Totally Killer, Greg Olear
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New York, 1991. Une année charnière, selon Todd Lander. Economiquement difficile (les jeunes diplômés peinent à trouver du boulot, et je ne parle meme pas d’un boulot intéressant), politiquement incompréhensible (seul George Bush sait pourquoi il faut intervenir en Irak), et musicalement révolutionnaire (le grunge ayant mis fin à des années de disco/pop au synthé dont on avait fini par se lasser, surtout visuellement parlant).
Lorsque sa petite amie le quitte, Todd doit vite retrouver un colocataire pour continuer à payer le loyer de son petit appartement de l’East Side. Un collègue avec qui il s’envoie parfois quelques bières lui présente Taylor Schmidt, fraîchement débarquée du Missouri, son diplôme universitaire en poche. Taylor est ce type de fille jolie sans être parfaite, mais qui dégage un sex appeal incroyable. Todd en tombe immédiatement amoureux, tout en optant pour la stratégie "tu ne me fais aucun effet", espérant ainsi attirer l’attention de sa nouvelle coloc’ (qui à l’âge de vingt-trois ans, compte déjà 74 amants sur sa liste).
Durant cet été caniculaire dans la Big Apple, Taylor se met à chercher du boulot. Internet étant loin d’être ce qu’il est aujourd’hui, elle fait la tournée des agences de recrutement, qui lui font passer les mêmes tests dénués d’intérêt avant de la renvoyer sans plus de cérémonie. Puis, Taylor tombe sur une publicité dans sa boîte aux lettres pour "Quid Pro Quo". Cette agence est totalement différente des autres : elle promet que vous obtiendrez le job de vos rêves, en échange d’un remboursement un peu particulier. Il suffit à Taylor d’une réunion d’information présentée par Asher Krug pour a) être convaincue de tenter sa chance et b) d’être inexorablement attirée par le charisme, la beauté et l’assurance d’Asher Krug. C’est ce qui créera sa perte, comme nous l’apprenons dans ce récit, dont le narrateur n’est autre que Todd.
Ce roman est une sorte de thriller à rebours, rédigé dix-huit ans après les faits. Todd nous apprend dès la première page que Taylor ne fêtera jamais son vingt-quatrième anniversaire, et qu’il est à peu près le seul à savoir ce qu’il s’est passé en 1991. Mais en lisant son récit, on est plongé dans l’ambiance de l’époque grâce à de nombreuses références culturelles (dont la majorité, très new yorkaises, ne m’étaient pas familières, mais cela ne m’a guère gênée à la lecture) et on croise la route de toutes sortes de personnages excentriques, dont plusieurs seront victimes de ce qu’on peut appeler la fameuse hécatombe de personnages secondaires…
Ce qui m’a plu, outre l’originalité du récit, c’est le style de l’auteur, qui use d’un ton à la fois familier et d’un humour noir auxquels je suis sensible (à certains moments, il m’a fait penser à Stephen King). Oui, Greg Olear sait raconter une histoire – et l’on se fiche qu’elle soit invraisemblable ou que certains points secondaires restent sans réponse (on ne saura jamais, par exemple, d’où provient cette haine d’Asher Krug pour les baby-boomers) – et ce premier roman, qui dormait depuis longtemps dans ses tiroirs, est à découvrir !
Par ailleurs, l’auteur est fort sympathique et je suis ravie d’avoir pu le rencontrer (merci aux éditions Gallmeister). Maintenant, je n’ai plus qu’à attendre que son second roman, Fathermucker, soit traduit (il s’agit de l’histoire d’un père au foyer fort traumatisé d’apprendre que sa femme le trompe lors de ses voyages "d’affaires"… je me demande bien comment l’esprit tortueux de Greg Olear aura traité ce sujet… avec humour, sans doute !).
Les avis de : Stephie ; Emeraude ; Amanda…
Ed. Gallmeister, fév. 2011, 300 p.
