Dinky rouge sang, Marie-Aude Murail
//php wikiovote(); ?>
Je ne lis presque jamais de romans jeunesse (et je le prouve : mon blog ne comporte pas de catégorie dédiée !). Mais j’ai lu tellement de bonnes critiques se rapportant à Marie-Aude Murail sur la blogosphère que j’ai décidé de vérifier par moi-même si ces rumeurs étaient fondées. J’ai choisi, pour ce faire, Dinky rouge sang, parce que ce roman est constitué d’enquêtes policières (on ne se refait pas !).
Nils Hazard est professeur d’histoire à la Sorbonne et il s’est spécialisé dans les Etrusques. Une de ses étudiantes de licence, Catherine Roque, lui apporte sur un plateau des énigmes à résoudre. Il y a d’abord son frère, Frédéric Roque, dont le visage est déformé à intervalles réguliers par une horrible grimace depuis son enfance. Et puis, François, le fils du médecin de la famille Roque, qui bégaye du jour au lendemain, sans que l’on sache pourquoi. Sans parler de Solange, une amie de Catherine, qui ne peut pas boire un chocolat chaud sans être affreusement triste. Seul le premier récit diffère des autres, puisque c’est le narrateur qui raconte une terrible aventure qui lui est arrivé lorsqu’il avait treize ans.
Je me suis plongée avec plaisir dans cette succession de nouvelles policières. En réalité, il s’agit plutôt d’énigmes résolues de façon peu académique par un professeur d’université ! Mais comme Nils Hazard est intelligent, sympa et drôle, même s’il commence toujours par rechigner quand son étudiante vient l’embêter à son domicile alors qu’il est en pleine conversation avec ses statues Etrusques, il finit systématiquement par accepter de se pencher sur le mystère du jour. Ce qui donne au final des récits mêlant action, frayeur (un peu), suspense et humour (beaucoup).
Par conséquent, je ne peux que confirmer la bonne appréciation de cet auteur sur les blogs. La bonne nouvelle, c’est que Nils Hazard reprend du service dans six autres romans (les deux suivants sont L’assassin est au collège et La Dame qui tue).
Je ne sais pas exactement à partir de quel âge on peut lire ce roman jeunesse… Peut-être vers 10 ans, parce qu’il y a quand même du vocabulaire à connaître, il ne faut pas être gêné par le passé simple, et il y a quelques références culturelles… (s’il y a des professeurs d’école ou autres personnes avisées parmi vous, ne vous gênez surtout pas pour me contredire !
En même temps, je pense que ça dépend des enfants, vu qu’il y a des gros lecteurs (“déjà, quand j’étais petit, j’avais une PAL à trois chiffres…”) et d’autres, moins gourmands (“je ne vais pas encore lire un livre, m’man ! J’en ai déjà lu un l’année dernière !”). Mais je vous rassure : pas de limite d’âge vers le haut !
Je termine par un extrait qui m’a plu, histoire de donner envie aux plus exigeants :
Extrait p. 164-165 : (le professeur Hazard reçoit Catherine chez lui)
“Je me demande au fond s’il n’y a pas eu un chasseur d’énigmes très célèbre avant moi.
- Quand Marcel Proust… Vous connaissez Marcel Proust, Catherine ?
- L’auteur de “La Comédie humaine”, c’est ça ?
Je jetai un regard atterré à mon ancienne étudiante.
- Ah, ah, je plaisante, me dit-elle pesamment. Quand me prendrez-vous pour autre chose qu’une ravissante idiote ?
- Qui a dit que je vous trouvais ravissante ?
Catherine me fit la grimace.
- Continuez, me dit-elle. J’adore quand vous prenez la pose du conférencier.
- Marcel Proust, le jour où il a dégusté sa fameuse petite madeleine trempée dans le thé, a éprouvé un plaisir délicieux, une joie inexplicable. Il s’est dit qu’il avait une “bonne raison” d’être ainsi heureux. Il a cherché, se demandant quel pouvoir magique avait cette petite madeleine mélangée à l’infusion. Mais plus il la mangeait et buvait son thé, plus ce sentiment de” bonheur devenait incertain et friable. Il savait cependant que ce bonheur était lié à un état plus ancien, à ce qu’on appelle : le souvenir. “Saisis-moi au passage si tu en as la force et tâche à résoudre l’énigme de bonheur que je te propose”.
- Et soudain, compléta Catherine, son enfance lui est revenue et il s’est vu à Combray, le dimanche, quand sa tante Léonie liu faisait goûter un morceau de sa madeleine trempé dans du thé. Marcel Proust, chasseur d’énigmes !
- Et si cette madeleine avait fait ressurgir l’image de sa tante Léonie versant de l’arsenic dans la tasse de thé de son mari, nous aurions eu un grand auteur de romans policiers.
- A quoi tient une vocation ! s’exclama Catherine.”
Ed. L’école des loisirs, sept. 1991, 207 p.


