tamaculture

Le tailleur de pierre, Camilla Läckberg

23 juillet 2011

Le tailleur de pierre Cela fait un moment que ce polar traînait dans ma PAL, et pour cause : mon cher et tendre m’avait offert ce tome 3 des enquêtes d’Erica Falck alors que je n’avais pas lu le tome 2, Le Prédicateur (qu’il s’est par conséquent senti obligé de m’offrir au Noël suivant, héhé, je m’en sors finalement très bien Gift with a bow!).

Pour être honnête, Erica ne participe aucunement à cette nouvelle enquête : elle est accaparée par Maja, son nourrisson de deux mois, qui ne lui laisse pas une minute de répit, vu qu’elle réclame le sein toutes les deux heures et qu’elle ne parvient à s’endormir que collée contre sa mère. Ces scènes sentent le vécu (futures mamans, s’abstenir !) : pas étonnant, l’auteur a écrit ce livre alors qu’elle venait de mettre au monde son deuxième enfant !

C’est le compagnon d’Erica, Patrick Hedström, policier apprécié de la petite ville côtière de Fjällbacka, en Suède, qui est appelé par une froide journée de novembre lorsqu’un pêcheur ramène de ses casiers le corps d’une petite fille de sept ans. Elle est vite identifiée par Patrick : il s’agit de la fille de Charlotte, une nouvelle amie d’Erica, rencontrée lors de ballades de landau. Bien que tout laisse à croire qu’il s’agit d’une noyade accidentelle, les policiers vont interroger famille et voisins. Et lorsque le rapport du médecin légiste arrive, l’enquête prend une nouvelle tournure : l’enfant a été noyée dans une baignoire et a ingéré de force une substance étrange… Patrick va devoir résoudre ce crime sordide, tout en épaulant sa femme épuisée et légèrement déprimée (surtout quand sa belle-mère débarque pour “l’aider”, spéciale dédicace à ma copine qui se reconnaîtra ! Devil).

Parallèlement à cette enquête actuelle s’intercalent des chapitres de la vie d’Agnès, une jeune fille de bonne fille et pleine d’avenir, en cette année 1923. Elle vit avec son père, qu’elle mène par le bout du nez, et aime jouer de son physique avantageux pour faire tourner la tête des hommes. Cet hiver-là, elle décide de séduire un homme viril et fort, tailleur de pierre de son métier. Son destin va en être complètement chamboulé…

J’ai eu grand plaisir à retrouver les habitants de Fjällbacka, qui commencent à m’être familiers. L’histoire est particulièrement prenante parce qu’elle mêle bribes du passé, vie privée de l’enquêteur, et une très forte dose de psychologie (le cerveau humain est sans limite, c’en est parfois effrayant). La petite touche de romantisme n’est pas absente, et le final vous fait crier de frustration : “ah non, ça ne peut pas s’arrêter là !”… Par bonheur, la suite a paru en janvier dernier, il ne me reste plus qu’à trouver un stratagème habile du genre : “Chéri, j’ai adoré le livre que tu m’as offert… Mais là, il s’arrête en plein suspense, c’est affreux… si seulement quelqu’un pouvait mettre fin à mes souffrances en m’offrant L’Oiseau de mauvais augure….” Open-mouthed

Ed. Actes Sud, oct. 2009, 477 p.

Le bon larron, Hannah Tinti

16 juillet 2011

le bon larron Au XIXème siècle, dans un orphelinat de Nouvelle-Angleterre, le jeune Ren rêve, comme tous ses petits condisciples, d’être l’élu du prochain couple qui viendra chercher un enfant à adopter. Il faut dire que la vie chez les frères catholiques n’est pas des plus joyeuses : entre les prières, le dortoir graisseux et puant, la douche bi-mensuelle, la vie est loin d’être rose. Les frères n’ont pas suffisamment de ressources pour offrir nouveaux vêtements et chaussures aux enfants, qui se repassent les loques au fur et à mesure qu’ils grandissent.

Ren sait qu’il a peu de chances d’être adopté : il a déjà onze ans, et surtout, il lui manque une main. Il a été abandonné ainsi à sa naissance et les frères n’ont jamais su comment il l’avait perdue. Pourtant, un jour, arrive “un homme jeune, avec un beau visage aux traits rudes et des oreilles légèrement trop grandes pour sa tête” et “les yeux les plus bleus que Ren eût jamais vus”. Quelle n’est pas la surprise de l’enfant quand l’étranger le serre dans ses bras ! Il se présente comme son frère, qui a passé les dix dernières années à traquer les indiens qui ont tués leurs parents. Benjamin Nab, tel est son nom. Et dès le soir même, il emmène Ren découvrir le monde au-delà du périmètre de l’orphelinat, un univers gris et inquiétant mais plein de promesses pour le jeune garçon. Son seul regret : il laisse derrière lui ses meilleurs amis, les jumeaux dont il s’est occupé depuis leur arrivée chez les frères catholiques.

Evidemment, les aventures ne font que commencer pour Ren, qui découvre bien vite que son frère a une imagination sans limite et propose bientôt d’autres versions sur l’histoire de leur famille. Il a par ailleurs un métier un peu particulier, un pochetron pour meilleur ami, et le mot “morale” ne fait pas partie de son vocabulaire… Ren va rapidement devoir se mettre au diapason s’il veut survivre dans ce monde de brutes et de truands.

Ce roman est un conte original dont le début n’est pas sans faire penser à Dickens, mais qui s’oriente vite vers un univers qui lui est propre. Des personnages extraordinaires, du nain de la cheminée au meilleur ami ressuscité, d’affreux individus qui font commerce des cadavres, des âmes généreuses au physique ingrat, tous se côtoient au travers d’une farandole de rencontres et de hasards.

Les mots imagés d’Hannah Tinti et son style très agréable ont parfaitement réussi à me faire entrer dans son imagination, au cœur de l’Amérique en pleine industrialisation, pour partager des moments forts avec son touchant petit héros manchot. Une belle performance, pour un premier roman !

Les avis de : Cuné (merci pour cette découverte !) et Amanda, toutes deux emballées.

Ed. Gallimard, oct. 2009, 373 p.

Doppler, Erlend Loe

14 juillet 2011

doppler Erlend Loe est passé chez moi pour la première fois en mars dernier. Son originalité et son humour m’avaient enthousiasmée, et je m’étais empressée de lui rendre visite à mon tour au Salon du Livre de Paris. Là, j’avais fait l’acquisition de Doppler. Et sous vos yeux ébahis, qui n’en reviennent toujours pas que j’aie laissé ce roman mûrir moins de 4 mois dans ma PAL (on ne peut même pas le qualifier “d’entre-deux”, à ce stade), je vous présente donc l’incroyable Doppler. Ce type est quand même dingue. A la suite d’une chute de vélo, il réalise qu’il n’a que faire de la société consumériste et vénale dans laquelle il vit. Il quitte derechef maison, femme et enfant, et s’en va vivre dans la forêt d’à-côté (en Norvège, les forêts jouxtent les maisons, c’est fou, non ?). Il faut dire que la mort de son père lui avait fichu un coup. Non qu’il le connaissait particulièrement… La preuve, il a découvert post-mortem que son père avait photographié, durant les dernières années de sa vie, tous les waters dans lesquels il avait déposé son urine sacrée. Comme quoi, on ne connaît jamais véritablement les gens…

Au bout de quelques temps passé dans la forêt, Doppler est devenu bien maigre. Il se résout à tuer un élan pour se sustenter. Las, il s’agissait d’une femelle, et son petit orphelin a décidé que Doppler serait sa nouvelle maman. Après avoir tenté en vain de se débarrasser de l’animal, puis, pris de pitié et de culpabilité, Doppler adopte le petit boulet, qu’il baptise Bongo. Ils vont vivre ensemble moult aventures sylvestres, et ils auront ensemble de très sérieuses discussions sur l’espèce humaine, l’imbécilité de rester “appliqué” toute sa vie, et la vacuité de la possession matérielle.

D’autres personnages vont entrer, plus ou moins contre la volonté de Doppler, dans ce monde déjanté, pour notre plus grand régal : un cambrioleur équitable, un maquettiste cinglé, et un “mec de droite” dont la vie va être complètement bouleversée après sa rencontre avec notre héros.

Outre l’originalité du récit, le style très frais et l’humour d’Erlend Loe m’ont remplie de joie. Doppler est, au final, une histoire un peu surréaliste qui a pour fond la paternité et le sens de notre présence sur terre.

Fort distrayant !

Ed. Gaïa, mars 2006, 203 p. (et en poche chez 10×18)

Page suivante »

Sky sponsored by Aviva Web Directory