Un membre permanent de la famille, Russell Banks 2


©Actes Sud.

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J’ai cédé devant l’enthousiasme d’un libraire – de toute façon, je comptais bien lire un jour l’écrivain américain Russell Banks ! Dans ce recueil de douze nouvelles, des hommes, des femmes, des chiens, et beaucoup de solitude. Divorce précoce, séparation douloureuse, maigre retraite… La vie est une galère sans nom pour ceux qui n’ont plus grand-chose à quoi se raccrocher. Il y a bien les enfants, mais même avec eux, c’est compliqué. Surtout s’il y a des flics parmi eux, et qu’on décide de braquet une banque pour s’en sortir financièrement, vous dira le vieux Connie. Ou qu’un geste malencontreux met fin au seul lien qui vous relie à votre progéniture, comme en témoigne ce père de quatre filles.

Et puis, il y a Noël, période terrible pour les esseulés, parfois prêts à commettre des folies pour qu’on les remarque, n’est-ce pas, Harold ? Quant à Howard, il se raccroche à son cœur, celui qu’un inconnu lui a donné. Reste à savoir quoi en faire. Renouer avec ses habitudes d’avant son divorce et multiplier les aventures ? Ou se lancer à l’aventure, en quittant tout ce qu’il a ? Une occasion qui s’est présentée il y a cinq ans à Stanley, un représentant de fournitures en plomberie, mais qu’il n’a pas saisie au vol. Sa vie aurait pourtant pu prendre un tout autre chemin…

Ma nouvelle préférée ? Blue. L’histoire de Ventana, une femme de 47 ans qui a économisé pendant des lustres pour s’acheter sa première voiture, d’occasion, chez Sunshine Cars USA. Un achat qui demande de la réflexion : alors qu’elle procède à un examen des vieilles guimbardes au fond du parc d’exposition, elle se fait enfermer dans la propriété sans que les employés s’en aperçoivent. Qui viendra la sauver du monstrueux chien de garde avec lequel elle doit passer la nuit (et qui m’a immédiatement fait penser à Cujo) ? Ce jeune garçon qui se cache sous un sweat à capuche ? La chaîne d’infos locales friande d’histoires sensationnelles ? Réponse dans la chute, terrible.

Inutile de se cacher la face, ces nouvelles ne vous feront pas sautiller de joie. Vous vous sentirez peut-être même un peu plombé après ces douze coups de massue. Mais ils sont assénés avec une dextérité littéraire et une telle subtilité que l’on n’est pas complètement assommé, juste un peu étourdi. Ce qui nous laisse quelques neurones disponibles pour réfléchir au sens de tout ça. « Profitons de ce que l’on a au moment présent » (pour les optimistes) ou « À quoi bon ? » (pour les déprimés).

Un membre permanent de la famille, Russell Banks, trad. de Pierre Furlan, éd. Actes Sud, janv. 2015, 239 p., 22 €.


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