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L’Apocalypse selon Fred, Philippe Setbon

29 juin 2010

Apocalyse selon Fred Fred est écrivain. Il a eu un certain succès à une époque, mais il est en panne d’inspiration depuis quelques années déjà. Les fins de mois sont difficiles, sa femme Nora l’a quitté pour un autre homme, bref, l’avenir est aussi noir que l’encre qu’il ne parvient pas à faire couler.

Un soir de déprime, aidé par une certaine confusion de son cerveau alcoolisé, Fred tape sur internet le nom de son vieux copain de lycée, Ange Zucchini, qu’il n’a pas revu depuis plus de trente ans, et qui a monté sa petite boîte de systèmes de sécurité et d’alarmes. Ledit Zucchini se souvient parfaitement de Fred. Leur rencontre va entraîner l’auteur bien plus loin que tout ce que son cerveau aurait pu imaginer… Quoique…

Ce roman foisonnant est plutôt difficile à résumer. Je me suis contentée d’en raconter le début, mais il s’agit en réalité d’un “roman matriochkas” : des récits successifs s’emboîtent pour former un tout hétéroclite, intrigant, passionnant, au suspense à la fois littéraire et policier. 

Fred est un personnage complexe, torturé par sa peur de la fin du monde, qu’il sait être proche, et par son envie de (re)devenir un écrivain célèbre (et pourquoi pas riche, tant qu’à faire). C’est un gars paumé qui vit dans son monde mais qui a besoin des autres pour exister. C’est aussi un suiveur – souvent lâche – qui retrouve cependant son courage et un certain esprit d’initiative lorsque la situation l’exige.

Le style de Philippe Setbon m’a plu dès les premières pages  : énergique, presque nerveux – le sieur écrit aussi des scénarios – et précis, imagé – il est aussi réalisateur ! Son récit original m’a immédiatement happée dans un tourbillon de plus de cinq cents pages qui fourmillent de personnages récurrents mais différents qui apparaissent et disparaissent au gré de l’imagination de l’auteur… Bien sûr, chat échaudé craint l’eau froide, et l’on se méfie après s’être fait avoir une fois. Pourtant, l’envie de se laisser aller l’emporte et, si l’on ne s’en étonne plus, on attend tout de même les rebondissements avec impatience et curiosité !

Pour l’anecdote, j’ai rencontré Philippe Setbon lors d’un apéro littéraire, et il est ma foi fort sympathique (nous avons eu une période commune “Stephen King” !). Je regrette de n’avoir pas eu le temps de lire son livre avant de le rencontrer, je lui aurais dit tout le bien que j’en pense. Cela fait un moment que je ne m’étais pas autant amusée lors d’une lecture… Alors, n’hésitez plus et laissez-vous entraîner dans des aventures de cape (gare aux vampires et aux anges de la mort !) et de plume (un écrivain peut en cacher un autre !)…

NB : la couverture est une parfaite illustration du contenu du roman !

L’avis de : Brize

Ed. Buchet Chastel, mai 2010, 554 p.

 

Jusque dans nos bras, Alice Zeniter

20 juin 2010

jusque dans nos bras Alice est une fille pleine d’énergie. Ado, déjà, avec ses copains du lycée, elle a vécu mille aventures… Militante dans l’âme, elle s’est vouée à plusieurs causes, dont la première concerne la défense ses origines : son père est algérien, sa mère française, mais la blanche Alice a entreprit de construire son “algérisation”. Elle est africaine : la preuve, elle a une tâche de naissance en forme d’Afrique sur le ventre ! Avec ses deux meilleurs amis, Mad, le Malien sans papiers, et l’Arabesque (une grande blonde), ils vont de manif en manif pour protester contre le racisme, entre deux soirées passées à fumer et boire, à refaire le monde…

Alice raconte à travers son histoire les vingt ans de sa génération. Les années Mitterrand, puis l’abomination du 21 avril 2002, quand il a fallu choisir entre la droite et l’extrême droite, et enfin les problèmes de papiers de son ami malien qui ont commencé à prendre de l’ampleur.

Aujourd’hui, Alice va prendre une décision qui va bouleverser sa vie. Pour permettre à Mad de rester en France, elle a décidé d’accepter de l’épouser, en sœur. Un mariage blanc qu’ils vont devoir préparer. Mentir pour sauver son ami, se priver de la possibilité d’épouser un homme qu’elle aimerait pendant plusieurs années, voilà un engagement auquel la jeune fille a sérieusement réfléchi. Et pourtant, avant d’entrer à la mairie, elle doute encore…

Ce livre est un véritable boulet de canon, empli d’énergie, de conviction, , d’humour, d’émotion… Il m’a donné l’impression de revivre une partie de ma jeunesse au travers de l’actualité qu’il retrace. C’est une peinture drôlement vivante de la vie d’Alice, de sa famille et une superbe histoire d’amitié. Il y a un vrai style d’auteur, on sent un fort potentiel à faire de grandes choses. J’ai beaucoup aimé !

J’avais eu l’occasion d’entendre parler Alice Zeniter le mois dernier, lors d’une rencontre avec l’auteur indien Anita Nair, et je peux vous dire qu’elle m’a parue vraiment sympathique. Elle est normalienne et n’a que vingt-trois ans, et un bel avenir littéraire devant elle, je l’espère !

NB : ce roman a reçu il y a quelques jours le premier Prix littéraire de la Porte Dorée qui récompense un roman ou un récit écrit en français traitant du thème de l’exil.

Ed. Albin Michel, mars 2010, 237 p.

Les derniers jours de Stefan Zweig, Laurent Seksik

18 juin 2010

derniers jours de sz Cet ouvrage présente une double facette : c’est à la fois un roman et un morceau choisi de la biographie de Stefan Zweig, qui se concentre sur les six derniers mois de la vie de l’auteur.

Pour une fois, je peux raconter la fin ! Stefan Zweig se donne la mort avec sa seconde épouse, Lotte, par un beau dimanche de la fin février 1942. Ils s’étaient rencontrés en Angleterre, tous deux ayant fui le régime nazi. Zweig était alors marié depuis de longues années à Friderike et Lotte était sa secrétaire (bah, on ne peut pas être tout le temps original !). Devenant indésirables à Londres, le couple s’enfuit pour New-York, mais l’air ne convenait pas à l’asthmatique jeune femme. Ils mirent alors cap sur le Brésil, avec le faible espoir qu’ils pourraient démarrer une autre vie, là-bas, loin de la guerre.

Ce roman inspiré de faits réels propose un récit des derniers mois du grand auteur autrichien, torturé par l’actualité et plus encore par son impuissance et sa “lâcheté”. Je me suis sentie proche de cet auteur dont j’admire la plume mais dont je connais mal la vie personnelle. Cela m’a amusée d’apprendre que cela l’agaçait de ne pas parvenir à se débarrasser des fameux récits enchâssés qui truffent ses écrits ! (En)Chassez le naturel…

Quel sentiment cette lecture m’a-t-elle inspirée, me direz-vous ? “Quel dommage qu’un homme de si grand talent, intelligent et cultivé, n’ait pas trouvé la force de surmonter ses démons et la culpabilité de son impuissance qui le torturait !” vous répondrai-je. Mais c’était un homme si profondément attaché à son pays, l’Autriche, qui avait vécu tant de bons moments à Vienne, qu’il ne pouvait être que désespéré en la quittant, en la voyant sous l’emprise nazie, en apprenant tour à tour la mort de tel ou tel de ses amis écrivains…

Logo Stefan Zweig

 

Laurent Seksik a entièrement mis sa plume au service de son sujet, favorisant ainsi le rapprochement du lecteur à Zweig – l’homme, plus que l’écrivain. Ce récit imagé, documenté et vivant est réellement intéressant, tant pour la petite histoire que pour la grande.

Livre lu dans le cadre du Challenge Ich Liebe Zweig organisé par Caro[line] et Karine. NB : c’est ma lecture de mai, je suis un peu en retard !

Ed. Flammarion, jan. 2010, 187 p.

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