Les derniers flamants de Bombay, Siddharth Dhanvant Shanghvi 12


derniers flamants de Bombay Ce roman est un drame qui se déroule en trois actes, sur un fond de toile indienne, vers le milieu des années 80.

Premier Acte

Karan, jeune photographe talentueux, a quitté sa province natale pour rejoindre Bombay, ville qui l’attire comme un aimant et qu’il veut photographier sous toutes ses facettes. Il rencontre par hasard une femme au charme un peu mystérieux, Rhea, qui va le guider à travers les vieux quartiers (notamment pour dénicher un fornicateur de Bombay, espèce en voix de disparition…). Karan travaille pour le magazine India Chronicle, et croule sous les commandes. Son chef lui demande d’aller photographier Samar Arora, pianiste précoce au succès international, qui a mis fin à sa carrière voilà trois ans, à l’âge de vingt-cinq ans. Dans la belle demeure de Samar, Karan va faire la connaissance de Zaira, star à la mode du cinéma bollywoodien, et de Leo, auteur et critique américain et amant de Samar. Une alchimie va se créer entre ces personnages, malgré leurs différences, et ils vont se revoir à de nombreuses reprises, s’aimer, rire et s’amuser, jusqu’à cette terrible soirée dans un bar où un fils d’homme politique véreux commet un assassinat.

Deuxième Acte

La mort d’une personne célèbre crée toujours un émoi parmi la population, mais cette réaction est décuplée lorsqu’il s’agit d’une mort violente, comme c’est le cas ici. Et dans une Inde où la corruption est monnaie courante (si j’ose dire), la condamnation d’un meurtrier qui a tué une personne sous les yeux de plusieurs témoins n’est pas évidente, surtout lorsque le coupable a “des relations”. Le procès très médiatisé restera sans suite, et cette injustice va détruire les protagonistes de ce roman, chacun provoquant son autodestruction d’une manière ou d’une autre. Karan abandonne la photographie.

Troisième Acte

Nouveau drame. Cette fois, Karan part pour Londres, où il devient professeur. Il rencontre une gentille fille, mais après quelques années, il ressent l’appel de Bombay, son ancienne maîtresse. On retrouve les survivants de cette histoire. Ils ont vieillis, certains sont malades, et tous ont perdu la foi artistique qui les habitait. Que reste-t-il, alors ? Même les flamants roses ont disparu. Enfin, presque disparu. Et cela fait toute la différence.

Rideau

J’ai apprécié ce premier roman parce que l’auteur a su recréé une ambiance, celle d’une Inde fourmillant de gens, d’activité, de scandales, de cancans, d’odeurs de curry et autres saveurs, d’objets insolites, de lieux magnifiques, de pauvreté et de stars… Bref, un monde coloré et hétéroclite très dépaysant. Par ailleurs, l’auteur a mis en place une galerie de personnages dont il a su extraire la moelle : de leurs pensées et de leurs sentiments, rien ne nous échappe, en grande partie grâce à la fréquence des dialogues.

Ainsi : « Quand le soleil se retirait de l’horizon, laissant la place à la nuit qui se renforçait, la douleur du monde l’envahissait hardiment, prenait d’assaut sa blessure, chassait sa solitude. Cette blessure scintillait dans ses yeux, l’animait pendant un bref instant. » (p. 389)

L’amour et l’art sont les deux sujets principaux du roman, mais la mentalité de l’époque et les mœurs de la société sont également bien retranscrits par la plume précise et limpide de Siddharth Dhanvant Shanghvi (ouh là, et s’il prenait un pseudo ?! 😉 ).

Et pour clôturer le tout, l’humour fait d’inattendues et succulentes apparitions :

« Lorsqu’il était nerveux, le ministre Chander Prasad avait l’habitude de se gratter si sauvagement les bourses que ses morpions en avaient des orgasmes à répétition » (p. 240)

« Le ministre Prasad était peut-être une vieille mauviette velue, mais, s’il était allé loin dans la vie, ce n’était pas pour rien. » (p. 259)

A propos de la littérature indienne (p. 381) : « Leo déplorait que la prose fût à la fois tapageuse et empruntée. « C’est du style atelier d’écriture en surrégime. » Zaira déclara que l’auteur ne faisait qu’exploiter un filon, que cette femme avait réappris l’alphabet dans un cours intensif chez Exotica 101 : A pour « mariage arrangé », B pour « femme battue », C pour « colonisation ». S’excitant tout à coup, Samar fit une grande déclaration à l’emporte-pièce : les romans indiens ne valaient rien. « On les dirait sortis de la quasi-foufoune d’une drag queen autobaptisée Lady Epique. » « 

 

 

Ed. des Deux Terres, août 2010, 469 p.

 


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