La Part des flammes, Gaëlle Nohant 5


©Héloïse d'Ormesson.

©Héloïse d’Ormesson.

Un plongeon dans le Paris de la fin du XIXe siècle, ça vous dit ? Plongeon n’est peut-être pas le terme approprié, étant donné qu’il n’est pas question d’eau, dans ce deuxième roman de Gaëlle Nohant, mais de feu. En mai 1897, un effroyable incendie a détruit le Bazar de la Charité, un lieu où ces dames de la noblesse jouent aux vendeuses, durant quelques jours, pour récolter des fonds pour leurs « bonnes œuvres ». Las, cette année-là, alors que la foule arpente les allées, le feu se déclare et tout s’enchaîne très vite : personnes piétinées, chevelures et dentelles enflammées, peaux brûlées… Les victimes sont nombreuses et le tout-Paris pleure une mère, une sœur, une cousine, une amie.

Mais cette tragédie – fait historique – n’est qu’un des socles de La Part des flammes : je me suis d’ailleurs fait surprendre par la rapidité de l’événement ! Bien d’autres aventures (sorties tout droit de l’imagination de l’auteure) se produisent au cours des quelque cinq cents pages de ce roman passionnant. Manigances, manipulations, histoires d’amour, duel, enlèvement… pas question de laisser le lecteur s’endormir ! Les personnages, eux aussi, sont très fouillés, même ceux qui n’ont qu’un petit rôle à jouer.

Dans les rôles principaux, des femmes extrêmement différentes, que le Bazar de la Charité va réunir. Violaine de Raezal, une belle comtesse déjà veuve et mal-aimée de ses beaux-enfants, s’efforce de retrouver un sens à sa vie. En cela, la duchesse Sophie d’Alençon va l’aider : cette femme charismatique qui goûte peu les mondanités passe son temps auprès des lépreux et entraîne Violaine sur ses pas. Et puis il y a Constance d’Estingel, cette jeune fille consumée par son amour de Dieu et par son attirance pour Laszlo de Nérac, dont l’incendie du Bazar lance la carrière de journaliste.

C’est d’ailleurs en partie sur les coupures de journaux de l’époque que s’appuie le récit des événements (sans prétention historique), ce qui contribue à l’impression d’être plongé au cœur du drame lors de la lecture. On suit tour à tour le point de vue des différents protagonistes : celui du journaliste Nérac lors de ses reportages, ceux de certains personnages secondaires, qui viennent compléter les mésaventures des femmes victimes de l’incendie. Ce roman chorale est mené de main de maître, avec une fluidité et un suspense remarquables, et on tourne les pages avec avidité. Un autre plaisir pour la Parisienne (d’adoption) que je suis : se promener dans la capitale en fiacre, dans des quartiers dont les noms ont parfois changé, mais que l’on reconnaît aisément. 

Même si l’épaisseur du bouquin peut en effrayer certains, je vous rassure, ça se lit très (trop) vite… Côté plume, j’ai trouvé le style très agréable : l’auteure utilise un vocabulaire d’époque lorsque cela s’y prête, tout en restant très moderne. Le lecteur est donc d’emblée transposé au XIXe siècle sans avoir à faire d’efforts particuliers ! Un livre qui nous rappelle au passage qu’il n’était vraiment pas drôle d’être une femme à cette époque : enfermée au couvent, mariée de force à un vieux riche ou internée sur décision d’un mari dans un hôpital psychiatrique… on ne sait que choisir ! 

Je suis ravie d’avoir autant aimé ce roman, dans lequel Gaëlle Nohant a mis beaucoup de cœur, de temps (de recherches et d’écriture) et de persévérance (pour le faire publier) – son premier roman ayant paru en 2007. Une preuve qu’il ne faut pas se décourager, qu’il faut croire en soi et s’armer de courage, le succès est au bout du chemin ! 

La Part des flammes, éd. Héloïse d’Ormesson, mars 2015, 496 p.


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