La République du catch, Nicolas de Crécy


©éd. Casterman.

©éd. Casterman.

Avant d’entamer la lecture de ce gros album, mieux vaut laisser ses repères de côté. Comme ça, on accepte facilement le postulat de départ : Mario, nain gérant d’une boutique de piano dont la famille mafieuse règne sur la ville, partage ses journées avec un manchot. Pas si manchot que ça, d’ailleurs, car l’animal joue délicieusement du piano. Un jour, Mario est convoqué par son neveu Enzo, un bébé aux dents longues dont l’intelligence n’a d’égale que la cruauté. Ce dernier lui confie une mission, qui tourne au cauchemar. En réalité, l’affreux mioche veut simplement se débarrasser de son oncle pour transformer sa boutique de pianos en casino. Secouru par son manchot et par une bande de fantômes éclopés, Mario veut donner une bonne leçon à toute sa famille et à leur armée de catcheurs.

Cet album entièrement en noir et blanc est empreint d’une ambiance étrange. Pas étonnant : il a été conçu pour un éditeur japonais et publié sous forme d’épisodes de « manga », précise Nicolas de Crécy à la fin de la version française parue simultanément. D’où les hommages aux yõkai (esprits) et yakusas (mafieux japonais), les scènes dignes des films d’action les plus musclés qui s’enchaînent sans respiration, et les hallucinantes créatures qui se mêlent aux humains comme si de rien n’était.

En cela, la BD est donc plutôt réussie.  Sur le plan narratif, c’est très rythmé et on se laisse entraîner malgré tout dans ce récit bizarre peuplé de catcheurs et de têtes tueuses, avec quelques situations assez cocasses. Seule la fin m’a laissée sur la mienne, j’ai eu l’impression qu’il manquait un chapitre (en réalité, c’est à nous d’imaginer ce qu’il va advenir). Du côté des personnages, ma foi, on peut difficilement s’attacher à eux, et on aimerait pas trop les avoir pour voisins ! La République du catch plaira sans doute aux amateurs de mangas et d’histoires un peu barrées. Pour les autres, je ne m’avancerait pas ! À noter que cet album est sélectionné dans la catégorie BD pour la 16e édition du Prix SNCF du Polar.

Ed. Casterman, avril 2015, 220 p., 20 €.

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