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Dinky rouge sang, Marie-Aude Murail

29 janvier 2011

Dinky rouge sang Je ne lis presque jamais de romans jeunesse (et je le prouve : mon blog ne comporte pas de catégorie dédiée !). Mais j’ai lu tellement de bonnes critiques se rapportant à Marie-Aude Murail sur la blogosphère que j’ai décidé de vérifier par moi-même si ces rumeurs étaient fondées. J’ai choisi, pour ce faire, Dinky rouge sang, parce que ce roman est constitué d’enquêtes policières (on ne se refait pas !).

Nils Hazard est professeur d’histoire à la Sorbonne et il s’est spécialisé dans les Etrusques. Une de ses étudiantes de licence, Catherine Roque, lui apporte sur un plateau des énigmes à résoudre. Il y a d’abord son frère, Frédéric Roque, dont le visage est déformé à intervalles réguliers par une horrible grimace depuis son enfance. Et puis, François, le fils du médecin de la famille Roque, qui bégaye du jour au lendemain, sans que l’on sache pourquoi. Sans parler de Solange, une amie de Catherine, qui ne peut pas boire un chocolat chaud sans être affreusement triste. Seul le premier récit diffère des autres, puisque c’est le narrateur qui raconte une terrible aventure qui lui est arrivé lorsqu’il avait treize ans.

Je me suis plongée avec plaisir dans cette succession de nouvelles policières. En réalité, il s’agit plutôt d’énigmes résolues de façon peu académique par un professeur d’université ! Mais comme Nils Hazard est intelligent, sympa et drôle, même s’il commence toujours par rechigner quand son étudiante vient l’embêter à son domicile alors qu’il est en pleine conversation avec ses statues Etrusques, il finit systématiquement par accepter de se pencher sur le mystère du jour. Ce qui donne au final des récits mêlant action, frayeur (un peu), suspense et humour (beaucoup).

Par conséquent, je ne peux que confirmer la bonne appréciation de cet auteur sur les blogs. La bonne nouvelle, c’est que Nils Hazard reprend du service dans six autres romans (les deux suivants sont L’assassin est au collège et La Dame qui tue).

Je ne sais pas exactement à partir de quel âge on peut lire ce roman jeunesse… Peut-être vers 10 ans, parce qu’il y a quand même du vocabulaire à connaître, il ne faut pas être gêné par le passé simple, et il y a quelques références culturelles… (s’il y a des professeurs d’école ou autres personnes avisées parmi vous, ne vous gênez surtout pas pour me contredire ! Nerd En même temps, je pense que ça dépend des enfants, vu qu’il y a des gros lecteurs (“déjà, quand j’étais petit, j’avais une PAL à trois chiffres…”) et d’autres, moins gourmands (“je ne vais pas encore lire un livre, m’man ! J’en ai déjà lu un l’année dernière !”). Mais je vous rassure : pas de limite d’âge vers le haut !

Je termine par un extrait qui m’a plu, histoire de donner envie aux plus exigeants :

Extrait p. 164-165 : (le professeur Hazard reçoit Catherine chez lui)

“Je me demande au fond s’il n’y a pas eu un chasseur d’énigmes très célèbre avant moi.
- Quand Marcel Proust… Vous connaissez Marcel Proust, Catherine ?
- L’auteur de “La Comédie humaine”, c’est ça ?
Je jetai un regard atterré à mon ancienne étudiante.
- Ah, ah, je plaisante, me dit-elle pesamment. Quand me prendrez-vous pour autre chose qu’une ravissante idiote ?
- Qui a dit que je vous trouvais ravissante ?
Catherine me fit la grimace.
- Continuez, me dit-elle. J’adore quand vous prenez la pose du conférencier.
- Marcel Proust, le jour où il a dégusté sa fameuse petite madeleine trempée dans le thé, a éprouvé un plaisir délicieux, une joie inexplicable. Il s’est dit qu’il avait une “bonne raison” d’être ainsi heureux. Il a cherché, se demandant quel pouvoir magique avait cette petite madeleine mélangée à l’infusion. Mais plus il la mangeait et buvait son thé, plus ce sentiment de” bonheur devenait incertain et friable. Il savait cependant que ce bonheur était lié à un état plus ancien, à ce qu’on appelle : le souvenir. “Saisis-moi au passage si tu en as la force et tâche à résoudre l’énigme de bonheur que je te propose”.
- Et soudain, compléta Catherine, son enfance lui est revenue et il s’est vu à Combray, le dimanche, quand sa tante Léonie liu faisait goûter un morceau de sa madeleine trempé dans du thé. Marcel Proust, chasseur d’énigmes !
- Et si cette madeleine avait fait ressurgir l’image de sa tante Léonie versant de l’arsenic dans la tasse de thé de son mari, nous aurions eu un grand auteur de romans policiers.
- A quoi tient une vocation ! s’exclama Catherine.”

Ed. L’école des loisirs, sept. 1991, 207 p.

Hotaru, le poids des secrets (5/5), Aki Shimazaki

27 janvier 2011

HotaruHo… ho… hotaru koï…” chante la grand-mère de Tsubaki. Cette chanson populaire japonaise signifie que les lucioles doivent se méfier et ne pas tomber dans l’eau sucrée…

Ce cinquième et dernier tome se déroule dans la famille de Yukio. Il est marié et a trois grands enfants qui ont quitté le foyer parental pour aller étudier à Tokyo. Mais sa plus jeune fille, Tsubaki, revient le week-end pour aider ses parents à s’occuper de la grand-mère, Mariko. On retrouve ainsi les personnages qui ont été, chacun à leur tour, les personnages principaux des précédents tomes.

Cette fois, le récit est axé sur la relation entre la petite-fille et sa grand-mère. Cette dernière est très âgée, son mari est mort dix ans plus tôt, et elle va bientôt le rejoindre dans l’au-delà. Elle divague un peu, se remémore des bribes du passé, a même parfois des hallucinations. Un jour, peut-être sans en être parfaitement consciente, elle livre enfin à Tsubaki le lourd secret qu’elle avait enfoui au plus profond de son cœur le jour du bombardement de la bombe atomique sur Nagasaki, voilà plus de cinquante ans… En écoutant l’histoire de sa grand-mère, la jeune fille est amenée à réfléchir à sa propre situation. Et comme le lui a conseillé son aïeule, elle va tâcher de ne pas tomber trop facilement du côté de l’eau sucrée… Une métaphore pour parler de ces jeunes filles, souvent trop naïves, qui s’amourachent d’hommes mariés qui profitent de leur innocence en leur promettant monts et merveilles, et qui, bien entendu, ne quittent jamais leur épouse légitime.

J’ai beaucoup aimé retrouver la douceur de l’écriture d’Aki Shimazaki (auteur d’origine japonaise, elle vit au Canada et écrit en français). La vie s’écoule, tranquille, et cependant, des révélations fracassantes viennent éclairer le lecteur sur l’histoire de cette famille sur trois générations.

Tout arrive. La preuve, j’avais commencé Le Poids des secrets, qui est le nom de cette pentalogie, en mai 2007. Je suis tombée par hasard à la médiathèque sur ce cinquième tome, mais hélas, le quatrième n’y était pas. Tant pis ! Je pense avoir saisi l’essentiel, et je le lirai quand l’occasion se présentera.

Idéalement, il faut lire dans l’ordre :

Tsubaki (Camélia)

Hamaguri (Palourde japonaise)

Tsubame (Hirondelle)

Wasurenagusa (Myosotis)

Hotaru (Luciole)

Ed. Actes Sud, 2004 et coll. Babel en août 2009, 135 p.

L’irréversible apprentissage de Pénélope, Christiane Audy Baudoin

25 janvier 2011

Irréversible apprentissage de Pénélope Pénélope a trente-neuf ans. Vieille fille discrète et taiseuse, elle n’a jamais connu l’amour. Quelques mois après le tragique accident de voiture qui a coûté la vie à ses parents, elle se lance dans une quête très personnelle. Dans un grand cahier d’écriture, elle rapporte les conversations, les scènes et les témoignages d’amour dont elle est la spectatrice indiscrète. Telle une espionne, elle se poste dans les parcs, les cafés, elle va même fréquenter la rue des filles de joie et interviewer un prêtre pour obtenir des informations sur son sujet d’étude et tous ses aspects.

Pénélope note toutes ses observations froidement dans son cahier, se pose des questions, poursuit son étude. Peu à peu, son corps glacé se réchauffe, son cœur se familiarise avec ce sentiment étranger, et par une chaude journée d’août, sa vie prend un tournant.

Est-il possible de faire le tour d’un aussi vaste sujet que l’amour en une trentaine de courts chapitres ? C’est ce qu’a tenté de faire Christiane Audy Baudoin par le biais de son personnage Pénélope. J’ai eu un peu de mal à croire en ce personnage, une femme quadragénaire, intelligente, presque autiste, fille d’épiciers, bien faite de sa personne et vierge, qui part en croisade amoureuse. Elle se pose beaucoup de questions, certes pertinentes, mais ô combien nombreuses ! J’avoue avoir trouvé quelques longueurs à ce roman, dont j’ai survolé des passages pour mieux m’arrêter à certaines rencontres, décrites avec beaucoup de sensibilité et de psychologie : Pénélope et la maquerelle, le couple de petits vieux, le père et son fils, par exemple.

Par ailleurs, le langage est soutenu et le récit se veut descriptif ; cela engendre parfois des tournures de phrases un peu lourdes : “Réveillée en sursaut, oppressée, elle replonge dans les minutes suivantes dans un cauchemar où elle se débat, entortillée dans des tentures violettes et pourpres dans les plis desquelles s’agitent d’étranges personnages masqués et des boas roses, suffoquant sous le poids de coussins de velours noir brodés de scènes indiscutablement pornographiques.” (extrait p. 49)

Mon avis est donc mitigé : j’aurais aimé un personnage auquel on s’attache davantage. Pour ma part, si j’ai suivi jusqu’au bout ses pérégrinations dans l’univers amoureux, je suis restée à une certaine distance de Pénélope et de ses nombreux points d’interrogation.

Critique réalisée dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio : merci pour cette découverte !

Ed. Passiflore, sept. 2009, 192 p.

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