars, l’aspect scientifique du personnage tout comme son humour pince-sans-rire. À noter : il s’agit là d’un premier roman, Andy Weir étant programmateur informatique depuis l’âge de 15 ans.

{Attention, cette partie contient quelques spoilers de moindre importance.}

Au cinéma, le rythme est cependant différent. Personnellement, je n’avais quasiment pas respiré pendant les 300 premières pages du livres, mais j’avais trouvé que la deuxième partie aurait gagné à être plus concise. Le film est plus régulier, un poil moins intense au début, il conserve cependant toute notre attention pratiquement jusqu’au bout. Le nombre d’explications scientifiques est considérablement réduit et, dans la plupart des cas, cela ne gêne pas la compréhension desdites explications. Mark relate la plupart des curiosités martiennes dans son journal de bord vidéo.

Un détail, si vous avez vu le film : vous vous demandez peut-être pourquoi Mark Watney fait un trou dans le toit du Rover qu’il comble ensuite avec de la toile gonflé. Ce point est expliqué dans le livre mais pas au cinéma. Il se trouve que, pour survivre à son périple, Mark doit embarquer dans l’habitacle un régulateur atmosphérique, un oxygénateur et un recycleur d’eau. Tout cela ne tient pas normalement dans l’habitacle et c’est pour cela que Mark doit l’agrandir.

©20th Century Fox.

Balade sur Mars en Rover. C’est pas un peu la classe ? ©20th Century Fox.

Ensuite, dans les deux médias, l’histoire se présente comme une série d’épreuves auxquelles sont confrontés Mark sur Mars et le reste des personnages sur Terre et dans l’espace. Dans le livre, ces épreuves s’entremêlent sur plusieurs chapitres. Ce traitement n’est pas adapté au cinéma et chaque épreuve est traité en séquences de 10-15 minutes chacune.

Enfin, pour les puristes des adaptations, le film n’est pas totalement fidèle à l’histoire comme le montrent les deux exemples suivants (ATTENTION SPOILERS) :

  • Au début du livre, Mark ôte le bout d’antenne qui l’a blessé avant de rentrer dans l’habitat. Cela prend 8 lignes en tout. Dans l’adaptation, Ridley Scott, le réalisateur, rallonge l’action et fait un remake de son film Prometheus. Mark arrache l’antenne et s’aperçoit qu’il en reste un bout coincé dans sa blessure. Il s’anesthésie, s’opère et se pose des points de suture, à la Prometheus. Plus visuel et sanglant, cette différence de traitement est aussi un des exemples de changement de rythme entre les deux médias.
  • Lors de son périple jusqu’au site d’Arès 4, Mark a, dans le livre, un accident avec le Rover. Ce passage a disparu du film. À titre personnel, cela ne m’a pas gêné car cette épreuve n’ajoutait rien à l’histoire.

Seul sur Mars est donc une oeuvre qui s’apprécie en lecture comme au cinéma, et dans l’ordre que vous préférez. Pas besoin d’être fan de SF (ou d’entrepreneuriat) pour aimer. Si j’étais seul sur Mars et que je devais choisir l’un des deux, je garderai le livre, pour moi la claque de 2015.

Tibo

(Mais ? Je ne comprends pas : Tibo n’a pas du tout mentionné les pectoraux impressionnants – surtout en 3D, haha – de Matt Damon ! Ni les personnages féminins, dont le principal n’est autre que Jessica Chastain. Bon, en même temps, c’est son billet, hein, alors je me tais. 🙂 Tamara)

©20th Century Fox.

On souffre avec toi, Mark ! ©20th Century Fox.

THE MARTIAN

Seul sur Mars, d’Andy Weir, éd. Bragelonne, juin 2015, 406 p., 20 € (version poche aux éd. Milady depuis oct. 2015, 7,90 €).

Seul sur Mars (The Martian), de Ridley Scott, avec Matt Damon, Jessica Chastain, Kirsten Wiig… Sortie : le 21 octobre 2015. Durée : 2h21.

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