Le Journal d’une femme de chambre, Octave Mirbeau


 

@Le Livre de Poche.

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C’est en voyageant au coeur des livres gratuits de Kindle que je suis tombée sur Le Journal d’une femme de chambre, d’un auteur dont je n’avais jamais entendu parler : Octave Mirbeau (1848-1917). Mais comment est-possible ? À en croire sa (longue) page Wikipédia, ce journaliste-écrivain-critique d’art français était pourtant célèbre à son époque !

En fait, selon l’encyclopédie collaborative, « après sa mort, il a traversé pendant un demi-siècle une période de purgatoire : il était visiblement trop dérangeant pour la classe dirigeante, tant sur le plan littéraire et esthétique que sur le plan politique et social. » Cela dit, il était bien payé et apprécié de son vivant, ça vaut mieux que le contraire !

Le Journal d’une femme de chambre a été publié en 1900, mais il a d’abord paru sous forme de feuilleton entre 1891 et 1892. C’est une jeune femme de chambre, plutôt bien faite et joliment prénommée Célestine, qui prend la plume pour raconter son quotidien de domestique dans les (nombreuses) places qu’elle occupe successivement. Elle a un caractère entier, et il arrive régulièrement qu’elle crache malgré elle à la figure de ses maîtres tout le mal qu’elle pense d’eux.

Il faut dire qu’elle en voit, des cochonneries en tout genre, chez les bourgeois. Ce n’est pas parce qu’on a de l’argent qu’on n’a pas du linge sale (au sens propre comme au figuré) et des squelettes dans les placards. Et puis, plus ils sont riches, plus ils sont rats, les bougres. Alors, forcément, au bout d’un moment, Célestine craque. Il arrive cependant qu’une bonne place se présente… Mais alors, la mort s’en mêle, retour à la case départ.

J’ai beaucoup aimé le ton de ce roman, tour à tour cru, ironique, dénonciateur, châtié, imagé… On y rencontre également des situations fort cocasses (j’ai souvent souri en le lisant… dommage pour mes voisins de métro qui ne pouvaient pas voir sur ma liseuse quel roman me mettait ainsi en joie !). 

Célestine a en effet l’art de décrire les personnages et les situations avec une précision assassine :

« La gouvernante ne m’avait pas plu au bureau ; ici, instantanément, elle me dégoûta et je lui trouvai l’air répugnant d’une vieille maquerelle. C’était une grosse femme, grosse et courte, courte et soufflée de graisse jaunâtre, avec des bandeaux plats grisonnants, une poitrine énorme et roulante, des mains molles, humides, transparentes comme de la gélatine. Ses yeux gris indiquaient une méchanceté, une méchanceté froide, réfléchie et vicieuse. À la façon tranquille et cruelle dont elle vous regardait, vous fouillait l’âme et la chair, elle vous faisait presque rougir. »

Les portraits de ses patronnes sont les plus savoureux, leurs défauts étant tournés en ridicule… mais je vous laisse les découvrir par vous-même !

Tout au long de ce Journal, Octave Mirbeau dénonce (notamment) la condition des employés de maison, esclaves modernes, et leurs maîtres, dont les belles toilettes cachent les pires sentiments. Dégoûté de l’humanité à cette période de sa vie, l’écrivain « entend à la fois aider les opprimé(e)s à prendre conscience de leur misérable condition et susciter dans l’opinion publique un scandale tel qu’il oblige les gouvernants à intervenir pour mettre un terme à cette honte permanente. » (source : Société Octave Mirbeau).

Le lecteur est à la fois voyeur et scandalisé, avide de connaître les ragots et épouvanté d’en connaître les détails… Et il espère, sincèrement, que l’humanité a fait du chemin depuis lors (mais parfois, il en doute…).

Une lecture atypique (dans mon registre), goûteuse (et peu ragoûtante), remuante, qui a toute sa place dans les classiques français. 

©Cess

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Lu en version numérique, paru au Livre de Poche en 2012, 502 p.

 

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