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Prix du roman LIRE-Virgin Megastore 2011

31 août 2011

Vous n’étiez pas là à la soirée organisée par Virgin Megastore et le magazine Lire hier soir ? C’est fort regrettable. Vous auriez pu prendre un bain de foule (forfait comprenant malaxage du dos et réflexologie des orteils), admirer les brushings à la mode, et vérifier que vos chaussures sont conformes aux tendances littéraires de la rentrée. Mais surtout, vous auriez pu déguster des brochettes d’auteurs (petits mammifères de la famille des ecrivaeus torturus, parfois piquants mais le plus souvent délicieux) et leur coulis de sourires.

(Les titres des photos apparaissent si vous les caressez de votre souris)

Bain de foule

Brushing façon Maitailler Brushing façon LIRE

Pieds des vainqueurs (Auteur et Editrice) Nicolas Cauchy

Seul Philippe se montre coopératif Could you please look at my fuc**** camera ?!

Blonde, brune, rousse ou poivre et sel, l'Auteur dans toute sa beauté capitallaire François Busnel est content, alors nous aussi

Comme dans tout pince-fesses qui se respecte, vient le temps des remerciements :

D’abord, au groupe qui m’a pris pour une photographe officielle et que je ne peux décevoir, voici donc leur photo médiatisée (ahum) :

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Ensuite, je tiens à faire part de toute ma gratitude à Nicolas Cauchy, un G.A. (gentil auteur) qui m’a présenté à un autre G.A. dont j’apprécie la plume : Philiiiiiiipe Jaenada.

[Message personnel : Cher Philippe, je m’aperçois que je n’ai rien lu de vous depuis 2008, envoyez-moi vos cerbères les plus féroces pour qu’il me fasse comprendre l’urgence de lire Néfertiti dans un champ de canne à sucre, Plage de Manaccora, 16h30 et bien sûr, La femme et l’ours quand il sortira la semaine prochaine. Sans cela, je ne puis continuer à prétendre que je vais me faire griller ma place de Fan par Nicolas. Puis-je ajouter que j’ai été légèrement vexée de vous voir me soupçonner de diffuser des ragots à votre encontre ? Je vous garantis que je ne fournirai ici aucune information sur la classe de votre costume noir ou sur le nombre de petits fours que vous avez engloutis (bon, d’accord, je n’en ai pas la moindre idée), et je ne dirai à personne que j’ai eu l’honneur de vous faire deux bises avant de partir (ce qui me redonne un avantage de groupie par rapport à Nicolas).]

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Bref, une fort sympathique soirée. Ah oui, j’oubliais : il y a donc eu la remise du prix LIRE-Virgin Megastore.

Le lauréat est John Burnside pour son roman Scintillation, pour le plus grand bonheur de Cryssilda.

AVANT L’ANNONCE DU GAGNANT :

 Ne sois pas triste, John...

APRES :

C'est toi qui as gagné ! 

CONGRATULATIONS, JOHN!

Amitié amoureuse, Hermine Lecomte du Nouy

29 août 2011

Amitié amoureuse Voilà sans doute le roman le plus poussiéreux de cette rentrée littéraire, puisqu’il avait déjà paru chez le même éditeur en… 1897 ! Qu’importe, le sujet est toujours d’actualité : une femme et un homme peuvent-ils partager une amitié sincère et profonde sans que jamais l’un des deux succombe à un sentiment amoureux ?

Amitié amoureuse traite de ce sujet sous la forme épistolaire : Denise Trémors, trente ans, femme mariée à un courant d’air et maman d’une mignonne petite Hélène âgée de huit ans, rencontre – lors d’une soirée mondaine fort ennuyeuse – Philippe de Luzy. Ce dernier est un esprit, une plume, un bel homme qui pourrait faire de grandes choses si le courage l’en prenait… mais il préfère ne rien faire, vivre de ses rentes et fréquenter son cercle.

Ces deux âmes vont vite s’entendre, et ils vont s’échanger plus de deux cent quarante lettres dans les cinq années qui suivent leur première rencontre. Si leurs rapports sont au départ très courtois et respectueux des bonnes mœurs de l’époque, ils vont vite devenir plus ambigus et tourner à l’admiration, la camaraderie et à la dépendance… D’autant que le cœur de l’un va vite s’enflammer.

Stendhal, qui préface cet ouvrage, pense que :Quoiqu’il traite de l’amour, ce petit volume n’est point un roman, et surtout n’est pas amusant comme un roman. […] Le livre qui suit explique simplement, raisonnablement, mathématiquement, pour ainsi dire, les divers sentiments qui se succèdent les uns aux autres, et dont l’ensemble s’appelle la passion de l’amour…”

Je ne suis pas d’accord sur le “simplement” : la lecture demande un peu de concentration, du fait des sous-entendus qui truffent les correspondances et qu’il s’agit de décrypter. Ainsi, Philippe à Denise :Ah, comme ce me serait bon de passer un mois seul avec vous à la campagne, à m’imprégner de votre force morale(p. 94) Voyez comme il est ardu de lire entre les lignes ! Nerd

Je ne suis pas d’accord non plus sur le “raisonnablement” : bien des passages frôlent la folie, la passion l’emporte sur la raison… jusqu’à un certain point, compte tenu des convenances.

Et pour finir, le “mathématiquement” ne me satisfait pas : ces lettres constituent un magnifique échantillon du français littéraire du XIXème s. et je trouve plus juste d’affirmer que ce livre explique littérairement les divers sentiments qui se succèdent… de la politesse amicale au duel passionnel !

Philippe à Denise : “Quelle douceur d’avoir pour ami un cœur comme le vôtre ! Vous acceptez sans révolte l’apothéose de l’égoïsme. Mon pyrrhonisme me fait honte ; c’est vous qui êtes l’âme blanche et non moi.” (p. 150)

Idem : “Mon pocucurantisme s’est secoué une seconde ; Michel était sous ma main ; avant qu’il ait eu le temps de s’ébrouer il avait reçu l’algarade. Et voilà.” (p. 364)

Les pages de mon ouvrage sont cornées, tant il contient de passages remarquables par leur humour, leur joliesse ou leur tournure.

La petite Hélène à sa mère :C’est vrai, la vie est triste il y a des jours… et ma poupée est en son… et mon petit oiseau est mort… Je voudrais m’en aller dans une étoile, s’il vous plaît, maman ?” (p. 123)

Philippe à Denise : “Ah ! pauvre, pauvre délicate amie, comme je vous aime fort pour avoir le courage de vous faire souffrir.” (p. 299)

Denise est une exquise représentante de la finesse de l’esprit féminin :

Denise à Philippe :Vous savez trop quelle sauvage je suis, peureuse de l’effleurement comme d’un mal, tout à fait dédaigneuse de la caresse. Votre spirituellement (dans le sens ecclésiastique).(p. 159)

Idem :P.S. : je ne veux pas manquer à mon rôle de femme qui est de mettre les affaires les plus importantes dans un misérable post-scriptum, à la fin d’une lettre pleine de riens.” (p. 165) (suivent deux pages de texte, alors que le corps de la lettre n’en faisait qu’une !)

Signature d’une lettre :Denise      P.S. : j’avais mis for… Mais je n’ai pas trouvé de conclusion ; alors j’efface, car ever serait bien audacieux et vous n’y consentiriez peut-être point ; c’est si long, toujours !” (p. 221)

Ce roman épistolaire se déguste donc avec une gourmandise et une passion toutes littéraires, d’autant que, pour la petite histoire, Hermine Lecomte du Nouy, s’est inspirée de sa propre correspondance avec Guy de Maupassant, qui dura dix ans, pour écrire le présent ouvrage, qui parut après la mort de l’écrivain (et il est dédié, avec un culot admirable, à Madame Laure de Maupassant).

Et malgré son âge, le sujet  de cet ouvrage n’a pas pris une ride !

Retrouvez cette critique sur : http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/

Ed. Calmann-Lévy, août 2011 pour la présente réédition, 384 p.

Les années cerises, Claudie Gallay

15 août 2011

les années cerises Pierre-Louis a presque onze ans. Autant dire qu’il lui manque trois ans pour prétendre séduire la grande sœur de son meilleur copain Paulo. A l’école, on l’appelle l’Anéanti : d’abord, il est le dernier de la classe (si l’on exclut l’élève étranger arrivé depuis deux mois en France), et ce, malgré les efforts de M. Pilou, l’instituteur. Et d’autre part, sa maison sur la falaise perd des bouts de terrain à chaque orage un peu violent : le pommier est déjà tombé dans le gouffre, et avec lui, la balançoire. Bientôt, ce sera le tour du cerisier…

Loin de soutenir leur enfant dans ces épreuves, les parents brillent par leur absence : le père travaille, la mère déprime depuis que l’avis d’expulsion est arrivé : elle se noie dans l’alcool, s’empiffre, et distribue des claques plus qu’à son tour, bref, une Folcoche en puissance. Son seul combat : lutter contre l’incompétence des “instits” qui sont la seule cause réelle de l’échec scolaire de son fils. Il lui arrive d’enfiler sa robe panthère et de débarquer comme une furie à l’école pour insulter M. Pilou (ce qui n’est naturellement pas du tout traumatisant pour l’enfant…).

Alors, le jeune garçon se réfugie chez son Pépé, un homme plein de sagesse qui vit entouré de chouettes animaux de ferme. Il y a Tonton François, qui le comprend : lui aussi se fait moquer pour sa différence. Et puis, surtout, Pierre-Louis cultive son jardin secret, où la sœur de Paulo occupe une place prépondérante.

Le jeune narrateur raconte ses mésaventures avec une fraîcheur déconcertante, qui n’est pas sans rappeler le petit Nicolas.

Le privé ! L’école des curés, tout au milieu du village. La hantise de tous. Quand on en parle dans la cour, c’est la terreur. Un jour, avec Paulo, on est allés tourner autour. C’est fermé comme une prison, avec des grands murs. On a jeté des pierres de l’autre côté et on ne les a pas entendues retomber.” (extrait p. 62)

Un incident banal peut vite virer au drame, alors qu’il traverse les calamités de sa vie avec philosophie et courage, comme si c’était une fatalité. N’est-ce pas là le propre de l’enfance ?

J’ai beaucoup aimé ce court roman, la justesse du ton de l’auteur et sa sensibilité, et je ne manquerai pas de lire d’autres de ses romans (j’ai d’ailleurs Les Déferlantes dans ma PAL depuis un moment…).

 

Ed. Le Rouergue (2004) ou Actes Sud, coll. Babel, avril 2011, 173 p.

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