Blast (t. 3 : La tête la première), Manu Larcenet 2


Cela fait un moment qu’il cause, Polza Mancini (Blast, t. 1). Les deux flics qui l’ont arrêté se montrent patients. Ils espèrent bien que le gros tas de graisse qu’ils ont en face d’eux va finir par avouer l’agression de Carole Oudinot, décédée à l’hôpital durant la garde à vue de Polza (Blast, t. 2).

Il cause, il cause, l’écrivain italien. Il veut vider son sac, se vider de toutes ses souffrances. Il raconte comment un soir, alors qu’il squattait une ferme, il s’est soudain vu tel qu’il était dans un miroir. Il s’est immédiatement haï. A plongé un couteau dans les replis de sa chair dégoulinante, à plusieurs reprises. Il a échappé à la mort, mais pas à l’hôpital psychiatrique.

Ce troisième volet de Blast ouvre un peu plus la porte sur l’âme de Polza. Son enfance douloureuse, sa solitude, son besoin de fuir la routine. Ainsi, il ne supporte pas Sylvie, l’infirmière « enjouée, souriante, serviable et dévouée » de l’asile. « Elle avait cette bonhomie exaspérante de ceux qui pensent, par tradition familiale ou faiblesse d’esprit, que la vie est simple pour peu qu’on sache la prendre du bon côté… », crache-t-il.

Non, il ne supporte personne. Sauf peut-être ce type, là, hospitalisé parce qu’il a voulu se lancer dans la presse pornographique, à son âge… Sa fille Carole l’a fait interné.

Un troisième tome aussi magistral que les deux précédents, avec un graphisme en noir et blanc à la fois épuré et précis dans les détails, alternant zooms et pleines pages, et puis, bien sûr, les cases colorées qui tranchent, bouleversent, impressionnent.

Manu Larcenet continue de jouer avec les codes de la bande dessinée pour servir un polar effrayant, parfois glauque, et son anti-héros malade, victime d’atrocités qui lui coûteront la prison, voire la raison.

Ed. Dargaud, oct. 2012, 204 p.


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