Zaï Zaï Zaï Zaï, Fabcaro 8


©6 Pieds sous terre éditions.

©6 Pieds sous terre éditions.

Ça faisait longtemps que je n’avais pas autant ri en lisant une BD ! De quoi rendre jaloux mes voisins de métro, qui s’efforçaient de lire le titre de l’album pendant que je tournais les pages. Je parle d’une bande dessinée, mais il s’agit en fait d’un « road movie » (d’ailleurs, ne cherchez pas la numérotation des pages, il n’y en a pas !). C’est l’histoire d’un mec (copyright M.C.) en cavale, pourchassé par les flics, parce qu’il a commis un crime impardonnable : il a oublié sa carte de fidélité du magasin et s’en est rendu compte trop tard, une fois arrivé à la caisse. Sa seule défense ? Il a oublié la carte dans son autre pantalon, celui qu’il a mis au sale. Sauf que voilà, on ne plaisante pas avec la carte de fidélité du magasin.

Zaï Zaï Zaï Zaï est une critique extrêmement brillante – démonstration par l’absurde – de notre société : d’un simple fait divers découlent l’emballement médiatique (les interviews des témoins sont tordantes) et le jugement à l’emporte-pièce de la population (dont une partie voit évidemment un complot derrière tout ça).

Au passage, la police en prend pour son grade (la scène du chien policier, hahahaha !), tout comme les journalistes des chaînes d’info en continu (qui soufflent leurs répliques aux témoins interrogés), les auteurs de BD (communauté dont fait partie le fugitif), les « experts » qui passent à la télé pour analyser la situation, les politiques, la Lozère, les parents qui donnent des prénoms improbables à leur progéniture, les chanteurs qui se font du blé sur la cause des malheureux… Sans oublier les automobilistes qui vous forcent à chanter Nagawika à tue-tête (ce que je faisais le matin même, avant de lire la BD ! Coïncidence ? I don’t think so.)

Attention, deux ou trois passages un peu trash (mais drôles malgré tout !) m’incitent à conseiller cet album aux adultes et aux (grands) adolescents capables d’encaisser le second degré et d’apprécier l’humour noir (pas de jaloux, les ados passent aussi à la moulinette de Fabcaro !).

Côté dessin, j’ai aimé les planches très aérées, le trait sans chichis et la couleur indéterminée (j’hésitais entre kaki clair et doré mat, mais la vérité est sortie de la bouche d’un enfant : « vert caca d’oie ») associée au noir et blanc, qui en font un album original (ce dont on pouvait se douter dès le titre).

J’ai été littéralement subjuguée par Zaï Zaï Zaï Zaï, un album totalement réjouissant sélectionné pour la 16e édition du Prix SNCF du Polar (je n’ai pas encore lu les quatre autres albums sélectionnés, mais la barre est placée haut), entre autres prix. Précipitez-vous, je doute que vous le regrettiez !

Extrait de Zaï Zaï Zaï Zaï ©6 Pieds sous terre éditions.

Ed. 6 Pieds sous terre, mai 2015, 72 p., 13 €.


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8 commentaires sur “Zaï Zaï Zaï Zaï, Fabcaro