#EnjoyMarie, Marie Lopez 3


#EnjoyMarie

©Anne Carrière.

Cela ne vous aura sans doute pas échappé, le livre de la plus célèbre Youtubeuse de France, Enjoy Phoenix (plus de 1,5 million d’abonnés sur Youtube) a caracolé en tête des ventes quelques jours seulement après sa parution fin mai (100.000 exemplaires ont déjà trouvé un foyer d’accueil). N’écoutant que mon courage, je me suis dévouée pour le lire (ne me remerciez pas, c’est plus fort que moi, j’aime rendre service).

Juste pour restituer le contexte : la première fois que j’ai regardé une vidéo de Marie, c’était il y a deux ans. Depuis lors, je regarde régulièrement quelques-unes de ses vidéos (par devoir, si je puis dire). Si elle était lycéenne (en seconde) lorsqu’elle a commencé à parler sur sa chaîne des problèmes d’ado (école, cheveux, acné, shopping…), à 20 ans, Marie exerce désormais cette activité à titre principal (« c’est devenu un métier et une passion » dit-elle), activité ma foi fort lucrative puisqu’elle a reconnu récemment que ses revenus annuels comptent 6 chiffres (avant de vous précipiter sur Youtube pour ouvrir votre chaîne, sachez que c’est quand même exceptionnel, plein de Youtubeuses gagnent simplement de quoi s’acheter une paire de chaussures lors de la deuxième démarque des soldes).

Bref, j’étais curieuse de découvrir son « autobiographie », mêlant confessions et conseils à ses fans. Ces derniers sont – on s’en doute – des pré-ados et ados en quête de reconnaissance, de compréhension, d’écoute et d’un modèle à suivre : le modèle d’une fille ordinaire devenue célèbre (un peu comme Cendrillon, finalement, même si, heureusement, Marie a une belle-mère vachement plus sympa, cf. chapitre 14 – oups, spoiler, désolée !).

On peut dire que je n’ai pas été déçue. Enjoy Phoenix, fidèle à elle-même, a tourné une vidéo. Mais par écrit. Les chapitres commencent donc par une description du contexte dans lequel elle tape sur son clavier (pieds gelés, bougies allumées, en pyjama… rien n’est épargné au lecteur avide de détails) et s’achèvent de la même manière, avec l’annonce du programme de la journée suivante, pas forcément dédiée à l’écriture, d’ailleurs, parce que bon, « deux jours d’écriture, cinq jours de repos… enfin, de réflexions », c’est un bon rythme de travail (là, ce sont les travailleurs ordinaires qui se prennent à rêver ! 🙂 ).

Ainsi, si le chapitre 1 commence en théorie p. 9, Marie ne dévoile que p. 14 qu’elle va nous faire un plan, et qu’on « voyagera par chapitres », ce qui est assez novateur dans le monde de la littérature, il faut bien le reconnaître. Si vous me suivez bien, il y a donc 5 pages de digressions « préambulatoires », si j’ose dire, qui partent dans tous les sens (ce que la narratrice reconnaît elle-même, mais que l’éditeur n’a pas jugé utile de supprimer).

Idem pour les 20 chapitres – oui, j’ai tout lu, même l’épilogue, je mérite une médaille en chocolat et une bonne tasse de thé. Parce que vous ne le savez peut-être pas, mais le lecteur le découvre très vite : l’autre passion de Marie, c’est le thé. Et elle ne manque pas de nous abreuver tout au long de ses confessions : p. 14, p. 22, p. 39 (une théière entière !), p. 69 (et là, c’est le drame : le liquide dans la tasse est devenu froid), p. 72, p. 74, p. 79, p. 96 (« des tasses »… un peu flou, là, mais on suppose qu’il s’agit bien de thé, cf. la jurisprudence des pages précitées), p. 117, p. 170 (deux tasses, soyons fous), p. 191 (du thé glacé, tada ! un peu de nouveauté, il était temps, c’est déjà le chapitre 18), p. 200 (une tasse « bien chaude » – retour au classicisme), et p. 204.

Qu'on ne me parle plus de thé ! ©Disney.

Qu’on ne me parle plus de thé ! ©Disney.

Oui, j’ai compté les tasses de thé pour me tenir éveillée ! Parce que, hélas, toutes ces pages superflues sont fort nombreuses, et les conseils et histoires personnelles que l’on pouvait légitimement attendre dans ce livre-témoignage se font trop rares. Quelques passages sont intéressants (le regard des autres, les différences, le harcèlement à l’école, les instants de bonheur dont il faut profiter…) et je pense sincèrement qu’ils peuvent aider des jeunes filles esseulées, mal dans leur peau et en quête d’une « grande sœur » dont elles se sentent proches grâce aux réseaux sociaux. Mais ils sont noyés dans le thé au milieu de la mise en scène incongrue et perdent ainsi de leur substance.

Pourtant, on sent qu’Enjoy Phoenix s’est donné du mal (même si elle a l’air de faire plus de grasses mat’ en une semaine que moi en deux ans… mais là, c’est la jalousie qui parle !). La preuve, elle fait souvent appel au dictionnaire (chapitres 1, 2, 6, 8, 16, 17, 18) pour nous donner la définition de mots comme acné, rumeur, populaire, garçon ou nomophobe (non, ce n’est pas pour « meubler », mauvaises langues, c’est pour engager la réflexion). 

Ce qui est plus gênant, c’est ce teasing systématique pour le chapitre suivant… Comme si le fait d’avoir acheté le bouquin n’était pas suffisant pour que le lecteur ait envie de tourner les pages. Ça et le fait que Marie nous fasse partager ses nuits (mal dormi, bien dormi, pas assez dormi, trop dormi), sa satiété (faim, pas faim, très faim), ses baîllements (j’espère qu’elle met sa main devant sa bouche, mais je crains qu’elles ne soient toutes les deux sur son clavier), son ennui d’écrire (elle a parfois l’air de se faire encore plus ch*** que nous, lecteurs !), la fièvre de l’écriture qui la reprend (à un paracétamol près, on économisait 15 €, c’est pas de bol)… Elle conclut sur le fait qu’elle est devenue accro à l’écriture, ce qui laisse présager du pire, cette première tentative se résumant à des pages remplies de phrases qui piquent les yeux, de bisous et de « à demain ». Bref, ce n’est pas un livre, c’est un journal intime qui aurait dû le rester.

"Je suis un vrai livre, lisez-moi !"

« Je suis un vrai livre, lisez-moi ! »

Si tout réussit à cette jeune fille, tant mieux pour elle, sa sincérité et son perfectionnisme (elle passe des heures à tourner et à monter ses vidéos) ont certainement contribué à son succès et c’est mérité. Mais si vous êtes un-e ado ou parent d’ado, je ne peux que vous recommander d’investir vos 15 € dans un autre livre que #EnjoyMarie (Enjoy Phoenix cite d’ailleurs Victor Hugo, Saint-Exupéry, Thomas Paine… ce qui fera toujours mieux dans une copie que : « comme le dit EnjoyPhoenix dans son ouvrage… », je dis ça, je ne dis rien).

Pour connaître les anecdotes et les astuces de Marie, allez plutôt voir ses vidéos, qui ont le mérite d’aborder les mêmes sujets avec beaucoup plus de talent, de dynamisme et de clarté que sa plume pour le moins maladroite. Si j’en crois les commentaires sur différents sites de ventes de livres, on est « plusieurs » parmi ses 100.000 lecteurs à partager cet avis… mais libre à vous de vous forger le vôtre, bien sûr !

#EnjoyMarie, Marie Lopez, éd. Anne Carrière, 216 p., 15 €.


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3 commentaires sur “#EnjoyMarie, Marie Lopez

  • Karine:)

    Visiblement pas pour moi. Mais si ça peut aider quelques jeunes de lire les confidences d’une « vedette »… why not.

  • Tamara Auteur du billet

    @Karine : ha, ha, je confirme, pas du tout pour toi, tu es bien trop vieille ! :mrgreen: 😀

  • Karine:)

    Finalement, je l’ai lu… la fille d’une amie m’a « obligée » à le faire.
    Oh boy. Je n’en parlerai que dans mon wrap up, mais pas de billet!