Duccio Chiarini, l’éveil d’un réalisateur


Duccio Chiarini, sous l'œil bienveillant de Jean Gabin. Paris, 16 juin 2015. ©Tamaculture.

Duccio Chiarini, sous l’œil bienveillant de Jean Gabin. Paris, 16 juin 2015. ©Tamaculture.

De passage à Paris pour la promotion de son premier long métrage, L’Éveil d’Edoardo (Short Skin), le réalisateur italien Duccio Chiarini m’a accordé un peu de son temps. J’avais préparé des questions en italien (grazie, Mariella !) et en anglais… mais finalement, Duccio se débrouille pas mal en français (#ouf), ses arrière-grands-parents ayant quitté la Lorraine pour l’Italie dans les années 1920. L’interview est retranscrite sans le charmant accent italien, hélas !

« Vous semblez avoir beaucoup d’empathie pour Edoardo et sa bande d’amis. Quel est votre personnage préféré parmi ces adolescents ?

Duccio Chiarini : Depuis que j’ai eu l’idée de faire ce film, je me suis identifié à Edoardo… C’est une histoire autobiographique, en fait. Donc ses yeux sont ceux avec lesquels je regardais le monde étant ado… et parmi les personnages qui l’entourent, c’est Elisabetta que je préfère [la fille avec laquelle Edoardo sort sans être amoureux d’elle, puisqu’il aime Bianca]. Quand j’étais plus jeune, je suis tombée amoureux de filles et de femmes. Mais celles qui m’ont fait grandir, ce sont les autres, les « Elisabetta » de ma vie. C’est une fille qui n’a rien d’exceptionnel, elle est accessible, et c’est avec une fille comme ça que j’ai connu mes premières expériences. J’aime la fragilité d’Elisabetta combinée avec sa féminité. Et sinon, j’aime bien la petite sœur d’Edoardo ! [À 11 ou 12 ans, elle casse un peu les bonbons à son grand frère, et elle est préoccupée par la recherche de la partenaire idéale pour son chien…]

Les comédiennes qui jouent les copines d’Edoardo n’ont pas des corps parfaits, elles ne sont pas des « bimbos », on voit un peu de cellulite par-ci, une poitrine menue par-là (merci au nom de la gent féminine !)… Était-ce délibéré ?

D.C. : J’ai beaucoup réfléchi à ça après la sortie du film. Avant le tournage, j’avais seulement imaginé qu’Elisabetta devait être une fille un peu « grosse ». Le reste est venu avec le casting. J’ai adoré la fragilité, la maigreur d’Edoardo. Je voulais Francesca Agostini dans le rôle de Bianca, et elle non plus n’est pas une sex bomb. Mais elle me fait penser à Lola Creton, je l’adore dans Un amour de jeunesse [un film de Mia Hansen-Løve sorti en 2011].

Qu’est-ce qui a été le plus difficile pendant le tournage de L’Éveil d’Edoardo ?

D.C. : On a tourné en 4 semaines, avec un budget de 150 000 €, ce n’est pas beaucoup. Mais tout s’est bien passé… La difficulté était de rentrer dans le monde des adolescents. Les acteurs qui jouent Edoardo et Arturo ont 18 ans, juste un an de plus que leurs personnages… Donc on a beaucoup parlé, je leur ai expliqué le projet pour qu’ils soient en confiance.

Arturo et Edoardo. ©Epicentre films.

Arturo et Edoardo. ©Epicentre films.

Vous avez reçu deux prix au festival de Cabourg ce week-end : le Grand Prix et le Prix de la Jeunesse. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

D.C. : J’étais ému. J’ai une relation très affectueuse avec la France, parce que ma famille est à moitié française. Mes arrière-grands-parents ont émigré de Lorraine pour venir s’installer en Italie dans les années 1920. Donc être primé en France, ça me touche. Et puis, j’adore le cinéma français.

Vous avez 37 ans. Comment êtes-vous arrivé au cinéma ?

D.C. : J’ai fait du droit à l’université, et ensuite L’École du film à Londres. Puis j’ai commencé à faire des courts-métrages et un documentaire.

À la veille de la sortie de votre film en France, dans quel état êtes-vous ?

D.C. : J’ai tellement stressé pour la sortie en Italie il y a un mois, que là, j’ai décidé de ne pas trop m’inquiéter. On a tourné le film en avril 2014, on l’a monté en mai-juin, puis on l’a présenté à la Biennale de Venise en septembre, au festival du film de Berlin en février 2015, puis à Sophia, Stockholm, Istanbul, Seattle, New York, on a gagné un prix à Milan… Tout s’est bien passé !

Votre film est une comédie, mais on ne se moque pas des personnages, on rit avec eux, on est dans l’empathie… Mais il y a aussi des moments difficiles, comme l’adultère d’un parent. C’est dur, pour un ado qui a déjà ses problèmes à gérer, d’avoir les problèmes de ses parents qui pèsent un peu sur ses épaules…

D.C. : Oui, l’idée était de faire un parallèle entre Edoardo et ses parents. Au fur et à mesure qu’il grandit, les adultes deviennent des enfants.

Vous analysez avec beaucoup de justesse les sentiments de l’adolescence. Vous êtes resté un grand enfant ?

D.C. : Oui, je pense ! (rires) En fait, j’ai gardé toutes les lettres que j’écrivais étant ado à mon amour imaginaire.  J’ai photocopié mes lettres, et j’ai pu les relire et c’est comme ça que j’ai pu me remettre dans l’esprit de l’ado que j’étais.

Edoardo et Bianca. ©Epicentre films.

Edoardo et Bianca. ©Epicentre films.

Vous êtes très inspiré par les relations humaines, par l’amour…

D.C. : Oui, tout part de là. Hier, je parlais avec un ami argentin, qui me demandait comment j’avais l’idée de mes films, si je voyais les images dans ma tête. Mais non, pour moi, les images viennent à la fin. Tout part d’un sentiment. À partir de ce sentiment, il y a une histoire, un personnage…

C’est votre premier long métrage… vous préparez déjà le suivant ?

D.C. : Oui, j’ai déjà une idée. Il parlera de la fragilité masculine à travers l’histoire d’un garçon de 30 ans qui doit réfléchir à ce qu’il veut pour sa vie. Il doit quitter son appartement et commence à faire un voyage forcé sur les canapés des autres. Ce sera une comédie bittersweet [douce-amère].

La carrière, ça passe après la famille et l’amour ? 

D.C. : Mon métier, c’est une passion, en fait ! Mais c’est vrai que toutes mes relations amoureuses sont subordonnées à mon travail. Récemment, j’ai eu une opportunité de boulot que j’ai saisie, et mon histoire d’amour a pris fin. Mais je ne pense pas avoir sacrifié cette histoire d’amour, je pense juste que cet amour n’était pas suffisamment fort pour survivre. Je pense qu’un véritable amour peut résister à ce genre d’épreuve, à condition de l’entretenir, bien sûr ! C’est comme une plante qu’il faut arroser. Et si c’est le véritable amour, on a envie de l’arroser ! Dans mon cas, je pense que c’était le moment idéal pour mettre un terme à cette relation.

Vous pensez parfois à des amours de jeunesse auxquelles vous regrettez d’avoir mis fin ?

D.C. : Non. Je pense parfois à un amour impossible… Mais je ne le regrette pas, parce qu’on n’a pas eu l’occasion de vivre cette histoire.

Ce sera peut-être le sujet d’un prochain film ! Et ma question bonus concerne la littérature… Quel est votre auteur préféré ?

D.C. : Tchekhov ! J’aime le dénuement, la simplicité. »

Encore un Italien qui a bon goût. 😀 Un réalisateur à suivre, si vous voulez mon avis. En tout ças, son premier film m’a emballée, je vous le recommande chaudement !

L’éveil d’Edoardo, de Duccio Chiarini, avec Matteo Creatini, Francesca Agostini, Nicola Nocchi… Durée : 1h26. Sortie : le 17 juin 2015.

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