L’Obscure Splendeur de Raymond Famechon, Isabelle Mimouni 7


©Cohen&Cohen.

©Cohen&Cohen.

Raymond est né à Maubeuge (département du Nord, à 7 km de la frontière belge), dans les années 1920. Il a grandi dans une famille pauvre : pensez donc, onze enfants à nourrir ! Le père ne croit pas à l’ascenseur social de l’éducation nationale. Il préfère que ses garçons apprennent à cogner : les cinq fils aînés sont boxeurs.

Raymond n’échappe pas à la règle paternelle, tant pis pour le foot, qui le tentait pourtant bien. Des entraînements aux combats, des combats aux entraînements, tout s’enchaîne à la vitesse d’un uppercut. À peine le temps d’épouser Micheline, il parvient déjà à se faire un nom : Ray (pour faire anglo-saxon) Famechon (sa femme l’aurait bien vu abandonner le -chon (ça fait cornichon !), mais pas question pour lui de renier le nom de son père).

Un extrait (p. 37 ) : peu après leur rencontre, Raymond invite Micheline à un petit voyage à Berck, sur la Manche. « Et ils étaient descendus sur la plage, ils avaient marché sur les coquillages, ils les avaient entendus crisser sous leurs pas ; sans se concerter, soucieux de ne pas abîmer ce que la Nature bienveillante leur prodiguait sans réserve, ils s’étaient rapprochés de la mer, là où le sable plus fin, séché en surface par la houle, s’enroule en écharpes infinies qui se croisent, se tressent, se défont, se coupent pour se reformer aussitôt, rasant le sol de leur vol erratique. »

1948 : le voilà champion d’Europe dans sa catégorie poids léger. Il vise encore un titre, celui de champion du monde… L’obtiendra-t-il ? Ce qui est certain, c’est que personne ne s’en souvient. Et pour cause : l’Histoire a englouti ce champion du Noble Art, contemporain de Marcel Cerdan, qui lui est resté dans la mémoire collective. Il faut dire qu’en plus d’avoir décroché le titre de champion du monde des poids moyen, Cerdan est mort de façon tragique à l’âge de 33 ans, dans un accident d’avion, tandis que Raymond Famechon a fini sous les ponts…

C’est une réflexion intéressante que mène Isabelle Mimouni avec L’Obscure Splendeur de Raymond Famechon, biographie romancée d’un champion oublié. La vie de ce boxeur se déroule devant nos yeux, sa chute, inexorable, nous laisse un goût amer et le cœur serré. Même avant l’avènement de la télé-réalité, la gloire tenait à bien peu de choses ! Un combat manqué, une souris déçue… et le destin de Raymond quitte brusquement l’autoroute de la célébrité pour prendre des chemins sinueux qui mènent à une impasse. Situation tristement cocasse que celle du boxeur-mercière !

Un récit court à la langue ciselée (non dénuée d’expressions populaires si nécessaire), aux descriptions poétiques, qui saisit les émotions – plus que la technique – du boxeur. Et grâce auquel un pan de l’Histoire du sport a resurgi des oubliettes. Percutant, troublant et touchant.

 

L’Obscure Splendeur de Raymond Famechon, éd. Cohen&Cohen, fév. 2014, 103 p.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

7 commentaires sur “L’Obscure Splendeur de Raymond Famechon, Isabelle Mimouni

  • Missiquoi

    La première chose qu’un boxeur perd, ce sont ses réflexes…après?ses jambes, après?ses amis. (Guglielmo Papaleo alias Willie Pepp)

  • Tamara Auteur du billet

    @Missiquoi : je ne connaissais pas cette citation, merci ! Elle paraît (hélas) fort juste…

  • Missiquoi

    Je t’en prie.Je l’ai lue dans Alias Ali de frédéric Roux.L’histoire de la boxe est un long martyrologe.Je vais acheter le roman d’Isabelle Mimouni avec Fat City de Leonard Gardner qui vient d’être réédité pour encaisser un enchainement direct du droit crochet du gauche.

  • Tamara Auteur du billet

    @Missiquoi : 😀 Je viens de rechercher les titres que tu cites. « Fat City » me tente bien… En revanche, plus de 500 pages pour « Alias Ali », je crains de ne pas accrocher suffisamment au sujet pour tenir les rounds ! Tu aimes la boxe, on dirait ?

  • Missiquoi

    Ce livre est facile à lire et exaltant car c’est un collage de points de vue(dont certains ne font qu’une phrase) et transcende la boxe Comme le dit George Foreman il est réducteur de considérer Ali comme le plus grand sportif de tous les temps,Ali est l’un des plus grands personnages de l’histoire de l’humanité..Alias Ali n’est pas un livre de flagorneur,les épisodes les moins glorieux de sa vie ne sont pas occultés.Oui j’aime la boxe qui est un sport qui a toujours fasciné les écrivains(Budd schulberg Norman Mailer et hunter S.Thompson sont présents dans le livre).

  • Tamara Auteur du billet

    Bon, j’arrête de te poser des questions, qui ne font que me mettre devant l’immensité de mon inculture ! 😉 (Moi aussi, j’aime l’univers de la boxe, cela dit !)

  • Missiquoi

    Tu plaisantes bien sur.On est forcément cultivé quand on tient un blog.Stomy Bugsy(mon papa à moi est un gangster…)a préfacé un livre d’Ali ça ne fait pas de lui un érudit.