Le bouquiniste Mendel, Stefan Zweig 8


Logo Stefan Zweig Oups, j’ai failli oublier mon challenge Zweig mensuel organisé par Caro[line] et Karine ! Mais le dernier jour du mois est tout aussi bon qu’un autre, alors voici la nouvelle (est-il besoin de préciser que je l’ai choisie courte ?) dont je vais vous parler : Le bouquiniste Mendel.

Par un procédé que les fans de Zweig vont qualifier en chœur – avant même que j’ai le temps de l’écrire – d’enchâssé, l’auteur met en scène un petit café viennois (le lieu, pas la boisson, petits gourmands !) au sein duquel s’est réfugié pendant près de trente ans un étrange personnage. Le narrateur, étudiant à l’époque, s’en souvient brusquement : “Il trônait là, immuable, ses yeux cerclés de lunettes fixés hypnotiquement sur un livre. Tout en lisant, il grommelait et balançait de temps en temps son buste et son crâne chauve graisseux et mal rasé, habitude qu’il avait prise au cheder, l’école des petits enfants juifs, dans l’Est.” Son nom était Jakob Mendel, il était russe et arrivé clandestinement en Autriche bien des années plus tôt. Il ne vivait que pour les livres, qu’il achetait et vendait, mais surtout examinait et lisait avec le plus grand soin. Sa mémoire était prodigieuse : il connaissait les livres rares, leur lieu et date d’édition, leur prix… Du matin au soir, il restait dans l’arrière-salle du café, indifférent aux conversations des clients et aux allées et venues. Plongé dans son univers littéraire, il était heureux. C’est pourquoi il n’a pas compris pourquoi, un jour de 1915, la police Secrète vient l’arrêter…

C’est bien plus que l’histoire d’un pauvre ère que nous conte ici Stefan Zweig : c’est d’abord son amour immodéré des livres qu’il met en avant à travers ce personnage insolite. Et puis, ce café Gluck dans lequel le bouquiniste se réfugie est l’archétype du café que les Autrichiens affectionnent particulièrement : propre et confortable, avec des banquettes en velours, une caisse en aluminium et des “petites gens qui faisaient une plus grande consommation de journaux que de pâtisseries”. Comme Le Joueur d’Echecs, le personnage principal a une passion et ne vit que pour elle et à travers elle, quitte à ce que sa vie en soit ruinée.

Evidemment, l’écriture riche, ciselée et imagée de Zweig m’embarque toujours aussi facilement dans son récit ; qui plus est, le sujet des livres traité dans cette nouvelle est très attirant. Cependant, ce n’est pas le récit que je conseillerais en priorité à un lecteur qui veut découvrir l’auteur, peut-être parce que le récit est un peu court pour bien apprécier son génie, aussi parce qu’elle est empreinte de tristesse.

Nouvelle extraite de l’édition Le livre de poche, coll. La Pochothèque, 2001.


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