La collection invisible, Stefan Zweig
//php wikiovote(); ?>
Dans ce très court texte, Zweig reprend un thème qui lui est cher : celui de la collectionnite aiguë. Sous la forme d’un récit à demi enchâssé (comme si l’auteur ouvre une parenthèse sans la refermer, cela pourrait paraître maladroit ou disgracieux, mais comme il s’agit de Zweig, je vous rassure tout de suite, c’est complètement indolore), on fait la connaissance d’un très vieux monsieur, qui vit avec sa femme et sa fille. Des années durant, il a collectionné les gravures de maîtres, de la même manière que le bouquiniste Mendel collectionnait les livres.
Sa collection attire un antiquaire réputé de Berlin, qui décide de lui rendre visite. Le vieux collectionneur, très honoré, accepte de lui montrer ses trésors. Mais sa femme retarde l’entrevue, et ce dernier apprend comment elle a, avec l’aide de sa fille, revendu petit à petit chaque pièce de la collection pour pouvoir subvenir aux besoins élémentaires de la famille. Nous sommes juste après la guerre, et l’inflation est telle qu’il faut un plein sac de billets pour acheter ne serait-ce qu’un quignon de pain… Mais voilà, le vieux ne s’est aperçu de rien : il est devenu aveugle avec l’âge, et croit encore sa collection intacte, les gravures ayant été subtilisées puis remplacées par des feuilles de papier vierge au grain similaire. Ni sa femme ni sa fille n’ont eu le courage de lui parler des problèmes d’argent de la famille, ni le cœur d’avouer au vieux que sa seule joie dans la vie était devenue factice…
Ce récit détonne par rapport aux autres par une fin plus heureuse que d’habitude (même si les gravures ne réapparaissent pas par miracle !). C’est avec une grande sensibilité et une plume traditionnellement châtiée que l’auteur décrit les émotions du vieillard qui ne vit que pour sa collection invisible. Ainsi, l’antiquaire raconte :
“Jamais je n’oublierai ce spectacle : le visage joyeux de ce vieillard chenu, là-haut à sa fenêtre, planant très haut au-dessus des passants affairés, inquiets et grognons – bien protégé de notre monde réel et de ses turpitudes par le nuage vaporeux de son illusion bienfaisante. Alors je me rappelai cette parole ancienne et si vraie – de Goethe, je crois : “les collectionneurs sont des gens heureux.”” (extrait : dernière page de la nouvelle).
Lu dans le cadre du Challenge Stefan Zweig, organisé par Caro[line] et Karine. Ceci compte pour ma lecture de juillet !
Nouvelle extraite de l’édition Le livre de poche, coll. La Pochothèque, 2001.
