Carnets de thèse, Tiphaine Rivière 10


© Seuil.

© Seuil.

Préparer sa thèse, c’est comme gravir un chemin dont on ne connaît ni la longueur ni les embûches. Ça peut bien se passer ou s’avérer traumatisant à bien des égards (#ermite + #célibat + #BnF + #mondirecteurderecherchematuer). C’est ce que raconte Tiphaine Rivière dans ses Carnets de thèse, une BD très drôle, grâce au curseur d’auto-dérision poussé à son maximum (même si le personnage s’appelle Lucie, le parcours est largement autobiographique).

C’est certain : faire sa thèse sur Kafka, c’est très enthousiasmant… du moins, la première année. Au début, la question centrale pour la doctorante potentielle est de savoir quelle tenue elle va porter pour se présenter à son directeur de recherche. Les mois passant, c’est plutôt l’intitulé de sa thèse qui pose problème, ou encore l’art de rédiger un e-mail pressant mais cordial (sans être familier), pour savoir quand le grand homme daignera jeter un œil à ses 69 pages de plan envoyées un semestre plus tôt… Et puis vient le temps où Lucie s’interroge sur l’utilité de son travail.

Les galères sentent le vécu, mais elles sont traitées sans aigreur, plutôt dans un esprit tragi-comique qui parle même aux gens qui n’ont jamais commis la folie eu le courage de se lancer dans cette aventure universitaire. Et justement, l’université est aussi égratignée au passage : les services administratifs avec lesquels il est difficile de communiquer (Brigitte Claude, la « secrétaire du département des thèses depuis 1987 », est hilarante), les cours donnés aux étudiants en licence non payés, les coupes budgétaires…

Patience, le téléphone finira bien par cesser de sonner... © Seuil.

Patience, le téléphone finira bien par cesser de sonner… © Seuil.

Remarquez, côté familial, les choses sont tendues aussi. Allez faire comprendre à mémé qu’il faut un an pour faire un sommaire ! Si l’on ajoute une vie amoureuse en pointillés – forcément, quand Kafka s’invite au milieu des ébats… – des amis qu’on n’a plus le temps de voir, la conclusion s’impose : la thèse ou la vie ?!

Des dessins modernes, des planches aux styles variés, une palette de couleurs douces… tout cela n’a fait qu’ajouter à mon plaisir de lecture (et puis, l’auteure est sympa : à la fin, elle donne plein d’adresses de blogs pour décompresser quand on vise le doctorat). Un album à lire d’urgence pour se sentir compris (si on fait une thèse) ou pour se féliciter d’avoir échappé à tout ça !

 

Carnets de thèse, Tiphaine Rivière, éd. Seuil, mars 2015, 180 p.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

10 commentaires sur “Carnets de thèse, Tiphaine Rivière