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La collection invisible, Stefan Zweig

29 octobre 2010

Stefan Zweig romans et nouvelles Dans ce très court texte, Zweig reprend un thème qui lui est cher : celui de la collectionnite aiguë. Sous la forme d’un récit à demi enchâssé (comme si l’auteur ouvre une parenthèse sans la refermer, cela pourrait paraître maladroit ou disgracieux, mais comme il s’agit de Zweig, je vous rassure tout de suite, c’est complètement indolore), on fait la connaissance d’un très vieux monsieur, qui vit avec sa femme et sa fille. Des années durant, il a collectionné les gravures de maîtres, de la même manière que le bouquiniste Mendel collectionnait les livres.

Sa collection attire un antiquaire réputé de Berlin, qui décide de lui rendre visite. Le vieux collectionneur, très honoré, accepte de lui montrer ses trésors. Mais sa femme retarde l’entrevue, et ce dernier apprend comment elle a, avec l’aide de sa fille, revendu petit à petit chaque pièce de la collection pour pouvoir subvenir aux besoins élémentaires de la famille. Nous sommes juste après la guerre, et l’inflation est telle qu’il faut un plein sac de billets pour acheter ne serait-ce qu’un quignon de pain… Mais voilà, le vieux ne s’est aperçu de rien : il est devenu aveugle avec l’âge, et croit encore sa collection intacte, les gravures ayant été subtilisées puis remplacées par des feuilles de papier vierge au grain similaire. Ni sa femme ni sa fille n’ont eu le courage de lui parler des problèmes d’argent de la famille, ni le cœur d’avouer au vieux que sa seule joie dans la vie était devenue factice…

Ce récit détonne par rapport aux autres par une fin plus heureuse que d’habitude (même si les gravures ne réapparaissent pas par miracle !). C’est avec une grande sensibilité et une plume traditionnellement châtiée que l’auteur décrit les émotions du vieillard qui ne vit que pour sa collection invisible. Ainsi, l’antiquaire raconte :

Logo Stefan ZweigJamais je n’oublierai ce spectacle : le visage joyeux de ce vieillard chenu, là-haut à sa fenêtre, planant très haut au-dessus des passants affairés, inquiets et grognons – bien protégé de notre monde réel et de ses turpitudes par le nuage vaporeux de son illusion bienfaisante. Alors je me rappelai cette parole ancienne et si vraie – de Goethe, je crois : “les collectionneurs sont des gens heureux.”” (extrait : dernière page de la nouvelle).

Lu dans le cadre du Challenge Stefan Zweig, organisé par Caro[line] et Karine. Ceci compte pour ma lecture de juillet !

Nouvelle extraite de l’édition Le livre de poche, coll. La Pochothèque, 2001.

Leporella, Stefan Zweig

26 octobre 2010

Stefan Zweig romans et nouvelles Crescenz est une vieille fille de trente-neuf ans qui vit dans un petit village des Alpes autrichiennes. Enfant illégitime, elle travaille depuis l’âge de douze ans comme servante et cuisinière. Elle ne parle à personne, ne rit pas, ne chante pas. Elle œuvre chaque jour à sa tâche, telle une bête de somme. D’ailleurs, elle ressemble à un cheval :

Car il y avait, à ne pas s’y méprendre, quelque chose de chevalin dans l’expression de sa lippe pendante, dans l’ovale à la fois allongé et dur de sa figure hâlée, dans ses yeux mornes, dépourvus de cils, et surtout dans ses cheveux épais et feutrés, collés sur le front en mèches grasses. Sa démarche également accusait l’hésitation méfiante, l’entêtement buté des bidets de montagne […].” (extrait p. 1)

Son seul but est d’accumuler ses maigres gains, car Crescenz aime l’argent. On lui propose un jour une place à Vienne. Elle hésite, parce qu’elle n’aime pas la foule ni sortir de la maison, mais l’appât du gain a raison d’elle. La voilà servante chez le baron de F…, homme jeune et frivole, qui a épousé la fille d’un riche industriel, une femme plus âgée que lui, acariâtre et qui serre les cordons de la bourse conjugale.

Alors qu’un jour, le baron s’adresse gentiment à Crescenz, la voilà sous l’effet d’un complet bouleversement : elle se met à causer, à chanter, et même à rire (enfin, elle produit un son qui s’en rapproche). Vous l’aurez compris, elle est sous le charme du baron, et même si elle ne se fait aucune illusion sur l’intérêt qu’il lui porte, elle se met à le servir du mieux qu’elle peut, à devancer ses désirs, jusqu’à devenir sa maquerelle lorsque sa femme part deux mois au sanatorium ! Le cheval s’est transformé en chien servile… Amusé, le baron la rebaptise Leporella, en référence au personnage d’un opéra de Mozart. Cet amour platonique s’accompagne d’une haine grandissante pour la femme du baron. Au retour de cette dernière, Leporella décide de délivrer son maître du pire de ses maux, de façon très freudienne (l’orpheline de père qui veut débarrasser la figure paternelle de ce récit de la “mère” encombrante).

Logo Stefan Zweig Stefan Zweig économise dans cette nouvelle les procédés littéraires dont il est friand. Néanmoins, il parvient avec brio à nous faire ressentir l’éveil d’une bête humaine et sa brève transformation en femme, avant l’apparition du monstre. On hésite à prendre Crescenz en pitié, mais c’est surtout le dégoût et la peur qui sortent vainqueurs de ce débat de conscience. Est-il besoin de préciser que j’ai aimé cette nouvelle ?

Je suis très en retard mais ne renonce pas à poursuivre mon Challenge Stefan Zweig, soyez rassurées, Caro[line] et Karine ! Ceci compte donc pour ma lecture de juin (ne sentez-vous pas les doux rayons du soleil caresser vos joues, les parfums de fleurs flotter dans l’air, l’approche des grandes vacances ? Ok, je suis très en retard !).

Nouvelle extraite de l’édition Le livre de poche, coll. La Pochothèque, 2001.

Rentrée littéraire 2010 : récap’

25 octobre 2010

1pourcentA l’approche de l’annonce des lauréats des grands prix littéraires (que je suis vraiment de loin, parce que j’ai rarement les mêmes goûts que les jurys !), il est temps de faire un récapitulatif de mes lectures de la rentrée. Voici donc mon échantillon 2010 :

Romans
- Les derniers flamants de Bombay (Siddharth Dhanvant Shanghvi)
- Corps (Fabienne Jacob)
- Bifteck (Martin Provost)
- La Montagne de Minuit (Jean-Maris Blas de Roblès)
- Cantique de la racaille, opus 2 (Vincent Ravalec)
- Du plomb dans le cassetin (Jean Bernard-Maugiron)

Biographie
- Helena Rubinstein, la femme qui inventa la beauté (Michèle Fitoussi) Red heart

BD
- Zombillénium, t.1 (Arthur de Pins)
- Blacksad, t.4 (Canales & Guarnido) Red heart

Et puisque Schlabaya a relancé le Challenge 1% rentrée littéraire, je m’y suis inscrite et le voilà remporté ! Je me félicite, tiens ! (Quelle est la mauvaise langue qui me souffle dans l’oreillette que j’ai pris 4 mois de retard dans mon challenge Stefan Zweig ?!)

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