Un secret, Wilkie Collins 1


Un secret

©éd. Le Masque

Après La Pierre de lune et La Dame en blanc, Un secret (aussi édité sous le titre Secret absolu) est le troisième roman de l’écrivain britannique Wilkie Collins que je découvre. Hélas, il ne m’a pas autant convaincue que les précédents, qui m’avaient véritablement enthousiasmée. Voici pourquoi.

La présente histoire est découpée en six parties. La première se déroule en 1829 à Porthgenna-Tower, le manoir de la famille Treverton, situé en pleine campagne anglaise. Cette journée du 23 août commence sous de sombres augures : mistress Treverton se meurt. Elle est pourtant encore jeune, et elle a une petite fille prénommée Rosamond, qui n’a pas encore cinq ans.

Avant de laisser échapper son dernier souffle, mistress Treverton fait appeler sa femme de chambre favorite, Sarah Leeson, à son chevet. Elle veut se soulager d’un secret qui pèse sur ses épaules depuis des années et dont elle n’a jamais réussi à parler à son époux, le capitaine Treverton. Elle fait rédiger une lettre à Sarah, dans laquelle elle explique ce dont il retourne.

Mais Sarah, dont elle est très proche, pense que c’est une mauvaise idée, et que cette révélation n’apportera que du malheur sur Porthgenna-Tower. Sa maîtresse n’a que le temps de lui faire jurer de ne pas détruire la lettre ni de l’emporter hors du manoir avant de s’éteindre. Dans tous ses états, Sarah Leeson cache la missive dans une des chambres de l’aile nord du manoir, abandonnée depuis des années, et s’enfuit sans même réclamer ses gages du mois.

Le reste du roman se déroule quinze ans après ces faits. Et bien sûr, le lecteur n’a qu’une envie : connaître le fameux secret. Eh bien sachez qu’il faut prendre son mal en patience, car celui-ci n’est révélé que dans le dernier chapitre de l’avant-dernière partie (soit à 70 % du roman, comme me l’indique mon joujou numérique).

C’est long, mais que c’est long ! (Surtout lorsque l’on a deviné le fin mot de l’histoire, mais que l’on veut s’assurer que l’on a raison.) Evidemment, cela s’explique par le fait qu’à l’époque, les romans de Collins sont publiés sous forme de feuilleton, notamment dans la revue de son ami Charles Dickens, All the Year Round. L’objectif étant de tenir les lecteurs en haleine le plus longtemps possible, afin qu’il achète le numéro suivant, on comprend l’intérêt des intrigues au suspense interminable. Et puis, bien sûr, on est désormais habitués, dans notre société du XXIe siècle, à ce que tout aille vite, les déplacements, les échanges épistolaires (aussi appelés SMS), les niveaux de Candy Crush, les romans… Eh bien, là, il faut ronger son frein, dur, dur !

Je reconnais cependant à Wilkie Collins certaines qualités qu’il développera dans ses futurs romans, à commencer par l’art du portrait. Ses personnages sont plus vrais que nature, on en saisit sans effort aussi bien l’aspect physique que psychologique. J’ai particulièrement aimé l’oncle Joseph et ses échanges verbaux avec l’intendant du manoir, M. Munder. Les dialogues sont en effet parfois ponctué du British sense of humor, et le style est loin d’être déplaisant. Mais Un secret n’est pas le titre que je recommanderais à qui voudrait découvrir les « romans à sensation » du maître victorien du genre.

©Cess

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Un secret, Wilkie Collins, éd. Le Masque, 2002, 571 p. (Version originale : The Dead Secret, 1856). Lu en édition numérique.

 


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Commentaire sur “Un secret, Wilkie Collins

  • Xavier

    Tiens à tout hasard, pour ceux qui s’intéresseraient à la relation Dickens-Collins, je ne peux que conseiller le roman « Drood », de Dan Simmons. L’auteur s’est appuyé sur tous les faits connus, et à comblé les trous avec son imagination. Les héros du roman sont Dickens, Wilkie Collins, les souterrains de la ville de Londres il y a 2 siècles, et un mystérieux Drood que vous découvrirez (en oubliant pas de jeter un coup d’oeil ou titre du dernier roman inachevé de Dickens).