Master class : magistrale Marjane


Marjane Satrapi en master class, mars 2015.

Marjane Satrapi en master class, mars 2015.

Au cours d’une vie, on rencontre toutes sortes de gens. Certains sont sympas, d’autres stupides, quelques-uns sont imbus d’eux-mêmes, la plupart s’intéressent un peu à vous. Il en a qui sont savants, mais vous savez au bout de dix minutes de discussion que vous n’avez pas d’atomes crochus. Et puis il y a des gens qui répondent de façon directe à vos questions, avec lesquels vous êtes tout de suite à l’aise, et qui ont un sens de l’humour développé. Marjane Satrapi fait partie de cette dernière catégorie (restreinte). 

À l’occasion de la sortie de son nouveau film, The Voices, qui sortira le 11 mars en France,  la peintre-auteur-réalisatrice a répondu aux questions des blogueurs présents à l’avant-première organisée par le distributeur français Le Pacte. C’est là que j’ai découvert que c’est une femme qui ne mâche pas ses mots, ne ménage ni la chèvre ni le chou, et possède un humour savoureux. Mais je vous laisse en juger par vous-même avec ces morceaux choisis… 

Le synopsis rapide du film :  Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il travaille dans une usine de baignoires. Célibataire, il n’est pas solitaire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire – du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments…  Voir la bande annonce

Sur ses débuts en tant que réalisatrice :

« Après Persepolis [son premier film] et sa nomination aux Oscars en 2007, j’ai eu un agent américain. Au début, on m’a étiquetée « films pour enfants » puis « spécialiste du monde musulman » – alors que je suis athée ! – et enfin, on m’a mis dans la catégorie « films de femmes », au sens « films avec des femmes qui ne bossent pas, qui n’ont pas de mari, qui ne sont pas des prostituées non plus mais qui peuvent foutre 5.000 balles dans un sac à main » ! »

« Avant d’accepter de faire un film, je me demande toujours si je paierais 10 € pour aller le voir.  Je ne fais pas un film si je ne suis pas convaincue. »

En l’occurrence, pour The Voices, elle a eu de l’empathie pour le psychopathe en lisant le scénario, et ça l’a intriguée… et décidée !

affiche-the-voicesSur le choix de l’acteur principal :

« C’est vrai qu’au départ, vous ne vous dites pas « serial killer = Ryan Reynolds » ! Mais il avait eu vent du projet et voulait faire le film. Remarquez qu’il faut du génie pour faire quelque chose de bien dans un film aussi naze que Green Lantern [un film où il incarne un guerrier intergalactique aux super pouvoirs] ! Et quand je l’ai rencontré, j’ai réalisé qu’on avait la même vision du film The Voices. Ce qui m’a convaincue aussi, c’est son regard brun profond qui peut être très inquiétant, et son sourire juvénile qui fait qu’on lui pardonne tout en une seconde. »

Sur le casting féminin :

Pour le personnage de Fiona, la « bimbo » de l’entreprise où bosse Jerry : « Avant de choisir Gemma Arterton, j’ai rencontré une autre actrice. Au cours de notre entretien, j’ai fait cent blagues, elle n’a ri à aucune. Je me suis dit que ça n’allait pas être possible, *ATTENTION SPOILER si vous n’avez pas vu la bande annonce* que ce n’est pas Jerry mais moi qui allait la tuer au bout d’une semaine de tournage ! » Et à propos d’une autre (sans la nommer) : « Dès la première phrase, ça sentait la chieuse ! »

À propos du personnage joué par Ella Smith : « Dans l’esprit des gens, une femme grosse est une femme qui aime que bouffer et donc qui n’aime pas les hommes ! »

Sur les histoires de gros sous :

« Je n’aime pas que la musique dicte les émotions, vous savez, quand on vous met une musique effrayante pour que vous ayez peur, etc. Parfois, je pense à des musiques pour mes films, mais elles sont trop chères ! Alors j’en cherche d’autres moins chères. »

Le film a coûté environ 9 millions d’euros (pour 33 jours de tournage). « Pour vous donner une idée, Camping a coûté 25 millions d’euros… c’est sûrement parce que les boules de pétanque, ça coûte cher ! » (haha, j’adore !)

Sur son esprit scientifique : 

« Dans le film,*ATTENTION SPOILER* le nombre de Tupperware correspond au poids de Gemma divisé par la quantité que peut contenir une boîte. J’ai suivi des études scientifiques, j’aime que ça soit plausible ! »

Sur les animaux du film, M. Moustache et Bosco :

M. Moustache

M. Moustache

« On peut penser que le chat est mauvais et le chien gentil, mais on peut aussi voir le chat honnête, ayant le sens de l’humour, et le chien benêt, sortant poncif sur poncif. Tout est question de point de vue ! »

« Pour le casting du chat, il y avait un noir et blanc, et puis ce roux… Dans son regard, on pouvait lire : « Va te faire foutre, va te faire foutre ! », alors je l’ai choisi. »

« Le chat n’en faisait qu’à sa tête sur le tournage. Je voulais le calmer avec du Lexomil, mais les Américains ont dit « non, pas de maltraitance aux animaux ! ». J’ai répondu : « Quelle maltraitance ? J’en prends bien, moi, du Lexomil ! »

« Le chien adorait les câlins. Le problème, c’est qu’il avait une érection de dingue dès qu’on le caressait, impossible de filmer ! Alors je disais à tout le monde de se tenir à distance de ce chien car il était trop reconnaissant ! »

Sur les meurtriers :

Pourquoi l’histoire se déroule aux Etats-Unis et pas en France ? « Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la plupart des histoires de serial killers se passent aux Etats-Unis. Peut-être que ce pays crée beaucoup de tarés ! »

« Si on montre trop le meurtre, ça devient vulgaire. Moi, je fais du gore pudique. »

« Je suis passionnée des histoires de serial killers : ça me fait bien plus peur qu’un alien qui sort du ventre, parce qu’ils existent vraiment, ils nous côtoient ! Vous saviez que 20 % des serial killers sont des femmes ? Mais elles sont font rarement prendre, parce que ce sont des empoisonneuses. Oui, j’en connais un rayon ! Tiens,  je vais écrire un livre sur les serial killers. »

Sur sa relation avec les acteurs : 

« J’ai un rapport protecteur avec les acteurs. Il faut se mettre à leur place : quand on leur dit non, c’est leur personne qu’on met en cause, ce n’est pas comme quelqu’un qui vend un article, à qui on dit non parce qu’on n’aime pas cet article. C’est pour ça que les acteurs sont des personnes sensibles, il faut les comprendre. Les plus grands emmerdeurs sont les acteurs en devenir, dans leur phase montante. Les grandes stars ont déjà leur place, elles n’ont pas besoin de montrer jusqu’à quel point elles sont importantes. »

Sur le cinéma français vs. américain :

« Quand on discute avec les Américains, il faut argumenter ses points de vue. Et quand on est deux à penser avoir raison, il s’agit de savoir qui va avoir l’autre à l’usure… et à ce jeu-là, personne ne me bat ! »

« Le problème du cinéma français, c’est qu’on ne travaille pas assez le scénario. Quand je reçois un scénario français, c’est la v3. Pour un scénario américain, c’est la v19 ! Il y a de bons scénaristes en France, mais ils ne sont pas assez payés, leur boulot n’est pas reconnu comme il l’est aux Etats-Unis, où pour faire un compliment à Tarantino, on lui dit qu’il est meilleur scénariste que réalisateur ! »

Sur les gens : 

« Les gens qui n’ont pas le sens de l’humour sont bêtes. »

« Les gens de la Terre entière pleurent pour la même chose : un enfant malade, une mère décédée, une rupture amoureuse… Mais ils ne rient pas des mêmes choses. Quand on arrive à rire ensemble, c’est magnifique. »

« Par exemple, on peut rire de la pauvreté : Ken Loach, c’est le meilleur. Dans La Part des Anges, oui, ce sont des pauvres, mais on peut rire. Alors qu’en France, quand des bourgeois – souvent catho – font des films sur des pauvres, ils ne rient jamais. C’est la seule chose qu’il leur reste, mais on leur enlève même ça ! »

Sur ses projets futurs :

« Je vais mourir… pas tout de suite, hein, dans quelques années, comme vous tous ! (haha, merci de nous rappeler à la réalité). Ce que j’aimerais faire avant : une comédie musicale, un vrai film d’action, et aussi, un film de super héros alcoolique et désœuvré. Bah oui, quand on peut tout faire et tout avoir, c’est logique, qu’on déprime ! J’aimerais bien que ça soit une femme, d’ailleurs, mais qui n’aurait pas été violée dans son enfance. Vous avez remarqué qu’en général, les femmes ne sont vengeresses que quand elles ont été violées ? Pas de pénétration, pas de justice !« 

Le mot de la fin : 

« Si vous n’avez plus de question… je meurs d’envie de fumer une clope ! »

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